Novartis biffe les rabais aux hôpitaux

PharmaLes hôpitaux du pays sont en colère contre Novartis. Le groupe pharmaceutique bâlois a décidé de leur supprimer les rabais sur les médicaments.

Les achats hospitaliers de médicaments confèrent aux fournisseurs sélectionnés une certaine exclusivité sur les produits concernés.

Les achats hospitaliers de médicaments confèrent aux fournisseurs sélectionnés une certaine exclusivité sur les produits concernés. Image: archive/Keystone

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La récente décision de Novartis de supprimer les rabais accordés aux hôpitaux helvétiques sur ses médicaments provoque une levée de boucliers de ces derniers. Piqués au vif, les prestataires de soins n'excluent pas de s'approvisionner de préférence auprès de la concurrence, tout en espérant que cette dernière ne suive pas l'exemple du mastodonte pharmaceutique rhénan.

Dans un courrier envoyé mi-septembre aux centres de soins du pays et dont AWP a obtenu une copie, Novartis justifie la mesure par une mise en conformité de ses pratiques avec l'ordonnance sur l'intégrité et la transparence dans le domaine des produits thérapeutiques, qui entrera en vigueur au 1er janvier prochain.

Cette motivation suscite toutefois des froncements de sourcils dans les milieux hospitaliers.«La nouvelle ordonnance de la loi sur les produits thérapeutiques n'interdit pas les rabais de l'industrie aux hôpitaux, bien au contraire», souligne ainsi en entretien avec AWP le professeur Pascal Bonnabry, en charge de la pharmacie des Hôpitaux universitaires genevois (HUG). «Elle instaure une transparence et clarifie simplement l'usage qui peut être fait des économies ainsi réalisées».

Suspicion d'opacité et guerre des chiffres

Le changement dans la réglementation concerne de fait les prestataires de soins et les assureurs bien plus que les fournisseurs de médicaments. «J'imagine que Novartis craint que les rabais accordés aux hôpitaux soient utilisés par l'Office fédéral de la santé publique (OFSP) pour faire pression sur les tarifs publics», poursuit le pharmacien en chef.

Le géant pharmaceutique balaie toutefois cette suspicion, indiquant dans une prise de position que «selon son interprétation du texte», l'ordonnance de transparence comprend une clause de rétroactivité qui permettra de toute manière à l'OFSP de disposer d'un droit de regard rétroactif sur les rabais pratiqués jusqu'ici.

L'impact sur les finances hospitalières à l'échelle du pays d'une suppression des rabais par l'ensemble des fournisseurs est devisé entre 300 et 400 millions de francs annuellement par le professeur Enea Martinelli, responsable des pharmacies des hôpitaux de Frutigen, Meiringen et d'Interlaken et membre du comité de Pharmasuisse.

Admettant ignorer sur la base de quel calcul son homologue alémanique parvient à ces montants, le professeur Bonnabry préfère évoquer des «surcoûts considérables pour les hôpitaux». Novartis pour sa part assure que les rabais qu'il s'apprête à supprimer représentent «quelques millions de francs» et que les centaines de millions articulés représentent une somme «inconcevable».

Entre monopole et exclusivité

Les achats hospitaliers de médicaments, souvent conclus sur la base d'appels d'offres, confèrent aux fournisseurs sélectionnés une certaine exclusivité sur les produits concernés. «Mais les médicaments pour lesquels il n'existe aucune alternative ne font jamais l'objet de rabais», précise le professeur Bonnabry.

Reste que la suppression des remises va pousser les hôpitaux à évaluer des produits alternatifs ou de concurrents. «En 2002 déjà lors de l'entrée en vigueur de la loi sur les produits thérapeutiques, Novartis avait commis l'erreur d'être l'unique fournisseur à sabrer ses rabais aux hôpitaux. Ils en ont souffert pendant quatre ou cinq ans, pas uniquement en termes d'image», rappelle le pharmacien genevois.

Craignant un effet de contagion, les hôpitaux ne disposent que de peu de moyens pour enrayer une éventuelle épidémie de suppressions de remises.

«Nous sommes en discussions avec l'ensemble de nos fournisseurs pour tenter de connaître leurs intentions, mais il est encore trop tôt pour que nous puissions être rassurés ou vraiment inquiets,» reconnaît le professeur Bonnabry.

Dans le cas présent, l'«exemple» de Novartis a déjà été suivi par au moins un autre laboratoire, à savoir l'allemand Boehringer Ingelheim. (ats/nxp)

Créé: 11.10.2019, 13h46

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