Comment Moscou a utilisé un labo suisse pour une «fake news»

Affaire SkripalLa Russie a fait croire à tort que des analyses faites à Spiez (BE) liées à l’empoisonnement de l’ex-espion russe avaient été cachées.

Le laboratoire de Spiez (BE) est spécialisé dans l’étude d’agents pathogènes dangereux.

Le laboratoire de Spiez (BE) est spécialisé dans l’étude d’agents pathogènes dangereux. Image: Keystone

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C’est ce qui s’appelle une «fake news». Et c’est un laboratoire suisse qui a fait les frais de cette fausse information, propagée par la Russie dans le cadre de l’affaire Skripal. Le Kremlin a accusé à tort l’Organisation pour l’interdiction des armes chimiques (OIAC) d’avoir dissimulé des analyses de l’Institut suisse chargé de la protection contre les dangers atomiques, biologiques et chimiques, basé à Spiez (BE). Ces analyses étaient censées disculper Moscou dans l’empoisonnement de l’ex-espion russe et agent double Sergueï Skripal et de sa fille en mars à Salisbury, au Royaume-Uni.

Tout a commencé samedi dernier. Lors de la 26e Assemblée du Conseil de la politique étrangère et de défense, à Moscou, le ministre russe des Affaires étrangères, Sergueï Lavrov, déclare sur la base d’informations «confidentielles» que des spécialistes du centre de Spiez ont mené des analyses, sur mandat de l’OIAC, sur des échantillons prélevés à Salisbury et qu’ils ont découvert la présence d’une substance toxique appelée «BZ», fabriquée uniquement aux États-Unis, au Royaume-Uni et dans d’autres pays de l’OTAN. Et Sergueï Lavrov de s’étonner: «Le rapport final présenté par les experts de l’OIAC ne mentionne pas du tout le BZ.»

Levée de boucliers

Dans la foulée de la déclaration de Sergueï Lavrov, le laboratoire communique sur le réseau social Twitter que seule l’OIAC est habilitée à commenter ces allégations. Sans confirmer s’il a effectivement effectué des analyses dans le cadre de l’enquête Skripal, il rappelle que Spiez est bien l’un des instituts – il y en a vingt au total dans le monde – qui collaborent avec l’OIAC: «Les standards de vérification sont si élevés que l’on peut faire confiance aux résultats.»

Quelques jours plus tard, le Département fédéral de la défense, de la protection de la population et des sports (DDPS), dont dépend l’institut helvétique, se défend pour sa part d’avoir transmis des informations quelconques aux Russes. «Il est bien clair que le Laboratoire Spiez n’a pas donné d’informations à la Russie», affirme à la RTS Urs Wiedmer, responsable de la communication du DDPS.

Il faudra attendre mercredi et une réunion de l’OIAC à La Haye, aux Pays-Bas, pour que la rumeur propagée par la Russie soit démentie et l’affaire éclaircie. Marc-Michael Blum, qui dirige le laboratoire de l’OIAC, exclut formellement que la fameuse substance BZ ait été retrouvée dans les échantillons prélevés à Salisbury. «Cette substance était contenue dans un échantillon de contrôle préparé par l’OIAC en accord avec les procédures de contrôle qualité existantes.» Lorsqu’elle envoie des échantillons pour analyse à ses laboratoires, l’OIAC les accompagne en effet d’échantillons de contrôle, à savoir d’autres substances que celle qui les intéresse directement, pour brouiller les pistes. Ainsi, les chercheurs ne savent pas quel est le «vrai» échantillon.

«Incompréhension» suisse

La Suisse, dont une délégation était également présente à La Haye, a aussi réagi. «Mon gouvernement souhaite exprimer son incompréhension suite à une déclaration russe concernant le laboratoire désigné de Spiez, a lancé Nadine Olivieri Lozan, représentante adjointe de la Suisse auprès de l’OIAC. De telles actions affaiblissent la crédibilité et l’intégrité de cette organisation et sont absolument inacceptables. Les accords de confidentialité entre l’OIAC et ses laboratoires désignés existent précisément pour garantir l’impartialité de l’analyse.» Outre cette déclaration, la Suisse, qui n’a pas reçu d’excuses de Moscou, n’a pas émis de protestation officielle, selon Jean-Marc Crevoisier, porte-parole du Département fédéral des affaires étrangères (DFAE).

Après avoir déployé ses experts à Salisbury, l’OIAC a annoncé que les analyses confirment les découvertes du Royaume-Uni quant à l’identité de l’agent chimique utilisé pour empoisonner Sergueï et Ioulia Skripal. Les Britanniques pensent que le père et sa fille ont été empoisonnés au Novichok, une substance développée par le Kremlin. L’OIAC n’a toutefois pas établi de responsabilités. Londres accuse Moscou, qui nie en bloc. «Il est probable que, forte probabilité, probablement, aurait pu, peut-être: c’est à nouveau le vocabulaire utilisé par la délégation britannique. Quelle profondeur d’argumentation!» a ironisé l’ambassade de Russie auprès de l’OIAC sur Twitter, après la réunion de La Haye. (TDG)

Créé: 20.04.2018, 07h57

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