«C’est un jour terrible pour la Suisse»

BrexitQuelles conséquences la sortie du Royaume-Uni aura-t-elle pour la Suisse? L’analyse d’un expert.

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Pour de nombreux observateurs, la sortie du Royaume-Uni de l’Union européenne est le pire des scénarios pour la Suisse. Cette décision semble renvoyer aux calendes grecques les futures négociations sur une adaptation de la libre circulation des personnes. Interview de Gilbert Casasus, professeur à l’Université de Fribourg et spécialiste des questions européennes.

Vous êtes surpris par cette décision des Britanniques?

J’avais plutôt misé sur un refus du Brexit, mais je n’avais pas pour autant totalement exclu cette possibilité.

Est-ce le scénario du pire pour la Suisse?

C’est en tout cas une très mauvaise nouvelle. D’ailleurs ce matin, j’entendais un député britannique du Parti travailliste qui disait clairement: «C’est un jour terrible pour le Royaume-Uni et c’est un jour terrible pour l’Europe.» On pourrait ajouter: c’est aussi un jour terrible pour la Suisse.

La Suisse a-t-elle encore une marge de manœuvre?

Oui, il reste une marge de manœuvre, il ne faut pas non plus jeter le bébé avec l’eau du bain. Mais évidemment la Suisse n’est plus du tout la priorité de l’Union européenne. Et si Jacques de Watteville, négociateur en chef, va aujourd’hui taper à la porte de la Commission européenne, on lui dira de revenir plus tard, on a autre chose à faire que de s’occuper du dossier suisse.

On évoque deux à trois ans de stand-by…

Tout dépend du deal trouvé avec le Royaume-Uni. Ça va être une question de fonds. Quelle va être la position de l’Union européenne vis-à-vis de Londres? J’en vois deux. Une position conciliante pour trouver rapidement une solution. Et une deuxième plus ferme, notamment défendue par les députés européens, qui va être de dire: «Dehors, c’est dehors, et le plus tôt possible, c’est le mieux.» De cette position dépendra le temps que la Suisse devra attendre pour pouvoir commencer à négocier. Dans tous les cas, il sera très difficile de trouver une solution à l’initiative «Contre l’immigration de masse» d’ici au 9 février 2017, comme cela était prévu.

Est-ce que l’UE pourrait être tentée de montrer les muscles?

Je ne suis pas sûr. Même si on peut le regretter, il y a malgré tout un signal qui a été lancé aujourd'hui. Selon les premières analyses, la question de la libre circulation des personnes a joué un grand rôle dans le choix des Britanniques. Il est clair que l’Union européenne ne peut pas faire abstraction de ce signal. L’Union européenne sera obligée de réfléchir. Le cas de la Suisse rentrera dans le cadre de cette réflexion.

Trouver une solution pour la Suisse, ce serait aussi renforcer les eurosceptiques…

Si les concessions sont trop grandes, alors oui, vous avez totalement raison. Si j’étais moi-même dirigeant de l’Union européenne, je dirais qu’il faut - plus que jamais - rester fidèle aux principes de l’UE et surtout ne pas déroger à ce qui fait sa force et son éthique.

Peut-on imaginer que le Royaume-Uni devienne un allié de la Suisse?

Dans l’histoire de la construction européenne, la Suisse a toujours cherché à s'allier avec le Royaume-Uni. Mais aujourd’hui, il faut quand même voir que Londres sort très affaiblie de cette épreuve, et que s’allier avec quelqu’un d’affaibli, ce n’est jamais une très bonne stratégie.

Est-ce que c’est la fin de l’Union européenne?

Non, ce n’est pas la fin de l’Union, mais c’est la pire crise politique de son histoire. Pour en sortir, elle doit absolument prendre des décisions fortes. A mon avis, il y a deux mesures à prendre. La première, c’est l’élaboration d’un nouveau traité étant donné que le traité de Lisbonne n’a jamais été un bon traité. La deuxième mesure, c’est l’acceptation d’une Europe à la carte, avec la création d’un noyau dur.

Le Brexit pourrait-il faire tache d’huile?

Le Royaume-Uni est un Etat contributeur et beaucoup de pays contributeurs sont tentés de vouloir quitter l’UE en se disant qu’ils paient beaucoup et qu’ils ne reçoivent pas assez. C’est d’ailleurs un calcul microéconomique qui ne tient pas compte d’une autre réalité: le pays qui est le plus grand contributeur au sein de l’UE, c’est l’Allemagne. Et l’Allemagne, c’est l’un des pays qui se portent le mieux. Il pourrait toutefois y avoir des velléités dans les pays scandinaves comme le Danemark. On dit aussi que la Pologne et la République tchèque pourraient sortir de l’Union européenne. Economiquement, ce serait une erreur, mais si ces pays veulent se suicider, alors libre à eux de le faire. (TDG)

Créé: 24.06.2016, 09h18

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