Un dimanche qui a fait pencher la balance à droite

Résultats nationauxLes élections ont surtout fait progresser l’UDC et un peu le PLR. Les écologistes sont les grands perdants du scrutin. Récit d’une journée qui pourrait tout changer à Berne.

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Dimanche de triomphe. Dimanche de larmes. Dimanche de désillusions. Tous les sondages prédisaient, ces dernières semaines, une avancée de la droite dans les urnes. Restait à savoir dans quelle proportion. Au final, l’UDC s’est offert une percée magistrale en s’octroyant onze sièges supplémentaires à Berne: le parti blochérien bétonne sa position de leader et compte désormais 65 sièges sur 200 au Conseil national. Le PLR progresse lui aussi de 3 sièges à la Chambre du peuple. En face, les écologistes se retrouvent déplumés. Les Vert’libéraux, qui avaient le vent en poupe en 2011, perdent la moitié de leurs sièges au National (6 sur 12). Et les Verts un tiers de leurs forces (5 sièges sur 15). «Le populisme et l’argent ont gagné», constate, écœurée, la coprésidente du parti, Adèle Thorens.

Le tsunami grandissant de la droite, au fil de l’après-midi, a fait lentement monter la pression à Berne. Télés et radios avaient investi le Palais fédéral, une première pour un dimanche de votations. Des centaines de journalistes attendaient les politiques sous les lambris bernois. Claude-Alain Voiblet, vice-président de l’UDC, était l’un des seuls au palais en début d’après-midi. «Rien n’est encore joué, dit-il, mais apparemment nous avons su trouver les mots justes, notre campagne était moins polémique et un ton au-dessous de celle d’il y a quatre ans.» On entend l’historien Olivier Meuwly commenter pour la RTS la progression du PLR: «Les électeurs du centre ont ressenti le PLR comme un rempart crédible à l’UDC.» Il y a plusieurs droites, répéteront toute la journée les responsables PLR. «Nous incarnons la troisième voie, ni celle du repli ni celle de la gauche», dira un peu plus tard Isabelle Moret, vice-présidente du PLR.

Les journalistes «se jettent sur eux comme des piranhas sur un morceau de viande»

Les responsables de parti arrivent petit à petit à Berne, à partir de 16 h. Les journalistes «se jettent sur eux comme des piranhas sur un morceau de viande», commente un journaliste. L’ambiance reste plutôt calme. Quelques nouvelles se racontent en boucle. Martin Landolt, président du PBD, a sauvé son siège. De bon augure pour une réélection d’Eveline Widmer-Schlumpf au Conseil fédéral? Malgré la Berezina subie par son parti, la Verte bâloise Maja Graf sauve son siège. A Zurich, c’est le grand brassage de cartes à l’UDC: Roger Köppel, rédacteur en chef de la Weltwoche, sort tête de liste, alors que des figures comme Christoph Mörgeli (UDC), Hans Fehr (UDC) sont éjectés du carrousel. De même que le Schwytzois Andy Tschümperlin (PS). On entend que le Jurassien Pierre Kohler a raté son OPA sur le siège PDC de son canton et qu’il met fin à sa carrière politique. Céline Amaudruz déboule dans un coup de vent, rayonnante et tout sourire: «C’est une magnifique victoire, nous progressons partout et nous avons des pourcentages supplémentaires à Genève», se félicite la présidente de l’UDC cantonale.

Sur la place Fédérale, des manifestants de la gauche alternative se rassemblent, avec une banderole: «Notre monde est plus fort que vos balles en caoutchouc.» Certains font le doigt d’honneur à la police bernoise, laquelle ferme l’accès au Palais fédéral. Un attroupement de personnel politique observe la scène dans l’entrée. Les manifestants quittent les lieux après quelques minutes. Laurent Seydoux, vice-président des Vert’libéraux suisses, observe la scène l’air maussade. Vu les résultats qui viennent de tomber, ce n’est pas son jour: «Les Suisses craignaient Fukushima en 2011, aujourd’hui ils craignent les migrants et le franc fort, dit-il. On revient aux fondamentaux des grands partis. Les nouvelles formations qui proposent de vraies solutions n’ont plus voix au chapitre.» Christophe Darbellay, président du PDC, lâche lui aussi des commentaires désabusés: «Cette campagne s’est faite sur un seul thème… et ce n’était pas le nôtre.»

