«Si la droite l'emporte sur les retraites, il y a danger!»

Votations fédérales du 24 septembreL'ancienne présidente de la Confédération Ruth Dreifuss défend bec et ongles Prévoyance 2020. La socialiste met en garde contre les conséquences d’un non le 24 septembre.

L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss a été la dernière à avoir fait passer une réforme d’envergure sur l’AVS.

L'ancienne conseillère fédérale Ruth Dreifuss a été la dernière à avoir fait passer une réforme d’envergure sur l’AVS. Image: Keystone

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Alain Berset, le chef du Département fédéral de l’intérieur, multiplie les soirées pour expliquer les bienfaits de la réforme Prévoyance 2020, censée consolider l’AVS et la prévoyance professionnelle. Comme il ne peut pas être partout, il s’est trouvé une doublure: Ruth Dreifuss, ancienne présidente de la Confédération. Dernière magistrate à avoir fait passer une réforme d’envergure sur l’AVS, elle sort de sa retraite pour s’investir corps et âme pour un oui le 24 septembre. Interview.

– Comment une féministe comme vous peut-elle accepter sans sourciller que la retraite des femmes passe de 64 à 65 ans?

– Parce qu’il y a toute une série de problèmes à résoudre, comme celui de la consolidation de l’AVS. Toutes les catégories de la population doivent participer à cet effort. Les rentiers par le biais de la TVA, les employeurs par le biais de la hausse des cotisations. Les femmes paient effectivement une part importante de cette consolidation avec l’élévation de l’âge de la retraite. Mais l’AVS, c’est l’assurance des femmes car c’est celle des petits revenus. N’oublions pas que les femmes se consacrent encore beaucoup à la famille, qu’elles ont des temps partiels, des petits salaires. En consolidant l’AVS, on fait quelque chose qui est favorable aux femmes. Un quart d’entre elles n’ont pas d’autre retraite que celle de l’AVS. Et il y a d’autres avantages.

– Lesquels?

– Les femmes qui travaillent à temps partiel et ont de ce fait un petit salaire, celles qui ont plusieurs employeurs n’ont actuellement pas accès à la prévoyance professionnelle. Cela change avec PV2020. Grâce à l’augmentation de la rente AVS, près de la moitié des femmes pourront continuer à prendre leur retraite à 64 ans sans que leur rente soit réduite.

– La gauche syndicale a toujours dit pourtant qu’il ne fallait pas cautionner un relèvement de l’âge de la retraite tant que l’égalité salariale n’était pas réalisée.

– On n’est pas à une table de négociations où on pourrait échanger l’âge de la retraite contre l’égalité des salaires. Ce sont des combats parallèles qu’il faut mener avec détermination. Mais on ne gagnera rien sur l’égalité des salaires en refusant la réforme Prévoyance 2020. J’ajoute que la gauche a, il y a vingt ans, accepté de faire passer l’âge de la retraite des femmes de 62 à 64 ans, après avoir obtenu le droit pour chaque femme à sa propre retraite, le partage des revenus pendant les années de mariage et la reconnaissance des tâches éducatives.

– La gauche a souvent accusé la droite de faire de l’alarmisme sur l’AVS. Or maintenant, c’est vous qui dites qu’il faut renflouer d’urgence l’AVS.

– Non, pas en urgence, justement. L’AVS n’est pas en déficit pour le moment. Mais les tendances lourdes, notamment en termes de démographie, nécessitent une réforme. L’AVS a déjà connu dix révisions. Elle s’est toujours adaptée aux nouvelles situations. Là où il y a une urgence, c’est dans le 2e pilier. Le capital accumulé par les retraités actuels est insuffisant pour couvrir les rentes jusqu’à la fin de leurs jours. Voilà pourquoi il faut abaisser le taux de conversion, qui permet de verser des rentes pendant plus longtemps. Et cette réforme permet de le faire sans que les rentes diminuent.

– On demande aux femmes de travailler un an de plus pour consolider l’AVS et, dans le même temps, on dépense cet argent en augmentant de 70 francs les nouvelles rentes, y compris celles des millionnaires. C’est schizophrénique.

