Privée de la garde de ses deux fils, une mère «imparfaite» dit avoir fait de son mieux

JusticeDepuis que hématomes et griffures ont été constatés par son ex-mari sur leur cadet, l’étau pénal s’est inextricablement resserré sur une jeune maman de la région de Châtel-St-Denis (FR). Condamnée au printemps, l’accusée clame son innocence.

La jeune mère de 29 ans a comparu ce jeudi devant le Tribunal de la Veveyse, à Châtel-St-Denis (FR).

La jeune mère de 29 ans a comparu ce jeudi devant le Tribunal de la Veveyse, à Châtel-St-Denis (FR). Image: Google Street View

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«Ca m’est arrivé de donner des fessées mais sans intention de leur faire mal; uniquement pour le geste...» Aujourd’hui âgée de 29 ans, Leila* doit répondre de coups et blessures ainsi que violation du devoir d’éducation sur ses deux jeunes garçons (9 et 5 ans), quasiment dès leur naissance, jusqu’aux constats médicaux des Urgences de l’hôpital de Riaz (FR), il y a deux ans. Une consultation du cadet effectuée à la demande du père des enfants, qui avait eu l’occasion de s’occuper de ces derniers durant les vacances d’automne. Le couple vivait alors séparément depuis huit mois, avec une garde des deux fils temporairement attribuée à la mère.

La situation s’inversera complètement courant 2018, suite aux premières conclusions des investigations pénales. Le Ministère public fribourgeois finira par condamner Leila au paiement de 1 725 fr. (amende immédiate et frais de justice), ainsi qu’à une peine pécuniaire de 7 200 fr. avec sursis. Une décision contre laquelle l’accusée -qui clame son innocence- a recouru, ce qui a entraîné son audition par un juge du Tribunal de Châtel-St-Denis, ce jeudi matin.

«Hématome sous l’oeil droit: mauve, en rémission. Hématome verdâtre au niveau du coude. Malléole interne: deux hématomes mauves. Deux traces de griffures au niveau du torse.» A la lecture du rapport médical de son cadet établi par l’hôpital de Riaz, la mère n’a une explication que pour le premier bleu: «c’était par accident, je l’ai touché avec mes longs ongles en acrylique.» Le bras et les chevilles? «Je l’ai peut-être saisi parce qu’il saute souvent sur le canapé. Et parfois, il tombe...» Et les griffures, potentiellement à cause du chat, avec qui l’enfant de 3.5 ans «jouait comme avec une poupée»: «il arrivait aussi qu’il se gratte, et se frotte contre les murs...»

Enfants couchés à 21h

S’il n’a jamais été témoin de coups donnés à leurs fils par Leila, l’ex-mari dénonciateur a rapporté que la jeune femme les couchait trop tard. «Vers 21h», a-t-elle indiqué au juge Pascal L’Homme. «Vous ne pensez pas que c’est un peu tard?», a rétorqué le magistrat. «Je n’ai appris que par la suite que j’aurais dû les mettre au lit à 20h», a admis la maman. Une enquête de voisinage a également été menée par la police, après que le père a produit un courrier signé par l’ensemble des locataires dans le cadre de la procédure de séparation du couple. Une lettre dans laquelle les voisins qualifiaient leur voisine de «mère indigne», en référence à la période où l’ex-mari vivait encore dans l’appartement conjugal. Motif avancé: les cris et pleurs répétés des enfants, qui auraient été «livrés à eux-mêmes» lorsque le père n’était pas présent.

Le cadet aurait en outre confié à son grand-père paternel que sa maman aimait plus leur chat que lui, car elle jouait davantage avec le félin. Entendu comme témoin en cours d’enquête, ce même ex-beau-père de l’accusée a déclaré que son petit-fils aîné aurait été enfermé à plusieurs reprises dans sa chambre, si longtemps que l’enfant aurait eu faim. «Quand ils faisaient des bêtises, je les mettais dans la chambre: 7 min pour mon garçon de 7 ans, jusqu’à ce qu’il se calme», s’est défendue Leila. L’audition filmée de l’aîné par la police semble avoir été déterminante dans la conviction de culpabilité que s’est forgée le Ministère public. L’enfant a notamment dit que cela se passait «beaucoup pas bien» avec sa mère, et rapporté que la jeune femme aurait donné des coups à son petit frère. «Mensonges» et «manipulation», avait réagi la maman, dénonçant une influence du père sur le témoignage de leur fils.

Des céréales en guise de repas

Seul élément incontesté du dossier pénal: le rapport du responsable de l’unité de gastro-entérologie et nutrition pédiatrique du CHUV, au sujet de l’aîné. Etabli trois mois avant la dénonciation pénale; soit un peu plus de quatre mois après que Leila s'est occupée seule de ses enfants. Un document qui faisait état d’une anémie, mais surtout d’un «apport en gluten considérable», alors que le couple savait depuis une année que leur garçon souffrait d’une maladie auto-immune de l’intestin, dont le traitement est précisément basé sur un régime alimentaire sans gluten... «Durant les six premiers mois après la séparation, je n’avais plus d’argent pour acheter la nourriture car mon ex ne me versait pas les pensions; je leur donnais ce que j’avais», a déclaré l’accusée. A savoir, «régulièrement que des céréales en guise de repas», a lancé le conseil des fils. Avant d’affirmer que ses jeunes «mandants» ne voudraient plus vivre avec leur maman.

«On pourrait se demander si le père, en refusant tout moyen financier à ses enfants, a mis en danger leur santé», a répliqué l’avocate de la défense, Me Jillian Fauguel. A l’heure de plaider l’acquittement, la femme de loi a estimé que sa cliente n’était «pas la première ni la dernière mère à connaître des difficultés éducationnelles avec ses enfants, sans être indigne pour autant.» En introduction de sa plaidoirie, Me Fauguel a concédé que si Leila «n’a jamais prétendu être une mère parfaite -elle ne l’était pas-, elle a toujours été aimante».

Le verdict du juge unique sera notifié aux parties dans le courant de la semaine prochaine.

* Prénom d’emprunt

Créé: 10.10.2019, 21h33

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