L’ours est désormais dans le viseur des politiques

Grands prédateursLa présence d’un plantigrade au nord des Alpes relance la question de la cohabitation.

La présence d’un ours au nord des Alpes est une première depuis le retour de l’espèce dans le pays en 2005.

La présence d’un ours au nord des Alpes est une première depuis le retour de l’espèce dans le pays en 2005. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

L’ours est-il le nouvel ennemi public numéro un? La présence d’un plantigrade en Suisse centrale a pris tout le monde de court. Fin mai, des photos réalisées dans les alpes schwytzoises ont semé le doute. Elles montraient clairement une silhouette noire sur une pente enneigée. Quelques jours plus tard, le doute a fait place aux certitudes. Les autorités du canton voisin d’Uri ont confirmé la présence d’un animal. Un ours au nord des Alpes, une première depuis le retour de l’espèce en 2005, 150 ans après son extermination.

Jusqu’ici, les 15 premiers individus à avoir franchi la frontière italienne pour venir en Suisse s’étaient toujours arrêtés dans les Grisons. «Je ne suis pas étonné qu’il y ait désormais un spécimen en Suisse centrale, explique Andreas Ryser, zoologue responsable de l’ours au sein de KORA, l’organisation qui s’occupe du retour des grands prédateurs. Les jeunes mâles peuvent parcourir de très longues distances. Ce qui me surprend surtout, c’est que si peu de gens l’ont vu.» Deux éléments peuvent expliquer cette discrétion. L’animal est farouche et la météo des dernières semaines peu propice aux randonnées.

Réadaptation du plan ours?

Cette avancée de l’ours nécessite-t-elle une réadaptation du Plan ours (voir ci-contre), ce concept censé accompagner le retour du plantigrade? «Pas pour le moment, répond Andreas Ryser. Des mesures ont été prises dans certaines régions des Grisons, comme des poubelles adaptées ou de nouvelles règles pour le compost. Pour la Suisse centrale, c’est encore de la musique d’avenir.»

Le discours des scientifiques ne rassure en rien celui de certains politiques. A Berne, les pérégrinations de l’ours suscitent des réactions antinomiques. Comparant son retour à celui du loup, le sénateur Jean-René Fournier (PDC/VS) promet un combat acharné. «Le niveau d’acceptation est encore plus faible, car l’ours représente une menace pour les êtres humains. Avec la Convention de Berne, certains prédateurs sont mis sur un piédestal, en dehors de toute gestion de l’espèce. Il faut arrêter l’hypocrisie et assumer nos responsabilités. Si les politiques nient le problème, les populations locales trouveront des solutions, et elles ne seront pas forcément légales.»

«Plus le problème de quelques sauvages du Valais»

Un brin provocateur, Yannick Buttet (PDC/VS) se réjouit de la présence d’un animal en Suisse centrale. «C’est bien que l’ours se rapproche du Plateau, ça réveille les consciences. Lorsqu’un loup a été tué dans le canton de Zurich, la vision a changé sous la Coupole. Tout à coup, ce n’est plus le problème de quelques sauvages du Valais. On se rend compte de ce que ça signifie vraiment de vivre avec des animaux sauvages.»

Un discours qui préoccupe Silva Semadeni (PS/GR), présidente de Pro Natura. «On est conscient que le retour des grands prédateurs n’est pas facile, mais la situation depuis le XIXe siècle a beaucoup évolué. La forêt a gagné du terrain et il y a davantage de gibier. Des règles claires existent pour accompagner le retour de l’ours. Sur les quelque 16 spécimens qui sont venus en Suisse, les deux seuls qui se sont mal comportés ont d’ailleurs été tués. Mais on ne veut pas exterminer l’espèce une deuxième fois!»

«Populisme anti-animaux»

La réaction d’Adèle Thorens (Verts/VD) n’est pas tendre à l’égard des deux élus valaisans. «Ce sont des provocations inutiles et dangereuses pour l’image de la Suisse, pays dépositaire de la Convention de Berne. C’est du populisme anti-animaux. Le parlement dépasse les limites, on a même réussi à voter pour une régulation des cygnes! C’est ridicule. La cohabitation avec les grands prédateurs est un sujet sérieux. On peut déjà effectuer des tirs en cas de problèmes et des mesures supplémentaires sont à l’étude.»

A ces accusations, Yannick Buttet rétorque: «Oui, on peut déjà réguler l’espèce, mais uniquement a posteriori. Il faut d’abord que l’animal ait causé des problèmes. Avant d’abattre un spécimen, on doit attendre qu’il ait tué des moutons… ou un enfant.»

A noter que, selon l’Office fédéral de l’environnement, aucun cas d’agression directe et intentionnelle d’ours envers l’homme n’a été relevé en Europe centrale. (TDG)

Créé: 04.07.2016, 07h25

Sondage

Faut-il combattre l'arrivée de l'ours en Suisse?

Oui

 
22.7%

Non

 
72.2%

Je n'ai pas d'avis

 
5.2%

1160 votes au total


De la Convention de Berne au plan ours

L’ours est une espèce protégée par une législation nationale depuis 1962. La ratification de la Convention de Berne, en 1979, oblige aussi la Suisse à soutenir les mesures de protection prises à l’échelle internationale. Depuis le retour du plantigrade dans le pays en 2005, un Plan ours a été élaboré. L’objectif de ce plan est de définir les critères de gestion de l’animal et de préparer la population à cohabiter avec le plantigrade. Trois types d’ours sont détaillés.

L’ours farouche C’est un animal qui peut vivre discrètement même dans les zones habitées. Les rencontres avec l’homme sont rares. La gestion se résume à une surveillance. Sur les 16 ours qui seraient venus en Suisse, 14 faisaient ou font partie de cette catégorie.

L’ours problématique Le plantigrade découvre comment utiliser à son profit les nombreuses sources de nourriture qui s’offrent à lui dans les zones habitées. Plus fréquentes, les rencontres avec l’homme peuvent être dangereuses. L’objectif est ici de réussir à l’effaroucher, pour le faire repasser dans la première catégorie.

L’ours à risque Malgré les mesures d’effarouchement, l’animal problématique continue de fréquenter des zones habitées ou s’est attaqué à une personne de manière agressive. Dès qu’il est classifié à risque, l’animal doit être abattu. En Suisse, deux ours sont passés de la catégorie problématique à la catégorie à risque. Ils ont été tués.

Articles en relation

Nouvelles traces d'ours trouvées à Uri

Suisse Le plantigrade repéré fin mai dans la région schwyzoise du Hoch Ybrig se trouve apparemment toujours en Suisse centrale. Plus...

Des traces d'ours découvertes aux Grisons

Faune Les empreintes d'un plantigrade ont été découvertes dimanche dans le parc naturel de Beverin, près de Thusis (GR), a indiqué lundi le Service cantonal de la faune. Plus...

La présence d'un ours au Val Mesolcina confirmée

Grisons Le passage du plantigrade dans une vallée grisonne a été constaté par un garde-chasse. Plus...

Un ours observé dans les Grisons

Grands prédateurs Un chasseur a signalé la présence d'un plantigrade jeudi dans la matinée dans le Val di Roggiasca. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Maintien de Maudet: le PLR convoque une assemblée extraordinaire
Plus...