L’immigration de l’UE ne sera pas contingentée

Conseil nationalUne large majorité du National combat l’initiative UDC. Les députés ont parlé de bombe, de Suixit, de frontaliers et de Singapour.

L’UDC seule contre tous<br />Images: KEYSTONE

L’UDC seule contre tous
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Non, non et non. Pas question de vouloir piloter de façon autonome l’immigration en provenance de l’Union européenne. Tous les partis, à l’exception de l’UDC, refusent sèchement l’initiative populaire pour limiter l’immigration en provenance de l’UE. Lundi soir au Conseil national, l’UDC savait dès le départ qu’elle n’avait aucune chance de l’emporter. Pour elle, il s’agissait surtout d’occuper le terrain. Ce qu’elle a fait en envoyant au front plus de 40 conseillers nationaux, vantant les mérites de son texte.

Mais au fait que veut concrètement l’initiative UDC, dite de limitation, et qui plaide pour une immigration modérée? Elle demande que «la Suisse règle de manière autonome l’immigration des étrangers». Elle autorise des négociations pendant un an avec l’UE afin de mettre en musique ce changement. Si aucun terrain d’entente n’est trouvé, le Conseil fédéral doit alors dénoncer unilatéralement l’accord sur la libre circulation des personnes (ALCP) dans les 30 jours.

L’UDC attaque bille en tête. «Quatre personnes sur cinq venant en Suisse au moyen de l’ALCP occupent des emplois dans des branches où le taux de chômage est déjà supérieur à la moyenne, s’exclame Michaël Buffat (UDC/VD). L’immigration massive nous mène vers une Suisse à 10 millions d’habitants, avec des bouchons sur les routes, des transports publics bondés et des problèmes de logement et d’environnement. Chaque année nous devons intégrer une ville de la taille de Bienne. C’est une bombe à retardement.»

Riposte immédiate des autres partis. «Cette initiative nuisible aura des conséquences fatales pour notre économie, affirme Isabelle Chevalley (Vert’lib/VD). Comment ferons-nous avec nos EMS, l’agriculture, le tourisme, le transport, la construction, les hôpitaux et bien d’autres secteurs qui emploient une grande part d’étrangers? Pensez-vous vraiment que nous trouverons assez de Suisses pour faire tous ces travaux?»

Ruth Humbel (PDC/AG) ne nie pas que la libre circulation entraîne quelques problèmes. «Mais les avantages l’emportent sur les inconvénients. La solution UDC, elle, consiste avec les contingents à créer un monstre bureaucratique qui entraînera plus de frais pour les entreprises.»

L’argument du «monstre bureaucratique» est largement repris dans les travées. Mais autre chose tarabuste Matthias Samuel Jauslin (PLR/AG). «Pour l’UE, la libre circulation est une question de principe. L’initiative UDC, qu’on devrait rebaptiser «initiative de résiliation», débouche sur la fin des Accords bilatéraux I. C’est un Suixit!»

Suixit? Adrian Amstutz (UDC/BE) répond peu après qu’il ne savait pas que la Suisse était déjà membre de l’UE pour pouvoir en sortir. Il enchaîne en dénonçant à nouveau le spectre d’une Suisse à 10 millions d’habitants. Claude Béglé (PDC/VD) se lève et l’interpelle. «Singapour a 6 millions de personnes sur un territoire grand comme celui de Neuchâtel. Ne pensez-vous pas qu’on a de la marge en Suisse?» Amstutz manque de s’étrangler: «Je ne veux pas d’une Suisse qui ressemble à Singapour.»

À gauche, où on a quelques problèmes avec l’UE sur le futur accord institutionnel, on pilonne l’UDC. «Vous ne dites toujours pas combien de personnes en provenance de l’UE vous souhaitez accepter, déclare Lisa Mazzone (Verts/GE). Mais le plus inquiétant, c’est que votre initiative aura comme conséquence le dumping salarial avec la fin des mesures d’accompagnement.» À propos de dumping, Roger Golay (MCG/GE) rétorque qu’actuellement les frontaliers français affluent toujours plus à Genève et concurrencent les résidents du canton. Pour Carlo Sommaruga (PS/GE), au contraire, il n’y a pas péril en la demeure. «Malgré la hausse du nombre de frontaliers, le taux de chômage n’a pas augmenté.»

Le débat, ou plutôt une longue succession de monologues (81 personnes inscrites!), se poursuit pendant des heures tard dans la soirée. Il est trop tard pour passer au vote. Mais l’issue ne fait aucun doute: l’immigration en provenance de l’UE ne sera pas contingentée. Le peuple devrait voter sur cette question en 2020.



