La sauvegarde du paysage sera le thème majeur de 2019

TerritoireLes glaciers, l’eau potable, les sols agricoles et les sites protégés font l’objet d’initiatives populaires pour plus de protection.

L'initiative sur le mitage, au vote le 10 février, vise à compenser strictement chaque nouvelle zone à bâtir. Mais d'autres textes sont déjà prévus.

L'initiative sur le mitage, au vote le 10 février, vise à compenser strictement chaque nouvelle zone à bâtir. Mais d'autres textes sont déjà prévus. Image: Lucien FORTUNATI

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Le vote sur l’initiative sur le mitage, le 10 février, ne sera qu’un point de départ. Dans la foulée, pas moins de quatre autres textes ont été ou seront lancés cette année pour viser eux aussi la protection des paysages de ce pays. Ils feront écho à un des derniers gros morceaux de la législature fédérale à venir: la deuxième révision de la loi sur l’aménagement du territoire (LAT), prévue ce printemps. Les politiques de tous bords le confirment, ce thème devient omniprésent.


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Pour le conseiller aux États genevois Robert Cramer (Les Verts), l’embouteillage actuel n’a rien d’un hasard. «Depuis que le peuple a, un an après l’initiative de Franz Weber sur les résidences secondaires, réaffirmé sa volonté de cesser les excès en acceptant nettement la LAT qui, rappelons-le, était un contre-projet à une initiative, le parlement s’est montré totalement sourd et obtus et n’a cessé de multiplier les atteintes majeures contre le territoire.» Et de citer, parmi elles, les possibilités de réhabiliter les bâtiments hors zone à bâtir, qui ont suscité de multiples appétits. Sans succès jusqu’ici.

«Depuis que le peuple a réaffirmé sa volonté de cesser les excès en acceptant nettement la LAT le parlement s’est montré totalement sourd et obtus et n’a cessé de multiplier les atteintes majeures contre le territoire»

Les différents auteurs ont déjà promis que ces interventions reviendront dans le cadre de la deuxième révision de la LAT, qui porte précisément sur ces zones. Or la version du texte, qui vise à donner plus de marge de manœuvre aux Cantons, est déjà jugée trop souple par plusieurs organisations environnementales, qui promettent une initiative populaire en vue de contrer toute velléité d’affaiblissement. «Nous voulons une limitation stricte et claire entre zone à bâtir et zone non construite. On ne peut pas continuer à ignorer ce principe et encourager la croissance hors zone», explique Raimund Rodewald, gestionnaire de la Fondation suisse pour le paysage, qui appuie ce projet aux côtés notamment de Pro Natura et de BirdLife. Sans pouvoir en dévoiler davantage le contenu, il précise qu’une seconde initiative sera lancée en même temps, au mois de mars. Ayant pour but de «promouvoir la biodiversité», elle visera à la préservation des sites classés à l’Inventaire fédéral (IFP). C’est là encore en écho à une intervention politique, soit l’initiative parlementaire du sénateur Joachim Eder (PLR/ZG) d’affaiblir la protection de ces sites, qui a partiellement trouvé grâce auprès de la Commission de l’environnement.

«Le peuple a inauguré une nouvelle période depuis son très net oui à la LAT. Nous devons en prendre acte, mais ces initiatives se fondent sur quelques exemples malheureux pour empêcher tout développement raisonnable»

Aux yeux du conseiller national Manfred Bühler (UDC/BE), ces initiatives se rejoignent toutes par leur caractère «extrême.» «Le peuple a inauguré une nouvelle période depuis son très net oui à la LAT. Nous devons en prendre acte, mais ces initiatives se fondent sur quelques exemples malheureux pour empêcher tout développement raisonnable.» Faux, répond Raimund Rodewald, qui assure vouloir simplement viser «à une utilisation plus rationnelle du sol».

