«Personne ne sera privé de son arme»

SécuritéAvec une première campagne de vote mêlant armes et Europe, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter s'offre des débuts costauds.

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Non, cela ne fait pas encore cent jours qu’elle a pris ses fonctions. Mais la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter (PLR) s’est déjà présentée à la presse jeudi. À circonstances exceptionnelles, usage extraordinaire. La Saint-Galloise défend la révision partielle de la loi sur les armes, qui découle de la reprise d’une directive européenne. L’objet ne sera soumis au vote qu’en mai, mais la campagne s’annonce brûlante, mêlant deux thématiques passionnelles en Suisse: le rapport aux armes et à l’Union européenne (UE).

La ministre de Justice et Police tente ainsi de désamorcer les craintes: «Personne ne sera privé de son arme», assure Karin Keller-Sutter. Et de lister malicieusement les changements à venir: «Pour les soldats qui veulent garder ou reprendre leur arme d’ordonnance à la maison: aucun. Pour les détenteurs d’armes semi-automatiques déjà annoncées auprès de leur Canton: aucun. Pour les chasseurs: aucun.»

200 000 armes visées

La directive européenne, qui découle d’un développement de l’Accord de Schengen, vise les armes semi-automatiques munies d’un chargeur de grande capacité. «Les tireurs sportifs pourront toujours avoir accès à ces armes et les conserver, mais ils devront prouver tous les cinq et dix ans soit qu’ils sont membres d’une société de tir, soit qu’ils le pratiquent régulièrement», explique Karin Keller-Sutter. Les détenteurs actuels d’une telle arme auront trois ans pour l’annoncer auprès de leur Canton si ce n’est déjà fait. Selon les estimations officielles, 10% au maximum des deux millions d’armes que compterait la Suisse – faute de registre central, ce n’est qu’une estimation – devraient être déclarées.

Ces changements passent très mal au sein de la Communauté d’intérêts du tir suisse. Elle a saisi le référendum et est parvenue facilement à récolter 125 000 signatures. Elle estime que cette révision de la loi restreint l’accès aux armes tout en manquant sa cible: la lutte contre le terrorisme. L’UDC est aussi hostile au projet: il constituerait un pas de plus vers le désarmement progressif des citoyens pour un apport nul à la sécurité publique.

«J’entends les opposants à cette directive dire: il n’y aura pas d’exclusion. Pour ma part, je n’ai pas le sentiment que l’UE est aujourd’hui d’humeur à négocier»

Karin Keller-Sutter réplique: «Cette directive n’est pas un paquet antiterroriste», mais vise à lutter contre le marché noir et l’utilisation abusive des armes. Elle souligne que la Suisse a obtenu des exceptions qui garantissent le maintien de la tradition du tir.

À l’entendre, l’enjeu sécuritaire le plus important réside dans les conséquences d’un non le 19 mai. «Le Conseil fédéral se verrait obligé de notifier à l’Union européenne son refus de reprendre la directive.» La suite? L’Accord de Schengen, sans même devoir le dénoncer, et celui de Dublin, qui est lié, cesseraient automatiquement d’être appliqués nonante jours plus tard. À moins que l’UE et ses 28 pays membres ne fassent une exception à l’unanimité pour la Suisse. «J’entends les opposants à cette directive dire: il n’y aura pas d’exclusion. Pour ma part, je n’ai pas le sentiment que l’UE est aujourd’hui d’humeur à négocier», relève la ministre.

La vie sans Schengen

Cette exclusion de Schengen, les commandants de police la craignent au plus haut point. Ils se verraient privés de la base de données européenne correspondante. «En Suisse, cet outil est interrogé 300 000 fois par jour par la police! Il permet une arrestation quotidienne de criminels», résume René Bühler, directeur suppléant de Fedpol.

Les milieux économiques rappellent pour leur part qu’aujourd’hui les touristes chinois ou indiens viennent en Europe à la faveur d’un visa Schengen. En étant exclu de la zone, le tourisme suisse pourrait pâtir d’un manque à gagner estimé entre 200 et 530 millions de francs par an. Sans Dublin, la Suisse ne pourrait plus renvoyer les requérants d’asile qui ont déjà déposé une demande dans un autre pays européen. Surcoût estimé sur sept ans: 2 milliards de francs.

Créé: 14.02.2019, 20h57

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Critiqués, les officiers de milice maintiennent le cap du non

Pour avoir pris position contre la révision de la loi sur les armes, la Société suisse des officiers (SSO) essuie une avalanche de critiques depuis une semaine. Son président, Stefan Holenstein, le déplore. «Les critiques dures et parfois malveillantes de certains médias et de la part de politiciens n’étaient pas justifiées», estime-t-il. Mais pourquoi s’opposer à cette loi puisque l’arme d’ordonnance du militaire n’est pas touchée? Pour Stefan Holenstein, «la loi suisse sur les armes serait inutilement restreinte», sans diminuer pour autant le risque terroriste. Il admet aussi que le lien entre la SSO et les tireurs sportifs est important.

Interrogée sur la position de la SSO, Karin Keller-Sutter claque: «Si des officiers veulent voter non, qu’ils le fassent, c’est leur droit. Mais à la fin, on parle de la sécurité en Suisse dans la mesure où l’on risque dans ce scrutin l’exclusion de Schengen/Dublin. Nous sommes responsables de la sécurité et il faut assumer cette responsabilité.»

Stefan Holenstein rétorque que la SSO «ne sous-estime pas le système. Mais nous avons constaté que chez ceux qui soutiennent la directive, les soucis et la peur d’une exclusion automatique de la Suisse de Schengen sont trop dominants.»

Contacté par nos soins, l’ancien président de la SSO, le Vaudois Denis Froidevaux, réagit en ces termes: «Je considère que c’est du combat de lisière, qu’on se trompe de cible. Les combats principaux devraient être la modernisation de l’obligation de servir et le renouvellement de la défense aérienne. Sans solutions à ces deux thèmes-là, ce n’est pas sûr qu’on ait encore une armée en 2030.»

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