Parmelin au rapport: services secrets, FA18, chef de l'armée

InterviewLe conseiller fédéral explique pourquoi il attaque frontalement les opposants à la loi sur les services secrets.

Image: JEAN-PAUL GUINNARD -A

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La campagne pour donner plus de moyens au Service de renseignement de la Confédération (SRC) bat son plein. Interview avec Guy Parmelin qui mène son premier combat en votation en tant que conseiller fédéral.

Quelle est selon vous la raison principale pour donner plus de moyens aux services secrets suisses?
L’évolution des technologies. Les terroristes utilisent désormais les liaisons par satellite, internet, les réseaux sociaux, des moyens cryptés, etc. Si on veut combattre les dangers qui peuvent menacer notre population ou des infrastructures critiques, on doit adapter les outils. C’est aussi simple que ça.

Avec ces nouveaux moyens, combien de personnes seront espionnées par année?
C’est extrêmement difficile à dire. Mais ce sera très limité. L’immense majorité de nos concitoyens ne seront pas touchés par la loi.

C’est dérangeant de ne pas avoir un chiffre ne serait-ce qu’approximatif. En arrière fonds, il y a l’affaire des fiches où des centaines de milliers de personnes ont été espionnées…
En fait tout dépend de la situation internationale. Le risque terroriste est actuellement élevé. Il peut encore s’aggraver si la Suisse devait être prise pour cible. Rappelons nous l’affaire Kadhafi. Trois mois avant, personne ne voyait de tensions. Et brusquement il y a eu une tension terrible. Si cela se reproduisait, il faudrait s’occuper de la surveillance de nombreux cas. Mais avec une situation comme aujourd’hui, les mesures soumises à autorisation comme la surveillance du réseau câblé concerneront au plus une dizaine de cas par année. Des cas qui devront être agréés au préalable par un juge du Tribunal administratif et trois conseillers fédéraux. Tout cela sera ensuite contrôlé par une autorité indépendante et des instances parlementaires. La loi offre ainsi les garde-fous nécessaires pour éviter une surveillance de masse.

Un cas peut regrouper toute une organisation et donc des milliers de contacts. Que se passe-t-il si un citoyen lambda a un contact fortuit avec un terroriste. Il est fiché au Service de renseignements ?
Si on surveille un terroriste qui se trouve à l’étranger, le Centre des opérations électroniques de l'armée, qui trie les informations avant de les transmettre au SRC, devra déterminer le rôle de l'interlocuteur suisse du terroriste. Si ce citoyen lambda ne met pas en danger la sécurité de la Suisse, les données qui le concernent seront anonymisées avant d'être transmises au SRC Le SRC aura 22 postes supplémentaires avec la nouvelle loi. Mais ces effectifs peuvent encore augmentés si la situation sécuritaire devait s’aggraver. Mais cela nécessitera de retourner devant le Parlement.

Vous avez dit que refuser la nouvelle loi, c’est se rendre complice d’un futur attentat. Les mots ont-ils dépassé votre pensée?
Non. Prenons un exemple. On nous signale un terroriste dans une gare de Suisse. C’est dans un espace public, nous pouvons le surveiller. L’homme regagne sa chambre hôtel. Impossible pour l’Etat de continuer sa surveillance. Admettons maintenant que cette personne commette ensuite un attentat avec de nombreuses victimes. Avec la nouvelle loi, on aurait pu tout mettre en œuvre pour tenter d’empêcher cela.

Vous présentez des opposants politiques comme des complices indirects de terroristes, l’attaque est un peu forte…
Non, il faut regarder la réalité en face. Et ce seront peut-être les mêmes personnes qui diront après l'attentat: “Mais qu’a fait la police?” Eh bien les pouvoirs publics n’auront pas pu agir faute d’informations. C’est dans ce sens là que je maintiens qu’il s’agit d’une complicité indirecte.

La plupart des terroristes en Europe étaient connus des services secrets et les attentats n’ont pas pu être déjoué.
Toutes les lois du monde ne garantiront pas qu’aucun attentat ne se produira. Mais on oublie de dire que l’arsenal législatif, dont sont dotés certains pays, ont permis de déjouer des attentats. Bien sûr les services secrets de ces pays ne diront pas lesquels ni par quels moyens.Vous avez raison sur un point: la masse des données à disposition ne suffit pas pour être efficace. Il faut restreindre le champ de recherche et surtout disposer d’excellents analystes.

Pourquoi le citoyen devrait-il faire confiance au SRC alors que ce dernier s’est révélé incapable d’empêcher un vol massif de données en son sein?
Nous avons pris des mesures depuis cette affaire. Dans tous les services de renseignement du monde , le risque zéro n’existe pas. L’important, c’est de minimiser au maximum le risque. Au-delà du SRC, il faut avoir confiance dans les autorités politiques qui, à une très large majorité, soutiennent cette loi. Et s’il devait y avoir par malheur un dérapage, des mesures correctives seraient très vite prises par le Conseil fédéral et le Parlement

La surveillance sera-t-elle efficace vu que les politiciens manquent de compétences techniques pour surveiller le SRC?
Dans les commissions de surveillance, les partis peuvent déléguer qui ils veulent. Le chef de groupe des Verts, M.Glaettli, opposant à la loi, a par exemple toutes les compétences pour poser toutes les questions pertinentes qu’il désire. Je ne me fais aucun souci. La surveillance sera efficace.


