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Les placements psychiatriques augmentent en Suisse

Cette évolution inquiète l’association Pro Mente Sana, qui demande des règles plus strictes. Celles-ci varient selon les cantons.

Photo d'illustration
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Keystone

En Suisse, toujours plus de personnes sont placées en institution contre leur gré parce qu’elles présentent des troubles psychiques, une déficience mentale ou un grave état d’abandon. En 2014, quelque 11 000 placements à des fins d’assistance ont été ordonnés sur l’ensemble du pays. En 2015, on était passé à 14 000, selon des statistiques fournies au SonntagsZeitung par l’Observatoire suisse de la santé. La hausse est de 30%.

Durant dix ans, précise le dominical, les experts maniaient pourtant cette mesure avec prudence et les chiffres ont baissé. Comment expliquer le changement? Matthias Jäger, médecin-chef de la clinique universitaire psychiatrique de Zurich, fournit plusieurs pistes dans l’hebdomadaire. Notre société serait moins tolérante face aux comportements singuliers et aurait un important besoin d’ordre. En outre, les cas seraient répertoriés plus systématiquement. D’autres experts ajoutent que, faute de lits en suffisance, les patients sont relâchés plus rapidement, alors que la prise en charge n’est pas terminée. Ce qui pourrait conduire à un retour en établissement.

L’évolution actuelle inquiète Anita Biedermann, de l’association Pro Mente Sana. On parle ici d’une restriction importante des droits fondamentaux, souligne-t-elle dans le dominical. Elle exige que seuls les psychiatres puissent la prononcer, comme cela se fait par exemple à Genève. «Les chiffres globaux cachent de grandes différences entre cantons, commente justement le psychiatre genevois Panteleimon Giannakopoulos. Dans certains, seuls les médecins spécialistes peuvent prononcer un internement. Dans d’autres, cela peut être le fait de juges de paix ou encore d’autres médecins non spécialistes.» Dans le canton de Vaud, la situation est proche de celle de Genève, avec des exceptions (notamment dans les hôpitaux).

Selon le Genevois, il faudrait connaître le détail des statistiques, pour savoir où elles augmentent. «On peut supposer que la hausse est le fait de non-spécialistes. Il peut alors y avoir un biais, et l’internement être davantage une réaction sociale face à des marginaux qui dérangent la société. C’est d’autant plus vrai dans le contexte sécuritaire actuel.» Il y a dix ans dans son canton, ces placements étaient souvent liés à une contrainte. Aujourd’hui, les admissions volontaires sont favorisées: selon Panteleimon Giannakopoulos, Genève ne suit donc pas la tendance nationale.

Une mesure forcée, poursuit-il, ne doit pas être confondue avec une incarcération décidée par la justice. Mais même si les patients ne sont pas dans une prison médicale, elle doit rester «l’exception». Est-elle efficace? Le risque pourrait être que les patients concernés se ferment et ne veuillent plus être aidés par la suite. Selon Panteleimon Giannakopoulos, il peut être évité. «Si les conditions sont bien posées et que le spécialiste intervient dans une situation où une intervention médicale est possible, les résultats peuvent être bons. Le placement peut alors sécuriser le patient et aboutir à une adhésion au traitement.»

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