La pression s’accentue sur le procureur de la Confédération

Affaire FIFAOn saura début mai si Michael Lauber a menti à l’Autorité de surveillance du Ministère public. Sa réélection à son poste est en jeu.

Michael Lauber n’a pas pleinement respecté le Code de procédure pénale suite à ses deux rencontres informelles avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino.

Michael Lauber n’a pas pleinement respecté le Code de procédure pénale suite à ses deux rencontres informelles avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino. Image: THOMAS HODEL/Keystone

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«C’était une faute.» Hanspeter Uster, président de l’Autorité de surveillance du Ministère public de la Confédération (AS-MPC), a fini par lâcher le mot jeudi à Berne lors de sa présentation annuelle. Il considère que le procureur général du MPC, Michael Lauber, n’a pas pleinement respecté le Code de procédure pénale suite à ses deux rencontres informelles avec le patron de la FIFA, Gianni Infantino. Il aurait dû consigner par écrit ces deux entretiens. Une enquête est encore en cours sur une éventuelle 3e rencontre secrète entre Lauber et Infantino. Si elle est avérée, elle pourrait coûter son poste à Lauber car il a nié qu’une telle rencontre ait eu lieu.

Mais reprenons depuis le début. Le Ministère public de la Confédération est confronté depuis des années à une vaste affaire de corruption à la FIFA. Une enquête pénale contre inconnu a été ouverte en mars 2015 pour gestion déloyale, escroquerie, abus de confiance et blanchiment d’argent. L’affaire a pris rapidement une dimension internationale. «Le MPC mène actuellement près de 25 enquêtes pénales, collabore avec 15 autorités étrangères et analyse des documents recueillis sous la forme de données d’un volume de 19 térabytes», souligne le rapport d’activité 2018 de l’AS-MPC présenté jeudi.

Rencontre Lauber-Infantino au restaurant

Dans l’intervalle, Gianni Infantino a remplacé Sepp Blatter à la tête de la FIFA. Il demande en 2016 à rencontrer informellement la direction du Ministère public pour faire le point sur la procédure. Une première rencontre aura lieu en mars. Une seconde en avril. Les deux fois dans un restaurant. On y discute principalement du degré de la collaboration de la FIFA, notamment concernant la production de documents. N’est-il pas bizarre que le MPC accepte ces rencontres informelles sur un coin de table? Non, répond l’Autorité de surveillance du MPC, qui sur ce point exonère Lauber. Elle constate que la FIFA, en tant que personne morale, n’est accusée dans aucune procédure pénale. Elle juge «non problématique» les deux rencontres destinées à clarifier la procédure.

En revanche, le président Hanspeter Uster voit une faute dans le fait de ne pas protocoler par écrit ces séances. «Le Code pénal exige que lors de telles discussions les éléments suivants soient mentionnés: le lieu, l’heure, la date, la description des fonctions des personnes présentes, le but et la teneur essentielle des entretiens». Cette transparence est, selon lui, nécessaire pour que toutes les parties à la procédure puissent bénéficier du même degré d’information.

Hanspeter Uster a-t-il réprimandé Michael Lauber pour ce manquement? Non. En revanche, il a fait déposer une recommandation écrite pour que toutes les discussions informelles soient désormais consignées. Le MPC va-t-il s’y conformer? Pas immédiatement. Lauber a fait savoir qu’il était d’accord sur le principe mais qu’il souhaite encore attendre l’avis du Tribunal pénal fédéral sur la question.

Le démenti de Lauber

Cette petite guéguerre juridique est du pipi de minet en comparaison d’une autre accusation qui plane sur Lauber. La presse a fait état qu’il a rencontré informellement une 3e fois Gianni Infantino. Si c’est vrai, le procureur général semble dans de sales draps. Hanspeter Uster affirme en effet que Lauber a démenti en novembre 2018 une 3e rencontre avec Infantino. Il a donc été «surpris» par les révélations de la presse.

Une enquête est diligentée pour éclaircir ce point. Ses conclusions seront rendues dans la première semaine de mai. Jeudi, Hanspeter Uster s’est montré d’une prudence de Sioux. Il n’a même pas voulu confirmer ou infirmer l’existence d’une 3e rencontre. Si le procureur général a menti, il risque une sanction. Celle-ci peut aller d’un simple avertissement au renvoi en passant par une sanction financière (jusqu’à – 10% de son salaire). L’Assemblée fédérale peut aussi décider de ne pas le réélire à son poste. Et justement la réélection aura lieu en juin. Il y a quatre ans, le Bernois avait recueilli 195 voix sur 216 bulletins valables.

En attendant, Hanspeter Uster n’a pas caché que son 30% d’activité à la présidence s’est transformé en un 100%. «Si vous ne me croyez pas, téléphonez à ma femme!»

Créé: 25.04.2019, 20h41

La malédiction des procureurs généraux

Pour le procureur général de la Confédération Michael Lauber, tout avait bien commencé en 2011. Il arrivait pour remettre de l’ordre dans un Ministère public passablement secoué. Il multipliait les interviews et mangeait son pain blanc. On le voyait même rayonner quand l’affaire de la FIFA a éclaté. Une chance unique pour lui de briller sur la scène internationale.

Mais depuis, le vent a tourné. L’affaire de la FIFA s’enlise et il est sous enquête de son Autorité de surveillance. La «NZZ» vient de révéler aussi qu’il a eu la mauvaise idée de confier la procédure pénale ouverte contre Sepp Blatter à un procureur qui a grandi dans la même ville (Viège) que l’ancien boss de la FIFA.

L’étoile du procureur général Lauber est donc en train de pâlir. Cela ressemble à une malédiction au Ministère public. Les prédécesseurs ont souvent connu le désenchantement. Carla Del Ponte, qui jouait au shérif médiatique quand elle ouvrait des enquêtes, n’a souvent abouti à rien devant la justice. Valentin Roschacher, qui voulait se payer un banquier suisse, s’est fait manipuler par un trafiquant de drogue. Quant à Erwin Beyeler, accusé de complot contre Christoph Blocher, il a été éjecté brutalement par l’Assemblée fédérale en 2011. Procureur général: un métier à risques. AR.G.

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