«L'initiative fixe un objectif impossible à atteindre»

«Pour une économie verte»Le conseiller national Benoît Genecand (PLR/GE) s’oppose au texte des Verts soumis au vote le 25 septembre. Interview.

Selon Benoît Genecand, l’économie suisse a déjà fait de gros efforts en termes de gestion des ressources.

Selon Benoît Genecand, l’économie suisse a déjà fait de gros efforts en termes de gestion des ressources. Image: PHILIPPE MAEDER

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Le comité opposé à l’initiative «Pour une économie verte» estime que ce texte, soumis au vote le 25 septembre, conduirait à la désindustrialisation du pays. Son vice-président, le conseiller national PLR genevois Benoît Genecand, nous dit pourquoi.

Cette empreinte écologique qu’il faudrait réduire de deux tiers en Suisse d’ici à 2050, vous n’y croyez pas?

C’est un concept complexe, assez récent, qui comporte pas mal de points d’interrogation, notamment la prise en compte ou non de l’énergie nucléaire dans le calcul. Pour moi, il a un intérêt au niveau global, parce qu’il illustre la question de la surexploitation des ressources. Je suis moins certain que son application fasse sens pays par pays. Mais, surtout, je suis sûr qu’il est impossible d’atteindre cet objectif sans une diminution drastique de la richesse et de la population. Aux initiants de démontrer le contraire.

Sur le fond, ne pensez-vous pas que les gens s’accordent à dire qu’on gaspille trop de ressources, qu’on produit trop de déchets, et surtout qu’on ne peut pas continuer ainsi?

Si. Et je suis d’accord avec ce constat. Mais, selon moi, le problème principal auquel on doit s’attaquer, c’est le changement climatique. Il faut que l’accord soit mondial, contrairement à ce que veulent les initiants. Et puis les citoyens n’ont pas besoin qu’on leur dise au niveau fédéral de manger moins de viande ou de se loger dans un appartement plus petit. Chacun a le droit de faire des efforts de ce côté-là. Ce sont des comportements individuels.

Les Verts disent ne pas vouloir cibler les consommateurs, mais les entreprises.

C’est une manière de vendre leur camelote, alors que le texte ne dit rien de tel. Si on veut vraiment être sérieux et passer à un équivalent planète au lieu de trois d’ici à 2050, tout le monde devra faire de gros efforts.

Votre campagne parle de douches froides et de privations massives. Vous voulez faire peur aux gens?

Je l’ai pensé au début. Mais, en fait, le mensonge se trouve du côté des initiants: ils affirment que les consommateurs ne sont pas touchés, que les entreprises vont changer leurs emballages et qu’on va sauver la planète… Le litre d’essence à 5 francs, c’est la réalité d’une mesure qui pourrait être prise pour viser l’objectif annoncé.

Le délai fixé, soit 2050, vous paraît trop court. Les Verts se sont pourtant inspirés de la Vision 2050 élaborée par 200 multinationales, dont Ikea et Toyota, qui visent une économie durable.

C’est un document tout sauf impressionnant, un jargon qui n’engage à rien du tout. Je n’y ai rien lu de très courageux.

Et l’engagement pris par l’Union européenne à promouvoir une économie circulaire d’ici à 2050?

Je demande à voir. L’UE a un marché de taxation du CO2 à 6 euros la tonne. Si elle est cohérente avec la question du climat et passe à 50 ou 60 euros, je serai le premier à en être satisfait. Car la seule manière de réduire les émissions de CO2, c’est de le taxer, massivement et partout. La Suisse est déjà l’un des pays qui le fait le plus, avec 84 francs la tonne. Passer à 350 ou 500 fr. la tonne conduirait à la désindustrialisation du pays, sans aucun effet sur le climat.

Ce sera au parlement de définir de telles taxes, le cas échéant. N’allez-vous pas un peu vite en besogne?

Mais alors il ne sert à rien d’amener le peuple aux urnes, si c’est pour lui faire voter des textes en lui disant que de toute façon on sera assez intelligent pour ne pas les appliquer!

Selon les Verts, l’accent serait mis sur des mesures volontaires de la part des entreprises, à travers des conventions de branches. L’Etat n’interviendrait que dans un deuxième temps, si ce n’était pas suffisant.

Je lis ce qui est écrit dans le texte. «La Confédération peut prendre des mesures de nature fiscale ou budgétaire»: il est difficile d’imaginer une définition plus ouverte.

Vous parlez de graves menaces sur l’emploi, de décroissance économique en cas de oui. Vous ne croyez donc pas au potentiel des cleantechs en Suisse?

On parle de 150'000 à 200'000 emplois liés aux cleantechs. En Suisse, on a plus de 3 millions d’emplois. Prenons l’exemple de la pharma, un secteur très gourmand en énergie, qui a déjà fait d’énormes progrès en la matière. Si on pousse le bouchon trop loin, comment être sûr que Roche et Novartis n’iront pas juste de l’autre côté de la frontière? Le risque me paraît très important. N’oublions pas que nos entreprises sont dans une situation de forte concurrence internationale, avec un franc fort qui les pénalise.

Des scientifiques de premier plan ont plaidé pour ce texte en disant qu’une économie verte était réaliste. Ils se trompent?

Cette prise de position m’a étonné. Mais elle ne me rassure pas beaucoup. Qu’ils nous fassent la démonstration de ce à quoi ressemblerait une Suisse qui respecterait cette empreinte écologique en 2050.

L’économie peut-elle en faire davantage pour aller dans la direction voulue par l’initiative?

D’énormes efforts ont été faits pour limiter les rejets de CO2. Dans le traitement des déchets, la réglementation est déjà d’une grande précision. Il sera difficile de faire beaucoup mieux.

Ne pourrait-on pas améliorer le recyclage du plastique, par exemple?

Au parlement, nous avons eu un grand débat au sujet des sacs plastique. Ils sont tellement fins aujourd’hui que l’alternative risquerait d’être moins bonne. On arrive donc à des limites difficiles à dépasser en la matière. Par contre, on peut encore agir en améliorant l’isolation des bâtiments, comme le prévoient certaines mesures étatiques. Le potentiel en termes de consommation d’énergie et de rejets de CO2 est conséquent. (TDG)

Créé: 08.09.2016, 11h01

Le tourisme dit non

l’approche du scrutin, les prises de position se succèdent au sujet de l’initiative populaire «Pour une économie verte». Mercredi, la Fédération suisse du tourisme (FST) a annoncé qu’elle la rejetait. «La branche touristique travaille depuis des années à appliquer le concept de développement durable», relève-t-elle. La FST redoute cependant d’autres mesures contraignantes «qui seraient source de bureaucratie, de surréglementation, de distorsions du marché et de hausses des prix des produits touristiques en Suisse».


A l’inverse, Bio Suisse recommande le oui. Selon l’organisation faîtière des paysans bio, «il faut des actes résolus pour remédier aux grands problèmes environnementaux tels que le changement climatique, la charge en pesticides ou la diminution de la biodiversité».

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