La présidente des CFF apparaît dans les Paradise Papers

OffshoreMonika Ribar a siégé dans une firme qui reçoit de l'argent de l'Angola.

Monika Ribar, présidente des CFF.

Monika Ribar, présidente des CFF. Image: Dominique Meienberg

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Monika Ribar, aujourd'hui présidente des CFF, a siégé dans une société qui reçoit de l'argent du fonds souverain de l'Angola. Ce dernier est géré par l'homme d'affaires fribourgeois Jean-Claude Bastos (lire notre enquête ici).

C'était en 2015 et elle était alors vice-présidente de la régie fédérale. Elle a accepté le mandat malgré des articles critiques faisant état de la relation personnelle de Jean-Claude Bastos avec le fils du président angolais ainsi que des transactions discutables du fonds souverain.

Et si elle avait consulté le jugement du Tribunal pénal de Zoug, elle aurait remarqué que Jean-Claude Bastos n’avait pas, comme il l’a prétendu publiquement, été principalement acquitté, mais bel et bien condamné pour deux des trois chefs d’accusation.

En mai 2015, elle devient membre du conseil d’administration de Capoinvest Limited, une entreprise de Jean-Claude Bastos enregistrée dans les îles Vierges britanniques. Capoinvest est chargée du financement d’un important projet de port dans la province angolaise de Cabinda.

La construction de ce port en eaux profondes est en partie financée par le fonds souverain d’Angola, géré par Jean-Claude Bastos. Les 20 premiers millions ont été versés fin 2014 à Capoinvest. Début 2017, le fonds souverain annonçait un financement total de 180 millions.

Pourtant, les profits de ce projet devraient un jour finir dans les poches de Jean-Claude Bastos. 69% du port lui appartiennent. Lui-même dit avoir injecté 70 millions de francs pour le développement du projet.

Mais que vient donc faire l’administratrice d’une régie fédérale dans ce projet? «Grâce à son expérience de logistique et de conseil, Madame Ribar a conseillé Capoinvest Limited dans un projet de développement d’un port en Angola», répond le porte-parole des CFF. Peu avant de reprendre la présidence des CFF, en juillet 2016, Monika Ribar a démissionné de Capoinvest.

Monika Ribar a ainsi été liée à une entreprise offshore dans le cadre d’une affaire controversée dans un pays sensible. Et elle a été généreusement rémunérée pour cela. Dans un e-mail de février 2016, un collaborateur du bureau qui gère les affaires personnelles de Jean-Claude Bastos demandait de produire un document montrant que Monika Ribar était un «membre platine» de Capoinvest, ce qui lui assurait une rémunération annuelle de 100'000 dollars.

Monika Ribar a-t-elle reçu cette somme? Et, si oui, pour quelles prestations exactement? La présidente des CFF explique avoir «participé à plusieurs réunions, dont deux en Angola». Elle ne commente pas la somme de 100'000 dollars et souligne que Capoinvest est une entreprise privée qui n’a pas d’obligation de divulguer les honoraires des administrateurs. Monika Ribar rejette l’accusation d’être impliquée dans une affaire douteuse. Elle écrit avoir «procédé à un examen détaillé» avant d’accepter le mandat et «être encore aujourd’hui convaincue par ce projet».

Collaboration avec l’ancien chef de la DDC

La présidente des CFF n’est pas la seule personnalité à travailler avec Jean-Claude Bastos. L’ancienne conseillère fédérale Ruth Metzler fait partie du conseil consultatif de son groupe Quantum Global. Interrogée sur ses activités, elle répond qu’elle conseille le groupe «sur des questions de régulation en lien avec la Suisse et des thèmes de la gouvernance pertinents pour les entreprises suisses.»

L’ancien chef du Département pour le développement et la coopération suisse (DDC), Walter Fust, est également un partenaire de Jean-Claude Bastos. Les deux hommes ont fondé ensemble, en 2012, une société dans laquelle Walter Fust apporte ses conseils sur des projets de développement. Il préside également la Fondation pour l’innovation en Afrique mise sur pied par Jean-Claude Bastos. Walter Fust ne tarit pas d’éloges au sujet de l’entrepreneur: «Grâce à son approche entrepreneuriale, Jean-Claude a fait beaucoup pour le développement en Afrique.»

Un article du quotidien Le Temps paru la semaine dernière mentionnait par ailleurs d’autres personnes liées à Jean-Claude Bastos: l’ancien dirigeant d’UBS Marcel Rohner, l’ancien chef de Kuoni Armin Meier ou encore l’actuel directeur général de l’aéroport de Genève, André Schneider.

Parmi les administrateurs des quatre sociétés suisses de Quantum Global se trouve l’avocat Martin Neese. Il siège entre autres au Groupe de contact contre le blanchiment de la Confédération et il préside l’Association pour la qualité des services financiers (VQF), l’organisation d’autorégulation qui supervise Quantum Global en Suisse.


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Créé: 05.11.2017, 17h34

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