Kilos en moins, tonus en plus

Non, Guy Parmelin ne regrette pas un instant sa vie de parlementaire. Après 8 mois au pouvoir, il estime être «à fond» dans le Département. «Les six premiers mois sont impressionnants. Tout vous tombe dessus. Vous devez constituer votre équipe, vous familiariser avec la procédure de traitement des dossiers au Conseil fédéral, aller devant les commissions parlementaires pour défendre des dossiers, etc.»

Parmelin a rapidement eu son épreuve du feu avec l’achat contesté des Duro. «Je n’ai pas passé des nuits blanches mais le travail a été très intensif. Si je n’avais pas été convaincu par cet achat, j’aurais tout stoppé». Il l’a fait d’ailleurs pour le système de défense aérienne Bodluv. Il a ensuite lancé la procédure pour l’acquisition de nouveaux avions de combat. Et puis il a connu aussi la tempête quand il ne s’est pas récusé sur un dossier agricole susceptible d’avantager sa famille. Il a reconnu à l’époque une erreur par manque d’expérience.

L’homme s’est transformé. Il a posé quelques kilos, gagné en tonus et a progressé en allemand. «Avant, en tant que parlementaire, je critiquais le Gouvernement. Maintenant, c’est moi qui suis critiqué. Mais le plus important, c’est de savoir prendre des décisions et trancher. Voilà ce que les gens attendent.»

A-t-il atteint sa vitesse de croisière comme conseiller fédéral? «J’ai fini la phase de décollage, je n’ai pas encore atteint la vitesse de croisière. Disons que je suis en phase de stabilisation. Il faut rester attentif car il peut y avoir des turbulences à tout moment.» (TDG)

Créé: 12.09.2016, 07h11

Pas question de suspendre les vols des jeunes pilotes

Dans le crash du FA/18, une grave erreur de skyguide a été reconnue. L’armée doit-elle prendre des mesures immédiates?
Comme après n’importe quel accident qui la touche, l’armée doit faire sa propre analyse: état du matériel, formation des pilotes, entraînement au stress, etc. On doit toujours se poser la question des enseignements à tirer. Il s’agit d’un accident dramatique qui intervient après une longue expérience de collaboration avec skyguide. La justice doit encore déterminer toutes les causes qui expliquent l’accident. Parallèlement, nous analysons sans tabou nos procédures.

Ne faudrait-il pas, l’espace de l’enquête, suspendre le vol en patrouille avec un jeune pilote suiveur en cas de mauvais temps?
Cela m’apparaît difficile de prendre une telle mesure. D’abord parce qu’il y a eu une erreur avérée sur l’altitude donnée au pilote. Ensuite parce que le vol dans des conditions difficiles et les coupures de radar font partie de la formation de base des jeunes pilotes. Ils ont effectué de très nombreuses heures de vol sur simulateur. Et dans le cas qui nous occupe, le pilote était entraîné à voler sur le FA-18 dans ce genre de conditions.

Les crash successifs remettent-ils en cause l’objectif d’avoir 2 jets d’intervention prêts à décoller 24h sur 24 dès 2021 ?
Non. Un jet de moins, cela signifie un peu plus d’usure pour les autres. Mais cela ne remet pas fondamentalement en cause notre mission de vouloir intervenir 24 h sur 24. Cela a été voulu par le parlement. Je n’ai reçu aucun signal qui m’indique que le milieu politique aurait changé d’avis.

Le nouveau chef de l’armée sera un Romand?
Ce que je peux vous dire c’est que la nomination tombera avant la fin du mois. La commission de sélection a terminé son travail et m’a fait des recommandations. J’ai auditionné un certain nombre de personnes. Je ferai une proposition au Conseil fédéral qui tranchera.

Combien de personnes avez-vous auditionné? Deux, trois?
Un certain nombre…

Que pensez-vous de ces élus alémaniques qui vous reprochent de vous entourer de Romands?
C’est une tempête dans un verre d’eau. J’ai nommé en premier mon chef de com, un Alémanique. Et je suis à la tête du Département où il y a la plus grande proportion d’Alémaniques. Dans mon entourage les réactions ont été plutôt amusées, mais aussi scandalisées suite à la critique. D’ailleurs, lorsqu’il n’y avait que des Alémaniques dans l’entourage du Chef DDPS, personne ne s’en offusquait.

Cette critique surgit-elle pour vous empêcher de nommer un Romand à la tête de l’armée?
Je ne crois pas. Et si c’était le cas, cela irait plutôt à fin contraire. Non, peut-être le changement a surpris certains. Du jour au lendemain, on est passé d’un chef de département et d’une secrétaire générale alémaniques à un duo francophone. Mais pour mon conseiller militaire Dominique Andrey, c’est un hasard qu’il soit Romand. Ce sont ses compétences et sa connaissance de la hiérarchie militaire qui m’ont été recommandées par le chef de l’armée. Je ne l’ai pas cherché pour le simple fait de prendre un Romand ; j’ai d’ailleurs nommé un Alémanique comme son successeur aux Forces terrestres. L’essentiel, c’est que la compétence doit toujours primer.

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