Norman Gobbi: «Je ne suis pas le diable»

Election du Conseil fédéralNorman Gobbi, le candidat tessinois, passe son grand oral mardi après-midi. Il parle de mafia, de migration et répond aux critiques.

Après cinq ans au gouvernement tessinois, Norman Gobbi joue la carte de la respectabilité.

Après cinq ans au gouvernement tessinois, Norman Gobbi joue la carte de la respectabilité. Image: Jean-Paul Guinnard

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Jour J pour Norman Gobbi, Guy Parmelin et Thomas Aeschi. Les trois candidats UDC au Conseil fédéral passent leur grand oral cet après-midi devant les groupes parlementaires PLR et PDC. Une étape décisive avant l’élection du 9 décembre par l’Assemblée fédérale.

Norman Gobbi, que nous avons rencontré hier et qui parle très bien français, ne part pas favori. Cela ne le dérange pas. Du haut de ses 185 cm et de ses 120 kilos, il va marteler ses atouts. Il représente la minorité italophone, absente depuis 16 ans au Conseil fédéral. Il dirige un exécutif cantonal depuis 5 ans avec 1500 collaborateurs et il connaît bien les questions brûlantes de sécurité et de migration.

Vous passez les auditions ce mardi. Pourquoi un élu devrait voter pour vous ?

Cela fait 16 ans que la Suisse italienne n’est plus représentée au Conseil fédéral. Elle a besoin de se sentir faire partie de ce pays, d’autant plus que c’est la Constitution fédérale qui le prévoit. Je suis Conseiller d’Etat, actuel Président du Gouvernement tessinois et je dirige un Département depuis 5 ans avec 1500 collaborateurs. J’ai une expérience des trois niveaux politiques et je suis un expert dans les questions de sécurité, de migration et d’intégration.

Qu’est-ce qui a déclenché votre engagement en politique ?

L’intérêt est né pendant les cours d’éducation civique à l’école secondaire. Lorsque l’on jouait le rôle de partisans ou d’opposants sur un objet de votation. Cela m’a impressionné. L’Etat, ce sont les citoyens. C’est ça la richesse de la Suisse.

Quel est le message le plus important que vous ont transmis vos parents?

S’engager. Être libre mais aussi responsable, car l’un ne va pas sans l’autre.

Vous avez toujours rêvé d'être conseiller fédéral ?

Non, gamin je rêvais plutôt de jouer pour l’HC Ambrì-Piotta. Le Conseil fédéral n’a jamais été un objectif précis car en politique il faut saisir les occasions qui se présentent.

Justement, comment avez-vous été contacté par l’UDC pour le Conseil fédéral ?

Toni Brunner m’a appelé la semaine après les élections fédérales. Mais auparavant la direction de l’UDC Suisse, de sa section tessinoise et la Lega avaient discuté ensemble en vue d’une candidature commune.

Vous êtes élu. Quelles sont les 2 mesures urgentes que vous proposez au Conseil fédéral ?

Toute décision sur les mesures urgentes doit être prise de manière collégiale. Comme profond fédéraliste: un, Berne ne doit pas tout faire. Deux, elle doit écouter les minorités. Et il faut atténuer la crise économique liée au franc fort.

Vous proposez quoi contre le franc fort ?

On ne va pas se substituer à la BNS. Mais il faut garder l’attractivité de la place industrielle en réduisant la bureaucratie, en sauvegardant la paix sociale et en poursuivant la voie bilatérale.

Vous êtes pour la sauvegarde à tout prix des Bilatérales ?

C’est une discussion que doit mener le Conseil fédéral. Mais il faut aussi respecter la voix du peuple.

Vous reprenez le département de Simonetta Sommaruga. Votre première mesure : l’armée aux frontière ?

D’abord il faut reconnaître qu’on a un problème de migration. Qui doit être aussi résolu au niveau européen. Il faut quitter les ornières idéologiques. Et je suis content qu’une majorité politique envisage désormais de faire appel à l’armée, de façon subsidiaire sous commandement civil. A Berne, certains refusaient cette solution pragmatique pour des raisons politiques.

Vous êtes pour une mobilisation immédiate de l’armée ?

Non, tant que les cantons ne le demandent pas.

C’est le « chaos » comme le dit l’UDC dans le Département Sommaruga ?

