Les autoroutes à six pistes à l'épreuve de Simonetta Sommaruga

TransportsLe Conseil fédéral compte élargir les autoroutes autour des villes et entre celles-ci. La gauche mise sur sa ministre et les élections pour inverser le cap.

Les partis de gauche espèrent que la nouvelle ministre des Transports et de l’Environnement, Simonetta Sommaruga, freinera les velléités du Conseil fédéral comme celles de l’influent Office fédéral des routes.

Les partis de gauche espèrent que la nouvelle ministre des Transports et de l’Environnement, Simonetta Sommaruga, freinera les velléités du Conseil fédéral comme celles de l’influent Office fédéral des routes. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

C’est une vision d’avenir qui divise profondément. En septembre dernier, le Conseil fédéral a transmis au parlement son message sur le développement des routes nationales. Il y explique ses plans jusqu’à l’horizon 2030. Il compte investir 29,8 milliards de francs dans le réseau, dont 14 milliards pour de nouveaux projets. Le parlement débattra de la première étape d’aménagement en mars.

La suite s’annonce plus controversée. Dans son message, le Conseil fédéral expose sa vision à long terme des routes nationales: il faudra selon lui élargir «systématiquement» les autoroutes à au moins six pistes dans et entre les grandes villes. Il évoque aussi la réalisation de périphériques, notamment autour de Genève et de Lausanne.

Non-sens pour la gauche

Ce document, décortiqué par la «NZZ am Sonntag», relance la guerre de la route. La droite applaudit. Des autoroutes à six voies sont «absolument nécessaires» en complément au train, aux yeux du conseiller national Christian Wasserfallen (PLR/BE). Qui ajoute comme un pied de nez à la gauche: «Les voitures électriques ont aussi besoin de place.»

«C’est un projet totalement anachronique qui a l’odeur de l’essence des années 60»

Mais cette dernière n’a pas le cœur à rire. «C’est un projet totalement anachronique qui a l’odeur de l’essence des années 60 et que je trouve déplorable, surtout à l’heure de l’urgence climatique», réagit la vice-présidente des Verts, Lisa Mazzone (GE). Le conseiller national Roger Nordmann (PS/VD) n’en pense pas moins: «C’est viser 2060 avec la mentalité de 1960! À l’époque des difficultés climatiques, investir massivement dans les autoroutes est un non-sens, une fuite en avant.»

Pour François Launaz, président d’Auto-Suisse, la gauche mélange tout. «Pour le climat, on a une loi sur le CO2 en préparation, avec des objectifs déjà difficiles. C’est l’outil pour rendre le trafic propre.» Il parle d’idéologie pure. «Si on lit entre les lignes, on comprend que la gauche – les Verts en particulier – veut juste que les Suisses se déplacent tous en train! Mais du moment où on parle d’une Suisse à 10 millions d’habitants, soit on met en place les infrastructures nécessaires pour les accueillir, dont des routes, soit on doit freiner la migration.»

Si on lit entre les lignes, on comprend que la gauche veut juste que les Suisses se déplacent tous en train!

Dans sa vision, le Conseil fédéral évoque de fait une hausse du trafic liée à l’augmentation de la population qui nécessitera d’adapter le réseau. Lisa Mazzone rétorque que des alternatives à la route existent, en particulier dans les agglomérations: «Nous avons besoin d’un excellent réseau de chemin de fer, accessible, et de davantage de pistes cyclables. Il s’agit aussi de densifier l’habitat dans les centres et de freiner l’étalement urbain. Et sans même dépenser un centime, il existe déjà un énorme potentiel rien qu’en améliorant le covoiturage.»

Roger Nordmann affirme que les infrastructures existantes peuvent être mieux utilisées, notamment avec l’électronique. Et il faut, selon lui, investir déjà dans l’entretien du réseau existant. Le socialiste ajoute: «De toute manière, les villes ne sont pas en mesure d’absorber plus de trafic. Et la population n’aspire pas à faire davantage de kilomètres. Les jeunes font de moins en moins le permis. Beaucoup de gens aimeraient plutôt une meilleure offre de transports publics.»

Un enjeu électoral «brûlant»

Les partis de gauche espèrent donc que la nouvelle ministre des Transports et de l’Environnement, Simonetta Sommaruga, freinera les velléités du Conseil fédéral comme celles de l’influent Office fédéral des routes (OFROU). «L’OFROU se comporte comme un État dans l’État, et Doris Leuthard a laissé faire. Simonetta Sommaruga a maintenant la possibilité de réexaminer cela, estime Roger Nordmann. Mais c’est aussi un des vrais enjeux des élections fédérales de cet automne. Si la majorité PLR-UDC se maintient, on ira dans le sens de cette vision.» Lisa Mazzone abonde: «C’est le moment d’un réveil!» François Launaz caresse l’espoir inverse. «J’espère que Simonetta Sommaruga soit aussi raisonnable que Doris Leuthard. La PDC n’était pas une provoiture, mais elle a quand même reconnu les besoins.» Il soupire: «On entre en année électorale sur un sujet brûlant, mais qui forge aussi l’avenir de la Suisse!» Sur ce dernier point au moins, les deux camps se rejoignent.

Créé: 06.01.2019, 20h46

Articles en relation

L’autoroute vers Thonon brave les réticences suisses

Circulation Les doutes affichés par des communes genevoises pèsent peu dans le rapport livré au terme de l’enquête publique en France. Plus...

L’A1 sur deux étages pour faire sauter les bouchons?

Transports L'ancien patron d'une société de transport vaudoise propose d’aménager l’artère sur deux niveaux entre Lausanne et Genève. Berne n’est pas convaincue. Trop de frilosité? Plus...

Les routes après 2030

Dans sa vision à long terme des routes nationales, le Conseil fédéral prévoit un élargissement «systématique» du réseau à «au moins 2x3 voies dans et entre les zones des métropoles et des grandes villes». Dans ces dernières, il envisage de «compléter les routes nationales existantes jusqu’à former un système de périphériques». Cela vaut, note-t-il, pour les agglomérations de Genève, de Lausanne, de Bâle et de Zurich.

Pourquoi cette vision? Le trafic va augmenter en même temps que la population, estime le gouvernement. Les projets déjà planifiés ne suffiront pas à désengorger les régions urbaines. Si rien n’est fait, en 2040, 160 kilomètres de route connaîtront entre deux et quatre heures d’embouteillages par jour. Cela dit, la vision du Conseil fédéral ne mentionne pas de calendrier. Elle n’est liée à «aucun horizon temporel concret». Elle sert pour l’instant de cadre pour l’après-2030. Elle pourra être adaptée si nécessaire aux «nouvelles réalités», notamment les voitures automatisées.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Venise sous les eaux
Plus...