Le PS a le choix entre le duo de la simplicité et celui de la révolution

Succession LevratMathias Reynard est candidat avec Priska Seiler Graf à la présidence du parti. Beaucoup les distinguent du tandem concurrent.

Les quatre candidats: Priska Seiler Graf, Mathias Reynard, Mattea Meyer et Cédric Wermuth.

Les quatre candidats: Priska Seiler Graf, Mathias Reynard, Mattea Meyer et Cédric Wermuth. Image: Keystone

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Les membres du Parti socialiste suisse respirent. La crainte de n’avoir ni choix ni débat pour remplacer Christian Levrat à leur tête est écartée. À trois semaines de la fin du délai des candidatures, le Valaisan Mathias Reynard et la Zurichoise Priska Seiler Graf ont annoncé dans «Le Matin Dimanche» faire acte de candidature ensemble. Ils entrent ainsi en concurrence avec un autre tandem de conseillers nationaux, formé de la Zurichoise Mattea Meyer et de l’Argovien Cédric Wermuth.

La liste des papables devrait s’arrêter là. La bataille électorale est désormais lancée. Des pronostics? «Les deux tickets sont composés d’excellents politiciens, affirme le conseiller aux États Carlo Sommaruga (PS/GE). D’un point de vue géographique, on peut imaginer une délégation suisse romande très unie derrière la figure charismatique de Mathias Reynard.» Et pas uniquement pour des raisons culturelles: «Mathias incarne l’énergie du renouveau en Suisse romande, tout en étant dans une dynamique de l’humilité», souligne Carlo Sommaruga.

La présidente du Parti socialiste vaudois, Jessica Jaccoud, est sur la même ligne: «Plein soutien pour la candidature de Mathias Reynard et de Priska Seiler Graf, complémentaire et combative!» a-t-elle tweeté dimanche. Cédric Wermuth et Mattea Meyer ont aussi leurs appuis, notamment parmi les partisans d’un PS au discours plus tranché. L’élection aura lieu début avril à Bâle.


Les grandes différences entre les deux candidatures

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Pour les socialistes, la succession de Christian Levrat est davantage qu’une question de personnalités. Après le revers des élections fédérales d’octobre, les camarades ont à choisir un cap. Les deux tandems leur offrent une alternative.

Les projets politiques

La candidature de Mathias Reynard et Priska Seiler Graf peut se résumer en un slogan, issu de leur communiqué diffusé dimanche: «Le PS a une pensée unie, mais pas unique.» Le Valaisan, actif sur les questions syndicales et d’égalité, se situe sur l’aile gauche du parti. Il estime que le Parti socialiste doit «susciter de l’espoir et du rêve». La Zurichoise, spécialiste de la défense et de la mobilité, s’active quant à elle au centre de sa formation et se décrit comme une pragmatique. Tous deux voient ainsi dans leur cocandidature la possibilité «d’offrir une large représentation et une grande diversité à la base du PS». Côté projet, ils se vendent donc comme les candidats de la simplicité: «L’enjeu majeur pour les socialistes n’est pas de réinventer leur programme ni de changer leurs principes.»

Tout le contraire pour Mattea Meyer et Cédric Wermuth. Anciens membres dirigeants de la Jeunesse socialiste (JUSO), ils ont un profil politique presque identique, résolument positionné à gauche, et revendiquent la nécessité d’une révolution moderne. Ils se présentent comme les candidats du nouveau départ: «Il faut un renouveau à gauche pour un projet d’avenir. Pour une idée progressiste et moderne de la société, qui crée à nouveau de l’espoir», écrivent-ils.

«Cédric Wermuth et Mattea Meyer seraient très unis dans le discours. C’est un élément positif mais qui peut aussi être critiqué. Mathias Reynard et Priska Seiler Graf ont chacun un discours différent, ce qui a l’avantage de représenter l’amplitude du parti», analyse le conseiller aux États Carlo Sommaruga (PS/GE). Le conseiller national Fabian Molina (PS/ZH) observe: «Cédric Wermuth et Mattea Meyer ont clairement déclaré qu’ils souhaitaient changer le parti et l’inscrire davantage comme un mouvement qui deviendrait le lieu où se discutent les dossiers les plus importants de la société. Je vois la candidature de Mathias Reynard et de Priska Seiler Graf davantage dans la continuité et la stabilité. Mais j’attends encore qu’ils présentent leurs idées.»

Les origines

Mathias Reynard et Priska Seiler Graf jouent aussi la carte de la diversité sociodémographique. Tous deux enseignants de formation, le villageois alpin et la citadine du Plateau ambitionnent de reconquérir ensemble la base ouvrière du PS et de rassembler les gens de gauche. «Le discours du PS doit devenir moins intello», affirme Mathias Reynard dans «Le Matin Dimanche».

En face, Mattea Meyer et Cédric Wermuth partagent un profil similaire: jeunes urbains, diplômés universitaires, dont l’univers professionnel est avant tout politique. Ils incarnent un autre style. L’Argovien, par exemple, sait se montrer percutant, mais aime aussi débattre de l’héritage de Marx au XXIe siècle, comme il l’a fait dans un récent livre.

Et il y a la question de la langue. Du moment où le PS se dote d’une coprésidence, doit-il y avoir un Latin? «En matière de représentativité, il faut une femme et c’est mieux d’avoir un Romand. Mais nous sommes un seul parti et un seul pays. La Suisse romande doit être au centre du parti et ne doit pas être déléguée à un coprésident», estime Fabian Molina. Pour Carlo Sommaruga, les deux tandems feront face aux mêmes défis: «Ils devront devenir des présidents pour l’ensemble de la Suisse et non des présidents régionaux.»

Le degré de complicité

Les socialistes auront une coprésidence, une nouveauté à apprivoiser. Fabian Molina n’est pas fan de la formule. «Mais j’ai vu que cela peut fonctionner, à la condition que les personnes se connaissent très bien et partagent non seulement leur vision mais également leur manière de travailler.» C’est le cas de Mattea Meyer et de Cédric Wermuth, liés par une amitié de longue date.

A contrario, Mathias Reynard et Priska Seiler Graf forment un duo de circonstance. Le tandem est né suite à une réflexion menée à quatre, avec Angelo Barrile (ZH) et Franziska Roth (SO), qui a fini par aboutir à la candidature présentée. «Je connais bien Mathias Reynard et Priska Seiler Graf mais je n’ai pas noté une forte coopération entre les deux», observe Fabian Molina. «Cela peut demander beaucoup d’énergie entre les deux pour trouver une même ligne, admet Carlo Sommaruga. Cela dit, ils compensent par leur volonté de consulter davantage la base. Ils se voient comme des animateurs du parti. Je trouve cela bien.»

Créé: 26.01.2020, 22h19

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