Le chaos, non. On l’a d’ailleurs évité grâce au Tessin qui, le premier, a tiré la sonnette d’alarme. Mme Sommaruga a bien travaillé avec les cantons. Mais c’est vrai aussi que son approche politique n’est pas celle de l’UDC.

La situation de l’asile est-elle satisfaisante ?

Il y a eu des progrès concernant le traitement des cas Dublin. Mais nous avons un problème avec les Afghans qui arrivent à la frontière nord de la Suisse. Ils ont très peu de chance d’obtenir l’asile selon le secrétariat aux migrations. Ils n’ont pas été enregistrés par le premier pays frontière de l’UE ni par l’Allemagne. Avant c’était l’Italie qui faisait la même chose, situation qui avait des répercussions directes sur le Tessin. Donc il faut dire clairement quand les autres pays ne respectent pas Dublin.

Combien de requérants au maximum peut accueillir la Suisse par année?

Ce qui inquiète avant tout les Suisses, c’est ce qu’on fait après qu’ils sont accueillis. Comment on intègre ces gens, comment on leur donne un travail et comment on finance cet accueil. Si on ne les intègre pas, on risque de créer des ghettos comme en Belgique et en France avec même des déviances terroristes.

A-t-on assez de travail pour ces réfugiés ?

Selon les derniers chiffres du SEM, malheureusement ce ne sont pas principalement les Syriens, bien formés, qui arrivent chez nous mais des Erythréens et des Afghans moins qualifiés.

Vous êtes pour la caisse unique et pour des loyers subventionnés par l’Etat. C’est une politique de gauche qui n’a rien à voir avec l’UDC.

Je suis un profond fédéraliste. La question des primes maladie et du logement se pose de façon beaucoup plus aiguë au Tessin et à Genève qu’en Suisse centrale. Il faut dont des solutions régionales. N’oublions pas que le Tessin a des revenus plus bas qu’ailleurs et paye des primes de caisse maladie plus haut par rapport aux autres Cantons..

Ce mélange entre une politique migratoire restrictive et une aide sociale marquée fait que vous êtes plus proche de Marine Le Pen que de Christoph Blocher, non ?

Marine Le Pen est une bonne réponse dans un Etat centraliste comme la France. Mais en Suisse, cela ne passerait pas. Moi je suis plus proche d’un Christoph Blocher ou d’un Giuliano Bignasca qui, malheureusement contre l’avis des Romands, se sont battus pour la liberté de ce pays en refusant l’EEE en 1992.

Vous considérez les frontaliers comme des criminels potentiels qui doivent donner un extrait de casier judiciaire pour travailler au Tessin. Vous voulez étendre cette mesure à Genève, Vaud ou Bâle ?

C’est une question régionale. Il faut comprendre la situation tessinoise. Nous avons un voisin italien dynamique mais, malheureusement, l’un des premiers employeurs là-bas, ce sont les organisations criminelles. On a eu plusieurs cas de gens qui ont obtenu un permis de séjour alors qu’ils avaient menti sur leurs antécédents judiciaires. Ils avaient été condamnés en lien avec la mafia. Nous ne voulons pas de ces gens qui nuisent au Tessin. D’autant qu’il n’y a eu jusqu’à aujourd’hui aucune personne qui a fait recours contre notre mesure. C’est dans l’intérêt de tous.

A Berne, votre parti la Lega passe pour le diable, pour le populisme au style agressif à la Bignasca.

Je suis Norman Gobbi et pas Giuliano Bignasca. Je suis le visage joli et institutionnel de la Lega. Les membres de mon parti me trouvent parfois même trop institutionnel. Mes cinq années d’expérience au Gouvernement et mes différents mandats à Berne ont montré que je collabore très bien avec les autres et que je ne suis pas le diable.

Le « joli visage de la Lega » a traité de « negro » un joueur de hockey en 2008. Vous êtes raciste ?

Bien sûr que non. Je n’ai jamais été ni dénoncé, ni jugé, ni condamné pour racisme. J’ai reçu une simple amende sportive. Mais cette histoire m’a beaucoup appris. Il faut se contrôler dans une enceinte sportive, même si l’action est chaude comme lors d’un tir de penalty lors d’un derby.

Vous aviez déjà passé 30 ans. Ce n’est plus une erreur de jeunesse. La crainte, c’est que Gobbi dérape à nouveau à 40 ans.

Non. C’est mal me connaître, mal connaître le hockey et mal connaître ce qu’est un derby.

Créé: 01.12.2015, 07h49

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