Oui, instituteur peut être un métier d’homme!

EgalitéLes enseignants sont toujours moins nombreux au primaire. Une opération est lancée Outre-Sarine.

Une action vise à rééquilibrer la situation. En 2013, il n’y avait que 17,7% de maîtres primaires.

Une action vise à rééquilibrer la situation. En 2013, il n’y avait que 17,7% de maîtres primaires. Image: Keystone

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Messieurs, intéressez-vous à l’enseignement! Les Hautes Ecoles pédagogiques (HEP) des cantons de Zoug et de Zurich ont lancé le week-end dernier une campagne pour encourager les hommes à reprendre le chemin des écoles primaires. Cette action s’adresse à ceux qui souhaitent réorienter leur carrière, et leur propose de suivre un cours auprès d’un instituteur. Comme l’a révélé la NZZ am Sonntag, des encarts seront notamment publiés dans les journaux gratuits.

Rétablir un équilibre

Le but est de rétablir un équilibre dans une profession comptant une majorité de femmes depuis 1964. Et l’écart ne cesse de se creuser. En 1993-1994, 32,3% des enseignants du primaire étaient des hommes. En 2012-2013, ils ne représentaient plus que 17,7%. «Pour les élèves, il est enrichissant de voir des personnes venant de différents milieux», souligne Katarina Farkas, qui codirige la campagne depuis la HEP de Zoug. L’idée est aussi que, à 18 ans, un jeune homme ne pense pas forcément à travailler avec des enfants. Mais qu’il se pose d’autres questions par la suite, notamment sur le sens de la vie.

Cette action s’inscrit dans un cadre plus large. En Suisse alémanique, l’association Männer an die Primarschule («Des hommes à l’école primaire», MaP) a été créée en automne 2014. «Les femmes enseignent évidemment aussi bien que les hommes, précise son coordinateur, Beat Ramseier. Mais avoir une représentation des deux sexes est bon pour l’égalité, pour l’équipe, l’école, les enfants, leurs parents et pour la profession.» Et puis le fait de voir un homme devant le tableau noir encouragera peut-être les vocations futures.

Son association coordonne trois autres projets jusqu’en 2018: une sensibilisation des jeunes (qui peuvent eux aussi plonger quelques heures dans une école primaire) réalisée par JUMPPS, une association alémanique s’occupant des questions de genre à l’école; un réseau d’échanges entre étudiants et professionnels au sein de la HEP Grisons; et une formation continue pour sensibiliser ceux qui accompagnent le choix professionnel des jeunes, conçue par la HEP Lucerne.

Premier succès

«Bien sûr, nous n’allons pas changer la situation en trois ans, poursuit Beat Ramseier. Notre but est d’abord de sensibiliser les gens et de susciter la discussion pour que des hommes pensent à cette carrière.» Avec un certain succès: dans le cadre du projet lancé le week-end dernier, cinquante candidats se sont déclarés intéressés durant la première journée.

Les HEP paient 40% des frais et le Bureau fédéral de l’égalité (BFEG) finance le projet MaP à hauteur de 1 demi-million de francs sur trois ans. Encourager des hommes? «Nous soutenons les initiatives promouvant la mixité qui remplissent les exigences légales, répond la directrice du BFEG, Sylvie Durrer. Elles concernent surtout le domaine de l’éducation. Si des hommes veulent s’engager pour l’égalité, nous ne pouvons que nous en réjouir!» (voir aussi notre dossier sur l'égalité: ici)

Ces projets en faveur de la présence masculine sont toutefois minoritaires. «Ils viennent pour la plupart de Suisse alémanique», précise Sylvie Durrer. Et la Suisse romande? «Nous avons quelques contacts avec des collègues et nous allons regarder s’il y a une possibilité d’y travailler, répond Beat Ramseier. Le problème de la représentation masculine s’y pose aussi, mais je ne sais pas si la sensibilité est la même des deux côtés de la Sarine.»

L’obstacle du salaire

Maître d’enseignement et de recherche à l’Université de Genève et présidente de l’Association de recherche sur le genre en éducation, Isabelle Collet suit avec intérêt le programme de réorientation développé en Suisse alémanique. Ici aussi, les hommes sont sensibilisés à la question.

Mais si tout le monde, ou presque, préfère travailler dans un univers mixte, ces encouragements se heurtent à un obstacle: «Il est difficile d’inciter les hommes à s’orienter vers des métiers moins valorisés sur les plans salarial et social», relève la Genevoise. Une sorte de cercle vicieux s’est ainsi installé puisqu’une profession qui se féminise a aussi tendance à se dévaloriser, comme le regrette Georges Pasquier, président du Syndicat des enseignants romands. (TDG)

Créé: 28.05.2016, 10h55

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