Les Verts ont quatre ans pour ne pas décevoir

ÉlectionsPrivé de siège au Conseil fédéral, le parti écologiste doit se rabattre sur les résultats dans les urnes. Et espérer que la pression populaire se maintienne sur ses adversaires.

Dans le camp de la candidate recalée Regula Rytz, c’est la résignation.

Dans le camp de la candidate recalée Regula Rytz, c’est la résignation. Image: Keystone

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Les lendemains de victoire ont un goût d’amertume pour les Verts suisses. Le 20 octobre dernier, le parti écologiste réalisait la plus forte progression enregistrée par un parti sur la scène nationale depuis l’introduction du système proportionnel. Récoltant 13,2% des voix (+6), il devenait la quatrième formation politique du pays devant le PDC. Au soir des élections, il mettait deux revendications sur la table: avoir un siège au Conseil fédéral et organiser un sommet sur le climat.

Sa première demande est désormais mise en veilleuse pour un moment. La seconde n’est encore que promesse. Elle se concrétisera en temps voulu, a informé mercredi la candidate malheureuse des Verts Regula Rytz: «Il y aura une rencontre entre les présidents de partis et des scientifiques pour que ceux-ci puissent donner les dernières informations sur le réchauffement climatique. C’est en cours de préparation.»

«Pas de majorité»

Autrement dit, la victoire des Verts au nom de l’urgence climatique s’est pour l’heure brisée sur les rochers du système politique suisse. Pour le parti écologiste, l’enjeu est désormais de ne pas subir la désillusion de ses électeurs, ceux qui croyaient au changement rapide ou encore ceux qui votaient pour la première fois. Sentiments de vertige chez certains néoparlementaires. «La situation va être difficile à expliquer à nos électeurs, admet Christine Badertscher (Verts/BE). IIs seront peut-être déçus. Ils se disent qu’ils ont élu des Verts et que rien ne change. Mais les majorités au parlement, elles, n’ont pas beaucoup changé.» Le Valaisan Christophe Clivaz ajoute: «Il y aura des déceptions. Nous avons connu une grande progression mais nous sommes loin d’avoir une majorité. Et on ne peut pas imposer. Il faut trouver des alliances. Beaucoup de gens ont voté vert pour la première fois cet automne. Il faudra bien leur expliquer.»

Dans les travées du Palais fédéral mercredi, un certain Fernand Cuche, icône paysanne du mouvement écologiste, a suivi d’un œil attentif les élections au Conseil fédéral. «Dans cette société qui provoque des déséquilibres, il y a une angoisse, le sentiment que ça ne peut pas continuer comme ça. La vague verte, c’est la tentative de faire plus et d’aller dans un autre sens. Mais ça ne va pas être suffisant. Certains continueront à jouer l’autruche. Il faut une prise de conscience générale.»

«Nous reviendrons encore plus forts dans quatre ans»

Pourtant, dans cette situation d’opposition, celle du parti seul contre tous qu’affectionne par exemple l’UDC sur l’immigration, les Verts se voient aussi offrir la quasi certitude de progresser si le climat reste au sommet de l’agenda. «Nous n’allons pas décevoir nos électeurs parce que nous suivons la ligne qui nous a valu d’être élus, affirme la conseillère nationale Léonore Porchet (Verts/VD). Nous avons la volonté de changer. Nous sommes à la pointe sur les deux domaines qui ont le plus fortement mobilisé la population cette année: l’écologie et l’égalité. Mais le parlement n’est pas prêt à y répondre. Il faudra montrer qu’on fait de notre mieux, trouver des majorités lorsque c’est possible et expliquer si on n’y arrive pas.» Et la Vaudoise d’assurer: «Si cela ne suffit pas, nous reviendrons encore plus forts dans quatre ans.»

Vice-présidente du parti, Lisa Mazzone (GE) est apparue déterminée mercredi en répondant aux critiques. «Il est beaucoup trop tôt pour parler de faux départ pour les Verts. Au parlement, j’ai l’espoir que nous trouvions des majorités pour aller plus vite.» Mais Regula Rytz d’ajouter: «La pression des gens pour le changement doit continuer à être visible. Sinon, ce sera difficile.» Les occasions de tester la capacité de mobilisation des Verts ne manqueront pas ces prochains mois. Aperçu.

