Offensives climatosceptiques contre des chercheurs suisses

EnvironnementUn climatologue de renom s’est fait usurper son identité sur Facebook. Il raconte son quotidien de climatologue.

Reto Knutti, professeur à l’EPFZ, est une pointure mondiale de la recherche sur le changement climatique.

Reto Knutti, professeur à l’EPFZ, est une pointure mondiale de la recherche sur le changement climatique. Image: Christian Beutler/Keystone

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Reto Knutti est une pointure mondiale de la recherche sur le changement climatique. Professeur à l’EPFZ, le Suisse est aussi une cible privilégiée de climatosceptiques. Du mail agressif au propos diffamatoire en passant par l’injonction au suicide, l’éventail des attaques est large. Un exemple récent: en décembre, il découvrait par hasard qu’un compte Facebook avait été créé à son nom. Il s’y vantait d’œuvrer pour sauver la planète. C’était un faux.

Ce n’est pas la première fois que le chercheur se fait usurper son identité. Dans un article publié en 2017 sur un site russe, il prédisait la fin de l’humanité dans les trois prochaines années. Des affirmations fabriquées, dont Reto Knutti n’a jamais pu remonter la trace.

Le cas du chercheur suisse n’est pas isolé, comme le rappelait récemment la «NZZ am Sonntag». Pour les climatologues de renom, les tentatives de discréditer leur travail sont monnaie courante. Visage des grèves climatiques, Greta Thunberg n’y a pas échappé, accusée d’être la marionnette d’une équipe de communicants. La «Weltwoche» a relayé la thèse. Alors que des jeunes du monde entier prennent la rue pour appeler à des mesures urgentes, un réseau international de sceptiques tente, lui aussi, de se faire entendre, à contre-courant du consensus scientifique.$


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Dans son dernier rapport, le groupe d’experts sur l’évolution du climat clame l’urgence d’atteindre la neutralité carbone d’ici à 2050 pour limiter le réchauffement mondial à 1,5 degré. Reto Knutti est un des coauteurs du document. Il vient aussi de signer avec quelque 12'000 autres scientifiques une lettre de soutien au mouvement de jeunesse pour le climat.

Être régulièrement pris à partie par des climatosceptiques est devenu une part non négligeable de son emploi du temps. «En tant que climatologue, on fait un métier exposé, confie-t-il. Je l’accepte. Mais falsifier mes propos reste grave. On perd le contrôle de son argumentation.» Quant aux messages reçus, il s’efforce d’y répondre de manière cordiale et respectueuse. «Il s’avère cependant difficile d’avoir une discussion constructive. Dans les cercles climatosceptiques, les faits que nous considérons comme établis n’ont pas de valeur.»

Professeure à l’Université de Neuchâtel, la climatologue Martine Rebetez a reçu son lot de lettres anonymes menaçantes. «L’objectif des climatosceptiques est de nous empêcher de travailler, commente-t-elle. La méthode la plus souvent employée est de diffamer nos recherches pour instiller le doute et retarder des mesures qui s’imposent.» Lorsqu’on est confronté à ce genre d’accusations, le soutien de l’université ou de l’institution de recherche est primordial, ajoute-t-elle.


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Cette guerre du climat en rappelle une autre. Des enquêtes ont mis en lumière comment le secteur du tabac faisait appel à de faux experts et des lobbyistes pour relativiser les dangers de la fumée. «On retrouve ici les mêmes méthodes. Les mêmes arguments, rédigés par les mêmes auteurs, se retrouvent sur les mêmes quelques blogs. Aux États-Unis, les organisations qui les propagent sont financées par de grandes fondations proches des secteurs de l’extraction de combustibles fossiles ou de la chimie», explique Stéphane Foucart, journaliste au «Monde» et auteur d’un livre sur le sujet. Il rappelle que des centaines de millions de dollars ont été investies pour saturer le débat de fausses informations. «Ce qui est étonnant, c’est que ces thèses qui prennent l’apparence de la science, mais qui n’en sont pas, parviennent à séduire de vrais scientifiques.»

En Suisse romande, ils sont une poignée à tenter de convaincre que la planète ne se réchauffe pas ou à nier le rôle de l’homme dans la hausse des températures. Parmi eux, Jean-Claude Pont, ancien professeur d’histoire et philosophie des sciences à l’Université de Genève. Membre de l’association des climato-réalistes, en France, le Valaisan a critiqué cette semaine dans un communiqué le soutien apporté par les chercheurs aux grèves climatiques. Nous ne sommes pas parvenus à le joindre jeudi.

Créé: 14.03.2019, 22h59

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