De plus en plus populaire, le yodel obtient son propre master

FolkloreLa Haute École de Lucerne propose un diplôme en youtse, tandis que la tradition musicale continue de faire de nouveaux adeptes.

Comment chante-t-on du yodel? Annelise Cavin-Mosimann, directrice des Yodleur-Clubs de Montreux et Orbe, donne les clefs de cet art traditionnel suisse.
Vidéo: Anetka Mühlemann

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La nouvelle a eu un écho retentissant: le yodel fait son entrée comme branche principale à la Haute École de Lucerne (HSLU), au même rang que le violoncelle ou le saxophone. C’est une première au pays des bergers. Dès la rentrée 2018-2019, les aspirants yodleurs pourront entamer un cursus tout à fait classique: trois ans de bachelor suivi d’un master de deux ans. Ils apprendront à yodler, bien sûr, mais devront aussi suivre des cours de théorie, d’histoire, des ateliers ou un module «Getting into Business» – «Comment lancer ses affaires». Le programme s’adresse surtout à ceux qui ambitionnent de devenir enseignant.

Le directeur du département de musique de la HSLU, Michael Kaufmann, rêvait depuis plusieurs années de proposer ce diplôme. En 2012, il a inauguré une filière «folklore» qui permet de se perfectionner à l’usage de la clarinette ou du tympanon. «Mais pour le yodel, nous ne trouvions pas de personne possédant les diplômes nécessaires pour enseigner dans une HES.»

Michael Kaufmann a trouvé la perle rare: Nadja Räss, vedette alémanique de la youtse, dont les cours privés pour débutants, à Zurich, font le plein. Elle a accepté ce poste, convaincue qu’il manque aujourd’hui des professeurs bien formés. «En plus d’avoir une bonne technique vocale, il leur faut connaître différents styles et timbres de voix, élargir leur répertoire. Toute la scène yodel va profiter de leurs nouvelles compétences», se réjouit-elle. Les inscriptions sont ouvertes dès le 28 février. Michael Kaufmann s’attend à accueillir trois ou quatre étudiants dans la première volée.

Est-ce vraiment utile?

Dans le milieu, l’enthousiasme est partagé. Mais pas par tous. Au sein du comité directeur de la Fédération nationale du yodel, on voit d’un mauvais œil l’arrivée de cette tradition alpine dans les auditoires policés d’une haute école. «Des études universitaires n’ont pas été nécessaires pour permettre au yodel de survivre depuis des décennies», tacle Karin Niederberger, présidente de la faîtière. Ce sont sa mère et sa grand-mère qui ont transmis les rudiments de la youtse à cette Grisonne. Laquelle s’est perfectionnée en suivant des cours organisés par les associations locales. Aujourd’hui, c’est ainsi que se forme la majorité des amateurs. Karin Niederberger redoute que la HSLU ne dénature une tradition qui connaît des particularités régionales. On ne yodle pas de la même manière en Appenzell qu’à Schwytz. «L’avenir dira si mes craintes sont justifiées.»

Nadja Räss relativise les inquiétudes: «Notre programme ne formera que quelques personnes sur des milliers de yodleurs. Et la youtse est un folklore vivant qui doit continuer à se développer, sans oublier ses racines.»

Nouvelle jeunesse

Que la Haute École de Lucerne décide de proposer des cours de youtse n’est pas surprenant en regard de la popularité grandissante de la musique folklorique. Ethnomusicologue et professeur à la HSLU, Dieter Rigli a consacré un livre à la renaissance de la Volksmusik, phénomène qui a commencé il y a une vingtaine d’années. «Comme pour la nourriture, il y a une tendance au local, à apprécier ce qui est fabriqué sur place plutôt qu’à l’autre bout du monde», explique-t-il.

L’engouement n’est pas limité aux alpages. Il a même gagné le cœur de la plus grande ville de Suisse. À Zurich, on peut prendre des cours de youtse non loin du quartier de la Lang­strasse. Près de la gare, un bar propose une fois par mois des concerts de musique folklorique. «Et bientôt, un bar de yodel va ouvrir. Tout cela était inimaginable il y a quelques années, commente Dieter Rigli. Le yodel s’est trouvé un nouveau public et s’est ouvert à d’autres influences plus modernes. Il n’est plus essentiellement associé aux valeurs patriotiques chères à la droite conservatrice.»

Cet intérêt croissant n’a pas échappé à l’industrie du disque alémanique. L’an dernier, trois albums contenant des chœurs de yodel ont dominé le hit-parade, notamment celui du rockeur bernois Gölä. Si bien qu’on parle outre-Sarine de l’émergence d’un nouveau genre: la Jodelchörli-Pop, la pop-yodel.

Créé: 30.01.2018, 07h53

«Je rêve d’une filière yodel en Suisse romande»

Si la youtse appartient au répertoire folklorique alémanique, elle a aussi des adeptes en Suisse romande.

En juillet prochain, Yverdon accueille d’ailleurs la 29e Fête romande des yodleurs. L’annonce de la création d’un diplôme en yodel à Lucerne a rapidement traversé la Sarine, suscitant l’enthousiasme de Lisbeth Furrer, présidente du club Alphüttli, à Genève. «Cela va motiver des jeunes à se lancer et améliorer la qualité de la musique. Plus on en sait, mieux c’est!» A Lausanne, Alain Leuenberger, du chœur Alpenrösli, espère lui aussi des répercussions positives. Il relate lui aussi un intérêt grandissant de la part du public, mais peine à trouver de nouveaux membres. «Souvent, les plus jeunes viennent à une répétition, puis disparaissent. Faire partie d’un chœur demande du temps. Et il faut porter le costume. Ça ne plaît pas à tout le monde.»

Yodleuse et professeure de youtse à Martigny, Lausanne et Genève, Héloïse Heïdi Fracheboud salue l’entrée du yodel dans une haute école. «Celui-ci gagne enfin ses lettres de noblesse. Il est là où il mérite d’être, reconnu comme un art.» La Genevoise «rêve d’un programme romand». «Ce n’est pas pour tout de suite, on est encore trop peu, mais un jour peut-être vu l’engouement.» Autodidacte, elle croule sous la demande d’inscriptions à ses cours. «J’ai dû fixer une limite de 40 à 50 participants par mois.» Depuis peu, elle note l’intérêt croissant de jeunes aspirants yodleurs. «Le yodel a perdu sa connotation patriotique d’extrême droite. Et des artistes comme Melanie Oesch, dont le style est très dynamique, moins classique, ont contribué à populariser cette technique.
Je reçois même des demandes d’enfants de 9 ans.»

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