Le PDC envoie Christian Levrat sur les roses

Election du Conseil fédéralLes provocations du patron du PS ne feront pas bouger les démocrates-chrétiens. Ils n'éliront pas la verte Regula Rytz.

Les déclarations de Christian Levrat (PS) sont jugées hypocrites par certains élus PDC.

Les déclarations de Christian Levrat (PS) sont jugées hypocrites par certains élus PDC. Image: Keystone

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Alors que les nouveaux parlementaires se familiarisent avec le décorum du Palais fédéral, les anciens, eux, ont déjà le regard tourné vers le 11 décembre, jour de l’élection du Conseil fédéral. Et c’est une déclaration de Christian Levrat qui alimente les discussions, notamment dans les rangs démocrates-chrétiens. Dans une interview accordée au «Matin Dimanche», le patron du PS estime que «la stratégie du PDC est un suicide politique». Selon lui, si le parti ne vote pas en faveur de la Verte Regula Rytz en lieu et place du PLR Ignazio Cassis, c’est lui qui risque de perdre son unique fauteuil au gouvernement en 2023. «Car les Verts resteront devant.»

Des propos qui ne passent pas côté PDC. «Christian Levrat est bien gentil, mais notre parti est capable de réfléchir tout seul, réagit Léo Müller (LU), président du groupe PDC par intérim. Notre position est claire. On ne soutiendra pas Regula Rytz, mais on est d’accord de réfléchir à moyen terme à un nouvelle formule magique. Et je ne vois aucune raison de se précipiter et de changer d’avis d’ici au 11 décembre.» L’idée du PDC, développée par son président Gerhard Pfister, c’est d’imaginer que chaque parti ait droit à un fauteuil de ministre dès qu’il a 35 élus sous la Coupole. Une discussion est prévue avec les autres présidents de parti au début de l’année prochaine.

Cette solution, Martin Candinas (PDC/GR) la défend lui aussi. Pour le reste, le Grison n’est pas très tendre avec le président du PS et notamment le timing choisi pour fustiger la stratégie de son parti. «Les déclarations de Christian Levrat sont de la pure hypocrisie. Ce n'est que lorsque le PDC a communiqué qu’il ne voterait pas pour Regula Rytz, qu’il annonce soudainement que le groupe socialiste va la soutenir. Mais personne n’est dupe. Tout le monde sait à Berne que ce sont les socialistes qui ne veulent pas de Regula Rytz. Ils craignent qu’elle fasse de l’ombre à leurs deux ministres.»

Le conseiller national Marco Romano (PDC/TI) parle quant à lui d’une provocation. «Christian Levrat essaie d’obtenir une nouvelle dynamique au Conseil fédéral. Mais il n’est pas dans une position où il peut dire aux autres ce qu’ils doivent faire. Le PS a enregistré un très mauvais résultat. Personne ne sait ce que seront les résultats des élections en 2023. Mais si on regarde ce qui se passe en Allemagne, on peut aussi imaginer que dans quatre ans, le PS se fasse cannibaliser par les Verts, et que ce soit lui qui doive abandonner un de ses fauteuils.» Une sénateur PDC lâche carrément que les Verts ont déjà leur conseiller fédéral, avec la politique menée par la socialiste Simonetta Sommaruga au Département de l’environnement.

Que Christian Levrat vise nommément le PDC n’est pas une surprise: les démocrates-chrétiens seront les faiseurs de roi le jour de l’élection. Si dans un premier temps, la présidence du PDC avait envisagé de recevoir Regula Rytz pour une audition, le groupe a mis son veto. «Ce sont les élus de Suisse centrale qui ne voulaient pas en entendre parler, confie une source PDC. Ils considèrent Regula Rytz beaucoup trop à gauche.»

Pour Charles Juillard, vice-président du PDC, Christian Levrat tente de pousser son parti à la faute. «C’est un stratège, et c’est difficile de savoir ce qu’il a derrière la tête.» Mais pour le sénateur, il est un élément qui fait qu’il ne pourra pas élire Regula Rytz à la place d’Ignazio Cassis. «Pour un Jurassien – qui a longtemps été minoritaire dans le canton de Berne – je refuse de priver les italophones de leur seul siège au Conseil fédéral.» Et de relancer un vieux serpent de mer: «Je reste persuadé qu’un Conseil fédéral à neuf membres serait une bonne option.»

Créé: 02.12.2019, 18h07

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