«Nous prenons les risques d'eugénisme très au sérieux»

EmbryonsAlain Berset espère que le peuple accepte le diagnostic préimplantatoire (DPI) en votation le 14 juin prochain. Un scrutin qui annonce des débats complexes, reconnaît le ministre de la Santé.

Le conseiller fédéral Alain Berset (PS), en charge du Département de la Santé.

Le conseiller fédéral Alain Berset (PS), en charge du Département de la Santé. Image: Keystone

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«C’est un thème qui touche au désir d’enfant et pose des questions délicates.» Le conseiller fédéral Alain Berset ne le cache pas: la votation du 14 juin prochain sur le diagnostic préimplantatoire (DPI) est difficile à expliquer.

D'abord parce que le sujet est complexe. Le DPI, qui serait réservé aux parents qui risquent de transmettre une maladie grave à leurs enfants, permettrait le développement de plusieurs ovules in vitro et la congélation d'embryons. Une pratique actuellement interdite en Suisse. La votation pose aussi des questions d'éthique: des associations d'handicapés et le Parti évangélique (PEV) s'y opposent.

Le ministre de la Santé lançait ce matin à Berne la campagne du Conseil fédéral en vue du vote populaire. Interview.

- La loi élaborée par le Parlement est plus permissive que ce que voulait le Conseil fédéral. Elle autoriserait notamment le dépistage de la trisomie 21. Un regret?

- Non, en fait le projet de loi est moins permissif que dans les pays qui nous entourent. Le projet exclut notamment la possibilité d’avoir des bébés sauveurs, soit le fait de procréer un enfant pour obtenir des cellules souches permettant de soigner un frère ou une sœur. C'est interdit et cela le restera. La loi limite fortement aussi le nombre d’embryons qui peuvent être développés, avec un plafond à douze. C’est vrai que c’est un peu plus large que ce que souhaitait le Conseil fédéral, mais il faut rappeler que c’est une possibilité offerte aux parents : il n’y a aucune obligation de faire appel au diagnostic préimplantatoire. La seule question est de savoir s'il faut en faire bénéficier les parents qui le souhaitent. Aujourd’hui, ils vont à l’étranger pour le faire, du moins ceux qui en ont les moyens.

- Est-ce que cette relative permissivité pourrait refroidir la population?

- Je ne crois pas. La question qui se pose, en cas de maladie grave, c'est de savoir si on peut faire des tests aussi tôt que possible. L'alternative, c'est d'attendre qu'une grossesse soit commencée, de faire ensuite un test prénatal pour voir s'il y a transmission de la maladie ou de l'anomalie, puis de procéder à un avortement. En posant l'alternative en ces termes, on voit bien qu’il n’y a pas de raison de maintenir une interdiction du DPI en Suisse.

Les opposants invoquent des risques de dérive vers l’eugénisme. Que leur répondez-vous ?

- Nous prenons cette question des risques d'eugénisme très au sérieux. C’est pourquoi le Conseil fédéral et le Parlement ont mené une discussion très approfondie sur les limites de cette loi. Par exemple, il restera absolument interdit de déterminer le sexe de l’enfant ou d’autres caractéristiques individuelles sur la base de ces tests. Techniquement, on sait que ce serait possible et c’est la raison pour laquelle nous avons besoin d’un cadre juridique précis. Nous ne souhaitons pas du tout autoriser tout ce que la technique rend possible, mais seulement permettre aux personnes concernées de ne pas avoir besoin de transmettre une maladie grave à un enfant puis de recourir à un avortement. C’est simplement une possibilité d’agir plus tôt.

- En présentant l’anomalie génétique comme un problème, n’y a-t-il pas une forme de discrimination vis-à-vis des handicapés ?

- Je ne crois pas que l’on puisse parler de discrimination vis-à-vis des personnes handicapées. Ou alors, on pourrait poser exactement la même question avec l’avortement. Ce qui importe c’est de poser un cadre légal précis.

- Est-ce vraiment au peuple de trancher ce genre de questions éthiques ?

- Dans notre système politique, oui. Toute modification de la Constitution est soumise à un vote obligatoire du peuple et des cantons. C’est très exigeant pour les citoyens, je le conçois, mais cela fait partie de notre démocratie. Nous devons être en mesure de mener ces débats, aussi difficiles soient-ils, avec toutes les questions qui se posent, liées à l'éthique, à la médecine, aux libertés individuelles et aux restrictions qu’il faut leur apporter. Ce vote du 14 juin sera complexe, mais ce sont des questions auxquelles chacune et chacun pourrait être un jour confronté.

Créé: 23.03.2015, 13h22

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