Le calme olympien de Brunner

Le PS, qui a perdu deux élus sur l’ensemble du pays, tente de positiver: «Dans un contexte migratoire basé sur la peur, on s’attendait un peu à ces résultats, dit la Vaudoise Rebecca Ruiz. Les pertes romandes s’équilibrent un peu outre-Sarine. Nous allons nous battre jusqu’à la fin du deuxième tour.» Dans la salle des pas perdus, la «ronde des éléphants» réunissant les présidents de partis commence à 19 h. Les projections officielles viennent de tomber. Va-t-on assister à un combat des chefs? L’UDC va-t-elle hausser le ton et exiger un deuxième siège au Conseil fédéral en invectivant ses adversaires? Rien de tout cela. Toni Brunner garde un calme olympien et dit d’un ton très posé: «Nous demandons un deuxième siège au Conseil fédéral. Nous sommes prêts à assumer nos responsabilités.» En face, les chefs de file PDC et PS ne l’entendent pas de cette oreille. «Si Eveline Widmer-Schlumpf se représente, je ne vois pas pourquoi elle ne serait pas réélue», rétorque Christian Levrat (PS). Pour Philippe Müller (PLR), octroyer deux sièges à l’UDC «serait logique.»

Le débat restera calme, à l’image de cette campagne pour les fédérales un peu en retrait. Les présidents distillent les mêmes arguments que la semaine dernière. Seule nuance: depuis ce dimanche la droite a les moyens de dicter sa loi à Berne.

Créé: 19.10.2015, 07h13

Les petites phrases de la journée

«Lorsqu’on ne parle que de crise migratoire et des réfugiés qui pourraient éventuellement arriver, c’est très difficile d’amener le débat sur ce qui concerne vraiment la vie des gens.»
Mathias Reynard PS/VS, réélu

«C’est ici que s’arrête ma carrière politique. Je vais désormais me consacrer à l’écriture»
Jacques Neirynck PDC/VD, non réélu

«Il y a eu un déplacement à droite et il faut en tenir compte pour la composition du Conseil fédéral. Nous sommes prêts à assumer davantage de responsabilités
au gouvernement.»
Toni Brunner Président de l’UDC Suisse, réélu à Saint-Gall

«L’UDC et le PLR font ensemble 44%. Et je ne vois pas pourquoi ils devraient avoir la majorité au Conseil fédéral»
Christian Levrat Président du PS suisse, en tête des suffrages dans la course aux Etats à Fribourg

«Je regrette le chemin que nous sommes en train de prendre. Ce n’est pas du tout bon pour la Suisse.»
Nicole Baur Les Verts/NE, non élue

«Les citoyens ont compris que la situation est beaucoup plus sérieuse que ce qui apparaît, particulièrement s’agissant de l’immigration, la crise, la guerre…»
Guy Parmelin UDC/VD, réélu

«L’UDC doit reconnaître que les Suisses ont certes voté pour limiter l’immigration, mais pas pour l’abandon des accords bilatéraux.»
Christian Lüscher Vice-président du PLR suisse, réélu à Genève

«On annonçait notre disparition. Nous sommes encore là! Mais le résultat du centre m’inquiète.»
Martin Landolt Président du PBD suisse, réélu à Glaris

«Soit les partis du centre collaborent, et on gagne ensemble. Soit on perd tous.»
Christophe Darbellay Président du PDC suisse

«C’est un échec douloureux pour les Vert’libéraux. Le pire scénario s’est produit.»
Martin Bäumle Président des Vert’libéraux, réélu à Zurich

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