Le préfet Dessauges mise beaucoup sur ses réseaux

Élection au Conseil d'ÉtatL’agriculteur a surpris son monde en décrochant l’investiture UDC. Ancré dans le milieu associatif, ce discret attendait son heure.

Pascal Dessauges a fait sensation jeudi soir en obtenant 89 voix sur 143 lors de la primaire interne à l’UDC.

Pascal Dessauges a fait sensation jeudi soir en obtenant 89 voix sur 143 lors de la primaire interne à l’UDC. Image: Keystone

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«Je pars de l’idée qu’on apprend toujours de ses échecs.» Alors Pascal Dessauges, préfet UDC du Gros-de-Vaud, a beaucoup appris en politique, puisqu’il a raté deux élections au Grand Conseil, deux au Conseil national et deux à la primaire interne de son parti dans la course au Conseil d’État. Mais jeudi, à la Salle du Motty d’Écublens, c’était la bonne. Enfin!

L’agriculteur de 54 ans, marié et père de trois enfants adultes, a nettement devancé son concurrent d’un soir, le député Philippe Jobin, et a décroché l’investiture UDC. Les militants du nord du canton se sont déplacés en nombre pour le soutenir. Il devient le plus sérieux prétendant à la succession du ministre démissionnaire Pierre-Yves Maillard, après la favorite socialiste Rebecca Ruiz. L’élection aura lieu le 17 mars.

«Indéniablement, ses réseaux sont très étoffés. Il faudra ratisser large. Ça a joué un rôle auprès du congrès»

Pour convaincre ses pairs de miser sur lui, le rusé Dessauges a peu parlé de sa vision politique, mais beaucoup de ses réseaux. Sociétés d’Abbaye – il a fondé celle du Trèfle d’Or de Villars-Mendraz –, Jeunesses campagnardes – cet ancien membre prend le micro au moins deux fois par an dans les girons – ou paroisses protestantes – il a présidé six ans celle de son district. Ah oui, il a aussi plus de vingt-cinq ans d’activité au sein d’un chœur mixte. L’ex-syndic de Naz, minuscule village dont il est bourgeois, donne de son temps à la société sans compter.

«Indéniablement, ses réseaux sont très étoffés, note son ami le député Denis Rubattel. Il faudra ratisser large. Ça a joué un rôle auprès du congrès, je pense. Tout comme son positionnement un peu plus à droite.» Le préfet bientôt en congé (lire encadré) est revenu aux fondamentaux du parti en parlant asile, armée, tir. «Je pratique encore le tir à 300 mètres. C’est un bon exercice de concentration», nous glisse celui qui a le grade de colonel et a été actif trois décennies dans l’armée, dont une comme commandant de troupes dans l’artillerie.

Entre deux courants

Bien à droite, Pascal Dessauges? Difficile de le situer puisque le job de préfet le condamne à la neutralité politique. Lui-même se place «pile au centre des deux courants principaux de l’UDC vaudoise». À savoir l’agrarien ex-PAI et l’alémanico-blochérien. «Je navigue très bien entre les deux et considère leurs différences comme une richesse.» «Il est perçu comme tolérant, dans l’esprit de Jean-Claude Mermoud», analyse un syndic du Gros-de-Vaud. Le dernier ministre UDC, décédé il y a sept ans, était d’ailleurs un proche. Celui qui le fit entrer au parti, en 1998. Sa première expérience sera celle de la Constituante, l’année d’après. Il présidera la section vaudoise de 2004 à 2006, des années tranquilles.

Pascal Dessauges est un franc du collier. «Indépendant dans mes réflexions», selon ses mots. Il n’hésite pas à se distancier du parti national. Par exemple, concernant les affiches électorales «trop trash», où l’on voyait des mains de couleur attraper des passeports suisses. Vendredi sur la RTS, il a pris la défense de la libre circulation des personnes, car «l’économie vaudoise a besoin de main-d’œuvre étrangère». Et tant pis si l’UDC Suisse veut s’en débarrasser. En 2016, Pascal Dessauges critique un point du programme de sa propre section, qu’il juge rétrograde sur la condition des femmes. Un thème qui lui est cher. «En 1986, j’en ai fait mon sujet de dissertation pour entrer à l’école d’officier.» Il veut en voir davantage s’engager en politique et dans l’économie.