Une initiative veut orienter l’asile vers l’étranger

Des élus UDC proposent que les requérants soient relogés dans des zones de protection.

Le conseiller national Luzi Stamm (UDC/AG) a présenté lundi à Berne une nouvelle initiative dans le domaine de l’asile. Le texte demande que les requérants d’asile soient relogés au sein de zones protégées dans leur pays d’origine ou ses environs.

L’initiative populaire «Aide sur place dans le domaine de l’asile» veut que les requérants d’asile soient pris en charge le plus proche possible des régions en crise. Des centres d’aide, auxquels la Suisse participerait en collaboration avec d’autres pays, doivent y être érigés.

Les requérants d’asile ne peuvent, selon le texte, choisir ni leur lieu de résidence ni leur pays d’accueil. «Ils reçoivent une protection dans le pays auquel ils ont été attribués.» Les fonds réservés au domaine de l’asile doivent par ailleurs être d’abord engagés à l’étranger, car «bien plus de gens peuvent être aidés sur place qu’en Suisse».

Les requérants d’asile qui ne peuvent être renvoyés dans un État tiers doivent «rester dans des lieux contrôlés par les autorités» jusqu’à ce que leurs demandes soient traitées et que le statut de réfugié leur soit accordé. Ils ne doivent en outre percevoir que des prestations en nature jusqu’à ce qu’ils puissent subvenir eux-mêmes à leurs besoins.

Cette initiative a été principalement lancée par des conseillers nationaux UDC: Luzi Stamm, Lukas Reimann (SG), Andrea Geissbühler (BE), Barbara Keller-Inhelder (SG) et Therese Schläpfer (ZH). Le comité d’initiative est aussi composé de particuliers. Objectif: récolter les 100 000 signatures nécessaires.

Le lancement intervient alors que les chiffres de l’asile affichent une baisse constante en Suisse. En 2015, au plus fort de la crise migratoire, près de 40'000 personnes demandaient l’asile dans notre pays. En 2019, ce nombre devrait se réduire à environ 14'500, selon les projections du Secrétariat d’État aux migrations (SEM). Une évolution qui a incité Berne à fermer plusieurs centres fédéraux de requérants d’asile. Par ailleurs, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a annoncé la semaine dernière que la Confédération mettrait des forces supplémentaires à disposition des Cantons pour accélérer les renvois des requérants d’asile déboutés. ATS/P.M.

Créé: 16.09.2019, 23h04

«Quatre personnes sur cinq venant de l’UE occupent des emplois dans des branches où le taux de chômage est important»



Michaël Buffat, UDC/VD

«Comment ferons-nous avec nos EMS, l’agriculture et bien d’autres secteurs qui emploient une grande part d’étrangers?»



Isabelle Chevalley, Vert’lib/VD

«Avec les contingents, vous créez un monstre bureaucratique qui entraînera plus de frais pour les entreprises»



Ruth Humbel, PDC/AG

«Votre initiative de résiliation débouche sur la fin des Accords bilatéraux I. C’est un Suixit!»



Matthias Samuel Jauslin, PLR/AG

«Votre initiative populaire aura comme conséquence d’enflammer le dumping salarial»



Lisa Mazzone, Les Verts/GE

«Malgré la hausse du nombre de frontaliers, le taux de chômage n’a pas augmenté»



Carlo Sommaruga, PS/GE

Le match retour du «choc» de 2014

Stupeur à Berne, le 9 février 2014: les Suisses acceptent d’un cheveu l’initiative UDC «Contre l’immigration de masse». Elle introduit dans la Constitution des plafonds et des contingents annuels pour tous les étrangers venant travailler en Suisse, frontaliers et ressortissants de l’Union européenne compris.

Pour la classe politique, c’est le choc. Ce vote remet frontalement en cause la libre circulation des personnes et donc les accords bilatéraux avec l’UE.

Le Conseil fédéral ne sait pas comment se sortir de ce guêpier, d’autant que les Suisses ont voté régulièrement en faveur des accords bilatéraux. L’UE est furieuse.

C’est le parlement fédéral qui va prendre les choses en main. Il adopte une application très édulcorée du texte, avec une préférence indigène… sur l’information concernant les offres d’emploi.

L’UDC crie à la trahison de la volonté populaire. Les autres partis lui répondent qu’elle n’a qu’à lancer un référendum. L’UDC préfère miser sur une nouvelle initiative – celle qui est passée lundi soir devant le Conseil national.

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