«On prend conscience des difficultés du métier de paysan»

FormationLa première volée de stagiaires en conduite d’alpage a entamé sa formation. Plongée dans un quotidien très rempli.

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Le jour est à peine levé sur l’alpage de Mont-Dessous, suspendu au-dessus de Rossinière. Dans l’étable, Benjamin Bertschy s’affaire à la traite des 45 chèvres en estivage. Dans la fromagerie attenante, Derek Ianovici démoule les pièces fabriquées la veille. Marlène Aeschimann s’en va nourrir les moutons. Pour les «apprentis» alpagistes, une nouvelle journée bien remplie s’annonce.

Tous trois ont entamé le 14 mai la nouvelle formation en conduite d’alpage, imaginée l’an dernier par le Service vaudois de l’agriculture et de la viticulture et l’école Agrilogie. Après une semaine de cours dans les classes de Grange-Verney, les onze stagiaires qui composent cette première volée ont été répartis dans une douzaine d’exploitations de montagne vaudoises, valaisannes et fribourgeoises.

Quatre d’entre eux ont atterri pour un mois au Jardin des Monts, à Rossinière. Si l’une d’eux a dû jeter l’éponge pour raison de santé, les trois autres s’accrochent, malgré un quotidien bien rempli. «On se lève en général à 5h, on fait le feu, on prépare le café puis on descend à pied de l’alpage de Mont-Dessus à celui de Mont-Dessous», énumère Benjamin Bertschy.

Le travail à proprement parler commence vers 6h15. «On a mis en place un tournus d’une semaine, explique Marie-Danièle Luisier, qui exploite l’alpage en compagnie de Christian Jaggi. Chaque stagiaire passe par la traite, la fromagerie…» En ce mercredi matin, Marie-Danièle enseigne à ses élèves la fabrication d’un raclette de chèvre. À tour de rôle, chacun apprend à brasser le caillé (à la main) et à reconnaître la taille du grain de fromage idéal pour obtenir une pâte mi-dure. «C’est encore plus délicat avec le lait de chèvre, moins gras que celui de vache», avertit la jeune paysanne. Présente à Mont-Dessous depuis 2013, la Valaisanne a dû en partie réorganiser son quotidien pour prendre en charge ses stagiaires: «C’est de la main-d’œuvre en plus, c’est agréable. Mais ça demande aussi pas mal d’organisation pour être sûr qu’ils auront assez de travail.»

Le métier, «de A à Z»

Une fois les tâches matinales accomplies et le déjeuner avalé, il faudra encore entretenir les clôtures, débroussailler les pâturages, couper du bois de feu, emballer les fromages, puis traire à nouveau les chèvres en fin de journée et regagner Mont-Dessus après une marche pénible de 30 minutes… «Il y a toujours quelque chose à faire», constate Benjamin Bertschy. Le Fribourgeois a l’habitue du travail en plein air et des tâches ingrates, lui qui possédait il y a encore peu de temps une entreprise de maçonnerie. «Mais même en tant qu’indépendant, on a droit à des week-ends. Pour les agriculteurs, c’est du sept jours sur sept. Ici, on prend conscience de la difficulté de leur métier. S’ils devaient compter leurs heures, ça leur ferait un salaire de misère.»

Mais malgré l’ampleur de la tâche, les trois stagiaires sont enchantés de cette formation. «On apprend énormément. On découvre tous les aspects du travail, on participe à la fabrication du fromage de A à Z, de la traite à la vente sur les marchés.» Le trio en convient: trois mois ne seront pas suffisants pour faire d’eux des alpagistes confirmés. «Le CFC d’agriculteur dure trois ans; on ne va pas voir tout ce programme en quelques semaines», acquiesce Benjamin.

D’ailleurs, aucun des trois alpagistes ne vise une reconversion vers la paysannerie. Pour Benjamin, ce stage est l’une des étapes sur son nouveau parcours professionnel: le Fribourgeois a entamé une formation en programmation neuro-linguistique, avec pour objectif de s’occuper de jeunes en rupture. Active dans la fabrication de circuits électroniques une partie de l’année, Marlène Aeschimann organise à la belle saison des tours à moto pour des groupes de touristes. «Je trouvais intéressant d’avoir un débouché de plus à mon actif, réagit la Bernoise. Et je voulais surtout savoir à quoi ressemblait la vie de mon grand-père qui possédait un alpage du côté de Sainte-Croix quand j’étais enfant.»

«Une réussite»

Ce week-end, les stagiaires terminaient leur premier mois de pratique. Lundi, ils s’en iront sur un autre alpage. L’occasion pour Thierry Gallandat, doyen des formations supérieures à Agrilogie, de dresser un premier bilan avec les stagiaires et les employeurs. «Mais c’est déjà une réussite. Je craignais un peu que le choc soit trop grand pour les participants: qu’ils s’attendent à une belle période à la montagne et déchantent face à l’ampleur du travail. À Rossinière, ils sont trois, mais certains se retrouvent seuls avec l’exploitant dans des conditions parfois très rudes. Mais pour l’heure, je n’ai pas eu de retours négatifs.»

Créé: 17.06.2018, 11h51

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