La politique, c’est sa passion. Il faut croire que le paysan est devenu préfet parce que la carrière parlementaire se refusait à lui. Ado, il faisait ses devoirs en regardant d’un œil les débats de l’Assemblée nationale française. Les giscarderies et les tonitruements de Georges Marchais. Le petit Pascal n’a guère baigné dans la politique, ses parents n’étant que des sympathisants PAI.

Le préfet Dessauges est décrit comme quelqu’un «d’agréable», «consensuel». Un «modeste», «toujours prêt à boire un verre». Sans doute populaire. Mais cruellement transparent, dit-on aussi. «Il ne prend aucune initiative, tutoie les municipaux mais vouvoie les membres des Législatifs communaux, pointe un élu local peu amène. On l’a vu à la Fête du blé et du pain, mais à aucun moment il n’a tiré le bateau.» Le jour où il défraie la chronique, c’est quand le gouvernement doit le recadrer. En 2015, le lieutenant de l’État avait décidé de présider un congrès UDC sous haute tension, outrepassant ainsi son devoir de réserve. Il assume.

«J’aime que ça bouge», se plaît-il à répéter. Avec cette campagne électorale, Pascal Dessauges sera servi. Au bout du compte, il retournera dans l’ombre ou restera dans la lumière. (TDG)

Créé: 11.01.2019, 21h46

Loyauté mise au placard

C’est une curieuse campagne que s’apprête à faire Pascal Dessauges. Comme préfet, il est tenu à un devoir de loyauté envers le Conseil d’État, son employeur. Comme candidat de l’opposition, il devra se montrer critique envers la politique gouvernementale. Un paradoxe qu’a imagé l’UDC Kevin Grangier en ces termes, jeudi soir: devra-t-il boxer d’une seule main? «Ma situation n’est pas inconfortable. Elle l’aurait été si le Conseil d’État avait refusé que je me présente», dit l’intéressé. Et de rappeler les deux règles qui lui ont été notifiées. Primo: depuis son investiture, il ne peut plus représenter l’État lors de sorties publiques. Deuzio: quand sa candidature sera officialisée et jusqu’à la fin de l’élection, il sera mis en congé non payé. «J’aurai une totale liberté de ton pendant la campagne. De toute manière, je n’attaque pas les gens personnellement», assure-t-il. «Si je ne suis pas élu, je reprendrai ma fonction de préfet, ça ne me posera pas de problème.»

Jeudi, devant les militants, l’agriculteur a prouvé qu’il n’aurait pas sa langue dans sa poche, éreintant dans son discours le laxisme dans le renvoi des requérants d’asile déboutés, ou le poids budgétaire du social. Président de l’UDC Vaud, Jacques Nicolet est serein: «Pascal Dessauges a l’acuité pour utiliser la marge de manœuvre laissée par le Conseil d’État et, plutôt qu’attaquer, faire des propositions.» Le préfet sera surveillé non seulement par son employeur, mais aussi par le PS vaudois. Sa présidente Jessica Jaccoud se demande ainsi «s’il fera la part des choses entre ses deux casquettes, surtout ces deux prochaines semaines, avant qu’il soit mis en congé. Nous y serons attentifs.»

Budget

Jeudi lors du congrès, le secrétaire général de l’UDC Vaud, Kevin Crausaz, a présenté le budget de la section pour cette campagne hivernale. Le chiffre articulé se monte à 80'000 francs, dont 10'000 francs seront sortis de la poche du candidat désigné. 30'000 francs seront tirés de la trésorerie du parti et le solde de 40'000 francs correspond aux promesses de dons déjà enregistrées par le comité. Un budget somme toute limité, si on considère qu’en 2017, l’UDC avait investi 300'000 francs dans la course au Conseil d’État. Vice-président de l’UDC Vaud, Thierry Dubois a promis une «campagne de proximité, qui permettra d’être à l’écoute de nos électeurs». «Une campagne modeste à défaut de mieux», traduit un militant. Et en octobre suivront les élections fédérales, pour lesquelles se poseront à nouveau des questions de gros sous.

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