«De mauvais remèdes»

Sur l’échiquier politique, les fronts sont un peu brouillés par cet enjeu qui se heurte au fédéralisme. Benoît Genecand (PLR/GE), évoquant l’initiative sur le mitage, parle «d’un remède qui tuera le patient», mais reconnaît un problème réel. Il estime que tout ne doit pas reposer sur les agglomérations. «Plus la démographie augmente, plus le sol est utilisé et les gens ont désormais l’impression que leur paysage se détériore. La lecture n’est pas fausse, car la surface disponible est grignotée d’un peu partout. Mais on ne peut pas vouloir le résoudre dans l’absolu et s’y opposer lorsque c’est dans notre jardin.» Pour lui, le thème devient une variable d’ajustement pour tous les sujets.

«Il y a une forte pression sur le territoire car il incarne un volet symbolique de l’écologie», soutient Roger Nordmann (PS/VD), président de la Commission de l’aménagement du territoire du Conseil national. «L’enjeu est important, mais il ne doit pas primer sur d’autres buts majeurs et plus complexes comme le réchauffement climatique.» Et de citer l’initiative qui vise l’interdiction des énergies fossiles en Suisse en 2050. Un texte à portée énergétique qui pourtant s’intitule «Sauver les glaciers». C’est aussi valable pour l’initiative «Pour une eau potable propre», qui vient d’aboutir et qui cible en fait l’utilisation de pesticides ou d’antibiotiques dans l’agriculture. Plus qu’un thème en soi, le paysage se mue en instrument politique. (TDG)

Créé: 07.01.2019, 06h59

Dates clés

1987 En acceptant l’initiative dite de «Rothenthurm» pour la protection des marais à 57%, les Suisses montrent leur préoccupation pour les paysages typiques.

1994 De justesse, le peuple accepte l’initiative des Alpes pour restreindre le trafic lourd à travers le massif.

2006 Les Suisses rejettent nettement (66%) l’initiative visant à restreindre le droit de recours des organisations environnementales.

2012 À 50,6%, la population accepte de limiter à 20% la part de résidences secondaires par commune.

2013 Valais excepté, les Suisses acceptent nettement un durcissement de la LAT, contre-projet indirect à «l’initiative sur le paysage» qui impose un rétrécissement de la zone à bâtir.

Exceptions Les Suisses ont toujours refusé les initiatives portant sur la restriction du réseau routier. Les textes mêlant des enjeux d’immigration (Ecopop en 2014) sont également refusés.

«Il ne s’agit plus de l’espace alpin mais de tout le pays»


Bernard Debarbieux, professeur de géographique politique (UNIGE).

Bernard Debarbieux, comment analyser ce fort intérêt pour le paysage dans ces différentes initiatives?

Il faut relever que les objets sur lesquels portent ces initiatives sont en fait très divers. Pourtant, elles se réfèrent toutes à un imaginaire national très fort et identitaire. Le paysage est ainsi instrumentalisé à des fins politiques. Par exemple les auteurs de l’initiative «Pour les glaciers» l’ont délibérément intitulée ainsi alors qu’elle vise
à réduire la consommation d’énergies fossiles.

Plusieurs de ces textes visent tout de même à réduire la construction et à protéger les espaces non bâtis?

C’est exact, et ce qu’il y a de vraiment intéressant, c’est que cela ne concerne désormais plus seulement l’espace alpin et cette image pastorale de la Suisse, on touche à tout le territoire et donc aussi aux villes. Il y a une vraie prise de conscience qui dépasse largement nos frontières.

Comment l’expliquer?

On observe depuis une dizaine d’années une évolution de la notion de «biens communs», par opposition à une logique libérale où chacun faisait ce qu’il voulait comme il voulait. Le paysage en fait partie. Avant, les politiques publiques en la matière faisaient défaut et ont donc conduit à tolérer des agressions «involontaires» contre le paysage. Aujourd’hui, on ne tolère plus ce laisser-faire.

N’est-ce pas un peu schizophrène? La population augmente, on ne peut pas figer un paysage idéalisé.

Il peut y avoir un peu de cela chez ceux qui n’ont même pas conscience d’être la cause de la modification de ce paysage, mais c’est très loin d’être unanime. Les réactions sont extrêmement hétérogènes, d’où la complexité du sujet.

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