Opération Papyrus: 2390 personnes régularisées

GenèveL'initiative Papyrus, visant à assouplir les conditions d'admission ordinaires pour la régularisation des sans-papiers à Genève, a présenté son bilan final.

Le secteur de l'économie domestique est particulièrement touché par le travail au noir et la sous-enchère salariale.

Le secteur de l'économie domestique est particulièrement touché par le travail au noir et la sous-enchère salariale. Image: archive/Keystone

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A Genève, l'opération de régularisation des sans-papiers Papyrus a permis de faire sortir de l'ombre 2390 personnes. Le conseiller d'Etat Mauro Poggia a parlé vendredi, devant les médias, d'un plein succès, à l'heure du bilan d'une expérience sans précédent en Suisse.

Papyrus, qui avait été lancé en février 2017, s'est achevé en décembre 2018. Il n'est pas prévu de renouveler l'opération pour l'instant, a toutefois souligné Mauro Poggia. Des discussions sont en cours au niveau fédéral concernant les sans-papiers. Il faudra voir dans quel sens ira la politique dans ce domaine, a-t-il ajouté.

Selon Marianne Halle, du Centre de contact Suisses-Immigrés, environ 10'000 sans-papiers vivent à Genève. Papyrus n'aura pas conduit à une régularisation générale. Mais une grande partie des clandestins présents au bout du lac depuis longtemps, et qui répondaient aux critères qui avaient été fixés, ont pu obtenir un permis de séjour.

Pour le conseiller d'Etat genevois Thierry Apothéloz, Papyrus est un projet où tout le monde ressort gagnant. Les personnes concernées, qui peuvent vivre sans peur au grand jour, et la collectivité, car désormais ces personnes versent des charges sociales. Par ailleurs, les craintes que l'opération a suscitées se sont révélées infondées.

Pas d'appel d'air

Il n'y a ainsi pas eu d'appel d'air dans les secteurs où se retrouvent de nombreux sans-papiers, comme l'économie domestique. En d'autres mots, les personnes régularisées n'ont pour la plupart pas quitté leur travail pour une activité mieux rémunérée et moins pénible, et laissé leur place à de nouveaux clandestins.

La crainte de voir ces personnes, une fois le permis de séjour en poche, frapper à la porte de l'aide sociale, ne s'est pas non plus concrétisée. Une très grande majorité est restée active. Il s'agit d'une population habituée à vivre sans l'Etat, a souligné Giovanni Ferro-Luzzi, professeur à l'Université de Genève et à la HES-SO.

«Nous avons levé une hypocrisie», a relevé Thierry Apothéloz. Pour les gens régularisés, la vie a changé du tout au tout. Certains ont pu entamer une formation, d'autres sortir d'une situation d'exploitation. Et tous n'auront plus peur de contacter la police s'ils sont victimes d'un délit, a noté Marianne Halle.

«Je peux enfin regarder les gens dans les yeux», a déclaré une dame à Marianne Halle. Une autre s'est dite fière de pouvoir enfin contracter un abonnement de téléphone à son nom. Enfin, ces gens invisibles devenus visibles peuvent maintenant rentrer au pays pour visiter leurs proches, qu'ils n'ont parfois plus embrassés depuis dix ans.

Quelques fraudes

Sur les 2390 personnes régularisées grâce à Papyrus, on compte principalement des familles (437), soit 676 parents et 727 enfants. S'y ajoutent 24 couples sans enfants et 939 célibataires. Environ 700 dossiers sont en cours de traitement. Quelques cas de fraude ont été dénoncés à la justice. Mais ils sont restés «l'exception».

L'opération Papyrus visait dans le respect du cadre légal, à assouplir les conditions d'admission ordinaires pour la régularisation des sans-papiers. La très grande majorité des dossiers concerne le secteur de l'économie domestique, qui compte de nombreuses femmes. (ats/nxp)

Créé: 21.02.2020, 10h43

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