– Pas du tout. Il y a aussi d’autres sources de financement qui consolident l’AVS: hausse de la TVA, hausse des cotisations, participation supérieure de la Confédération. Les 70 francs permettent de compenser la diminution de rente dans le 2e pilier et d’améliorer la situation de celles et ceux qui n’en reçoivent pas. Ne perdons pas de vue l’objectif prioritaire de la réforme: maintenir le niveau des rentes tout en consolidant les assurances sociales.

– Dans dix ans on se retrouvera avec les mêmes problèmes financiers, mais des rentes plus élevées à payer. Cette consolidation est artificielle.

– Non. On consolide toujours pour une période limitée dans le temps. La prochaine réforme prendra en compte l’évolution économique, démographique et des rendements boursiers. L’AVS se développe ainsi depuis des décennies.

– Donc, dans dix ans, c’est reparti pour une hausse de la TVA et des cotisations, etc.

– Il faudra examiner la situation. Pour la santé du 2e pilier, la rémunération du capital joue un rôle très important. Or depuis la crise de 2008, les rendements ont diminué. Mais qui nous dit que ce sera toujours le cas dans dix ans? Je fais l’hypothèse que les rendements seront plus élevés.

– C’est parce que vous portez des lunettes roses socialistes…

– Non. J’ai suffisamment d’expérience pour savoir que les utopies les plus folles ne se réalisent pas. En revanche je crois à l’effort constant d’ajuster des choix politiques à l’évolution d’une société. Je ne suis ni utopiste ni révolutionnaire mais une réformiste très radicale.

– N’est-ce pas une erreur d’avoir mélangé dans cette réforme mammouth l’AVS et le 2e pilier? Les oppositions de gauche et de droite se cumulent.

– A gauche, c’est une minorité qui s’oppose. Je regrette que les syndicats à Genève se trompent de combat. Mais j’observe qu’une très large majorité du PS est pour. La droite, qui s’oppose massivement à cette réforme, est mon véritable adversaire. Si elle l’emporte, il y a danger. Elle va défaire le paquet et essayer de faire passer point par point des mesures douloureuses sans contrepartie. Cela entraînera une baisse du niveau de vie des gens. La droite a toujours été opposée au développement de l’AVS et a toujours voulu favoriser l’épargne individuelle dans le 2e pilier. Or la solution la moins chère et la plus favorable aux petits revenus est une compensation dans l’AVS de la baisse des rentes du 2e pilier.

– Vu l’augmentation de l’espérance de vie, la prochaine adaptation de l’AVS sera-t-elle de relever l’âge de la retraite à 66 ou 67 ans?

– Pas forcément. La courbe de l’augmentation de l’espérance de vie est en train de s’aplanir. Et puis on a souvent oublié l’évolution économique qui finance pour une bonne part l’AVS. Que ce soit par l’augmentation des actifs grâce à l’immigration ou par la hausse globale de la masse salariale. Voilà pourquoi on ne peut pas tirer des plans sur la comète. On ne sait pas ce qui se passera d’ici vingt ou trente ans.

– Les jeunes sont les dindons de la farce de la réforme. Ils vont devoir cotiser davantage pour le 2e pilier et ils recevront moins avec l’abaissement du taux de conversion.

– Non, c’est aujourd’hui qu’ils sont les dindons de la farce. A cause de l’espérance de vie accrue, les personnes qui prendront prochainement leur retraite n’ont pas un capital accumulé suffisant pour financer leur rente jusqu’à leur mort selon les prévisions d’espérance de vie. Donc on prend l’argent ailleurs. Où? Eh bien chez les personnes en train de se constituer leur propre capital retraite. Abaisser le taux de conversion, c’est la condition absolue pour ne pas éroder le capital vieillesse des jeunes.

– Le message de Berset aux jeunes est le suivant: «Si vous votez non, vous ne pouvez plus être sûr que vous toucherez encore une rente AVS». Vous partagez cet alarmisme?

– Non, c’est exagéré. Il est certes déraisonnable de refuser la réforme et d’envisager des solutions déséquilibrées. Mais l’AVS est solide et elle a fait la preuve de sa pérennité.

– Si c’est non, Alain Berset peut-il rester à l’Intérieur ou est-il préférable qu’il change de département?

– Alain Berset a fait un travail formidable. Si le non devait l’emporter, il saurait remettre l’ouvrage sur le métier. Je préférerais que ce soit lui que quelqu’un qui tenterait de démanteler le système. (TDG)

Créé: 29.08.2017, 18h03

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