1) Loi sur la chasse

Le référendum a abouti sous l’impulsion notamment de Pro Natura et du WWF. Ce sera le premier vote baromètre pour les forces écologistes. On a beaucoup parlé du tir du loup pendant les débats au parlement, mais cette loi concerne la sauvegarde de la biodiversité dans son ensemble, selon ses opposants.

2) Loi sur le CO2

Il s’agira du test majeur dans les urnes pour les Verts, si le référendum déjà annoncé contre cette loi aboutit. Hausse du prix du diesel et de l’essence de 10, puis de 12 centimes, objectif de réduction des émissions de gaz à effet de serre, taxe sur les billets d’avion, fonds pour le climat, valeurs limites de CO2 pour les véhicules et les bâtiments: le projet qui arrive au Conseil national est trop timoré aux yeux du camp rose-vert. Reste que dans tous les cantons où des lois similaires ont été soumises au vote, elles ont été balayées par les électeurs. Le virage vert se confirmera ou pas sur cet objet.

3) Agriculture et pesticides

Le message sur la Politique agricole 2022+ sera débattu par le parlement au premier trimestre de l’an prochain. Pour Fernand Cuche, c’est typiquement un domaine où les Verts peuvent peser. «On investit 3,6 milliards de francs par an dans notre agriculture pour environ 54'000 exploitations. On a les moyens de faire mieux. Je suis persuadé que sur dix ans, avec cette somme utilisée différemment, on arriverait grandement à améliorer la biodiversité et la santé des sols.»

Deux initiatives populaires concernant les pesticides sont par ailleurs pendantes. Le sujet touche aussi à la qualité des eaux. Il est un des domaines où le Conseil fédéral patauge, lui qui a promis l’interdiction de plusieurs substances jugées nocives pour la santé qui tarde à être effective.

4) Initiative sur les glaciers

Cette initiative populaire ne sauvera pas la grande partie des 1400 glaciers de Suisse. C’est déjà trop tard, affirment des glaciologues. Mais le texte lancé par une association et soutenue par de nombreux scientifiques est à voir comme un marqueur de la volonté politique en matière environnementale. Il vise à ancrer dans la Constitution l’engagement pris par la Suisse dans les Accords de Paris, à savoir l’objectif de zéro émission nette de gaz à effet de serre d’ici à 2050 au plus tard. Il dit aussi que l’utilisation de combustibles et de carburants fossiles sera interdite en Suisse dès 2050.

5) Élections cantonales et communales

La force des partis se mesure au niveau fédéral, mais aussi dans les cantons et les communes. C’est d’ailleurs l’un des arguments avancés par le PLR pour justifier ses deux sièges au Conseil fédéral. «Il s’agit aussi de se renforcer dans les cantons et les communes, confirme la Verte bernoise Christine Badertscher. Je viens moi-même d’un Exécutif dans un village de campagne. Ces mandats nous font gagner en crédibilité.»

Créé: 11.12.2019, 20h39

En coulisses

Vite, un crayon!

Pierre-Yves Maillard (PS/VD) se sent comme un poisson dans l’eau de l’aquarium de l’Assemblée fédérale. Il se trouve tellement à l’aise qu’il en oublie l’essentiel. Il n’avait pas de stylo pour remplir son bulletin. Il a dû emprunter celui de sa voisine. Un huissier est ensuite venu à son secours.




Les Alémaniques font une battle d’italien

La droite s’était donné pour mission de sauver le soldat Cassis. Elle a insisté à fond les manettes sur l’importance d’avoir un italophone au gouvernement. Pour marquer les esprits, le chef de groupe UDC Thomas Aeschi et son homologue PLR Beat Walti se sont exprimés en italien. Aeschi a surpris tout le monde avec un accent parfait qui a enfoncé l’italien fédéral de Walti. Mamma mia!




Deux pelés et trois tondus

Urgence climatique, Tessinois méprisés, les périls qui menacent la Suisse ne manquent pas. Pourtant, mercredi, il n’y avait pas foule sur la place Fédérale pour le match Rytz-Cassis. Faisait-il trop froid?




Pfister bouffe de la SSR

Depuis que la SSR se recentre sur Zurich, le président du PDC Gerhard Pfister tape sur la radio-TV publique. Il fustige notamment les énormes moyens déployés par le service public pour couvrir l’élection du Conseil fédéral. On lui conseille d’en discuter avec Jean-Michel Cina, le président de la SSR et accessoirement collègue… PDC.

Arthur Grosjean

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