Présidente des États, et favorite au Conseil fédéral

PortraitKarin Keller-Sutter sera élue le 27 novembre à la tête de la Chambre haute. Un tremplin pour accéder à la fonction suprême?

Karin Keller-Sutter accédera le 27 novembre à la présidence du Conseil des États

Karin Keller-Sutter accédera le 27 novembre à la présidence du Conseil des États Image: Keystone

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Une main de fer dans un gant de velours. La métaphore colle à la peau de Karin Keller-Sutter depuis qu’elle est connue du grand public. Ceux qui côtoient la future présidente du Conseil des États décrivent pourtant une personnalité bien plus contrastée.

Méfiante, elle ne communique pas son numéro de portable; mais elle est rapide comme l’éclair au moindre mail. Charismatique et toujours tirée à quatre épingles, elle donne l’image d’une femme glaciale, contrôlant chaque fait et geste; mais elle est chaleureuse dans le contact. Bref, la politicienne impressionne autant qu’elle désarçonne.

Pour la cerner, il faut passer par la case cantonale. Elle a 36 ans en 2000 quand elle est propulsée au gouvernement saint-gallois sous la bannière PLR. L’interprète et traductrice hérite alors du Dicastère de la sécurité. Plus tard, elle prendra la tête de la Conférence des directeurs de justice et police. Elle s’illustre dans la lutte contre le hooliganisme et les violences conjugales, et devient une dame de fer respectée au niveau national.

Son ascension est telle qu’elle est pressentie pour succéder à Hans-Rudolf Merz en 2010. Elle a toutes les cartes en main: une popularité sans faille, une maîtrise parfaite du français. Souveraine en interview, elle a une sorte d’aura sur les plateaux de télévision. Elle est le joyau que le PLR rêve de porter au Conseil fédéral.

Le rêve prendra fin brusquement. La gauche décide de se ranger derrière Johann Schneider-Ammann. Le Bernois est élu. Pour beaucoup, les socialistes ne voulaient pas faire un «tel cadeau» au PLR. Elle rebondira lors des élections de 2011, plébiscitée par son canton comme sénatrice.

Clairement de droite

Son arrivée sous la Coupole n’a pas été de tout repos se souvient Géraldine Savary (PS/VD). «Distante, silencieuse, esseulée, d’aucuns se demandaient si on ne l’avait pas surévaluée. Elle a depuis réussi à se libérer de son côté star et rompu ses liens avec EconomieSuisse et le conseil d’administration de la NZZ. Elle a compris la technique, et montré sa capacité à travailler comme parlementaire.»

Roland Büchel (UDC/SG) a suivi cette évolution puisqu’il siégeait au Législatif cantonal quand elle œuvrait à l’Exécutif. «En arrivant à Berne, elle a quitté le registre sécuritaire. Elle siège dans les commissions de politique extérieure, de l’économie et de la santé. Elle est sortie de son rôle de femme de poigne et met en avant son côté consensuel.»

Au Conseil des États, Karin Keller-Sutter forme d’ailleurs un duo étonnant avec Paul Rechsteiner (PS/SG). Le président de l’Union syndicale suisse a beau être aux antipodes de sa ligne politique – il ne tarit pas d’éloges sur sa collègue. «C’est quelqu’un de fiable et d’intelligent. Même si elle est clairement de droite, on peut discuter avec elle. Nous sommes unanimes lorsqu’il faut défendre les intérêts du canton, mais aussi pour trouver des compromis, par exemple sur les bilatérales.»

S’entendre avec Karin Keller-Sutter? «C’est presque devenu une obligation à Saint-Gall, réagit Roland Büchel. S’opposer à elle, c’est s’assurer d’un échec tant elle séduit à gauche et à droite.»

Mais la politicienne a aussi ses détracteurs. «Si elle ne polarise pas, c’est parce qu’elle n’empoigne pas les sujets qui fâchent, critique un observateur politique. Elle évite soigneusement tout terrain brûlant. Elle présente bien mais n’a pas beaucoup de succès à son actif. Les médias ont une bienveillance à son égard.» Sa conclusion: on la surestime.

«Son dernier échec a dû être un moment difficile, mais elle doit se rendre compte que son nom est toujours cité pour le Conseil fédéral»

Une analyse dont se distancie Géraldine Savary. «Elle a joué un rôle crucial sur la mise en œuvre de l’initiative contre l’immigration de masse, et elle n’a pas eu peur de se mouiller pour combattre la réforme des retraites. Elle ose affirmer ses positions.»

Son accession à la présidence des États le 27 novembre pourrait-elle servir de tremplin vers le Conseil fédéral? «Son dernier échec n’a pas entamé ses chances, note Raphaël Comte (PLR/NE). Elle fait partie des personnalités qui comptent à Berne. Elle est respectée dans le parti, et jamais en porte-à-faux avec sa ligne politique.» Reste que la principale intéressée refuse de retenter l’expérience. «Ça a dû être un moment difficile, analyse le Neuchâtelois, mais elle doit se rendre compte que son nom est régulièrement cité. Ignazio Cassis a aussi été élu après avoir échoué.»

«Prima donna»

Le parti réussira-t-il à la convaincre? «Il faudrait qu’elle accepte une concurrence», tacle une élue PLR. Sous couvert d’anonymat, elle sous-entend que Karin Keller-Sutter se donnerait «des airs de prima donna», et ne serait prête à se lancer que si un «tapis de roses» lui est déroulé.

À 54 ans, elle reste encore la favorite. Il se murmure d’ailleurs que la gauche se mord les doigts de l’avoir écartée à l’époque. Le patron du PS, Christian Levrat, serait même prêt à la soutenir. Une chose est sûre: avec l’arrivée de Karin Keller-Sutter, le PLR placerait une deuxième personnalité forte et très à droite au Conseil fédéral. Mais pour Raphaël Comte, l’équation reste la même. «Elle irradie beaucoup. Est-on prêt à la couler pour ça?» (TDG)

Créé: 14.11.2017, 07h28

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