Le projet de loi sur le tabac fâche tout le monde

Conseil fédéralA force de ménager la chèvre et le chou, Berne fait tousser à droite comme à gauche. Les milieux de la santé aussi bien que l’économie.

Soucieux de parvenir à un consensus, Alain Berset ne convainc pas grand monde…

Soucieux de parvenir à un consensus, Alain Berset ne convainc pas grand monde… Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

Alain Berset l’admet volontiers: «Ce n’est pas la révolution… Le Conseil fédéral a effectué une pesée d’intérêts et il a cherché un équilibre.» Le projet de loi sur les produits du tabac, présenté hier à Berne par le conseiller fédéral en charge de la Santé, vise le consensus en essayant de ne fâcher personne. Ni la droite, ni la gauche, ni l’économie, ni les milieux de la prévention.

La loi prévoit par exemple une interdiction de vente de cigarettes aux mineurs (déjà en vigueur dans dix cantons). Elle veut aussi interdire la publicité par affichage et au cinéma (déjà en vigueur dans quinze cantons). La promotion du tabac resterait autorisée dans les festivals: elle ne serait bannie que des événements d’envergure internationale, afin de mettre la Suisse en conformité avec ses engagements pris auprès de l’Organisation mondiale de la santé (OMS).

«C’est un projet minimal, commente Alain Berset. Il est en retrait sur certaines mesures prises dans les pays étrangers.» Pas question, par exemple, de prévoir des paquets de cigarettes neutres, comme le voudraient les milieux de la prévention. Pas question non plus de limiter la teneur maximale en goudron et en nicotine pour les cigarettes destinées à l’exportation, une mesure qui fait peur aux fabricants établis en Suisse.

Pour le consensus, c’est apparemment loupé. La loi présentée par le gouvernement semble fâcher presque tout le monde. La Ligue pulmonaire suisse n’a que mépris pour la prudence du Conseil fédéral: «Le monde politique est en retard sur la société, dénonce son porte-parole, Grégoire Vittoz. Un sondage récent montre que 53% des Suisses veulent une interdiction totale de la publicité pour le tabac. Au lieu de cela, Berne préfère ménager des intérêts économiques.»

De l’autre côté de l’écran de fumée, l’Union suisse des arts et métiers (USAM) juge que les sept Sages en font déjà trop: la Confédération «veut éliminer des instruments de concurrence essentiels au secteur du tabac», s’insurge la faîtière des entreprises. Pour sa part, elle n’acceptera que des mesures ciblées, comme l’interdiction de vente aux mineurs.

Un produit qui tue

Les positions sont irréconciliables. D’un côté, on rappelle les 9000 décès que cause chaque année la fumée en Suisse. Sans parler des 10 milliards de francs que coûtent les maladies liées au tabac. De l’autre côté, on souligne que le tabac est un secteur économique non négligeable: Japan Tobacco emploie 1000 personnes à Genève et Philip Morris plus de 3000 personnes à Lausanne et à Neuchâtel, pour ne citer qu’eux.

Le Conseil fédéral «laisse le soin au parlement de prendre des décisions à sa place», constate Guy Parmelin (UDC/VD), président de la Commission de la santé du National: «Vu le nombre d’oppositions que ce projet cumule au départ, je le vois assez mal embrayé aux Chambres fédérales.» Son propre parti, l’UDC, se montrera en tout cas chatouilleux sur les restrictions. Ce printemps, une motion du sénateur Hans Hess (UDC/OW) demandait déjà de laisser tomber les interdictions de publicité, à cause du contexte actuel de franc fort.

En face, le Parti socialiste critique un texte fumeux et timoré: «Nous ne sommes pas des ayatollahs de la santé, mais ce projet de loi se moque carrément de la santé des jeunes en continuant d’autoriser la promotion pour la cigarette dans les endroits qu’ils fréquentent», s’indigne Rebecca Ruiz (PS/VD), qui préside l’antenne romande de la Fédération suisse des patients.

A entendre le libéral-radical Ignazio Cassis (TI), la prudence du Conseil fédéral ne serait pas si mauvaise: «Si tout le monde est fâché avant les discussions, c’est peut-être bon signe, pense le médecin et conseiller national. Les projets de loi qui n’enthousiasment personne au départ amènent parfois des solutions équilibrées au parlement.» (TDG)

Créé: 11.11.2015, 21h16

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Papyrus: les régularisés gagnent plus et vont mieux que les illégaux
Plus...