Montreux met un frein au Centre de Congrès

VotationLes Montreusiens ont refusé dimanche avec 50.7% des voix que la Ville libère 27 millions pour la refonte de l’édifice. Ce résultat plonge les manifestations dans l’incertitude.

Les conseillers communaux prennent connaissance des résultats auprès du président du Conseil communal, Yanick Hess 
(à dr.). De g. à dr.: Bibiana Streicher et les opposants Tal Luder, Vincent Haldy, Christophe Privet.

Les conseillers communaux prennent connaissance des résultats auprès du président du Conseil communal, Yanick Hess (à dr.). De g. à dr.: Bibiana Streicher et les opposants Tal Luder, Vincent Haldy, Christophe Privet. Image: FLORIAN CELLA

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«Si les retombées financières liées à l’activité de l’édifice étaient si extraordinaires, cette rénovation aurait été acceptée», explique Vincent Haldy, conseiller communal Montreux Libre et opposant. Au terme d’une campagne virulente, les Montreusiens ont refusé dimanche, par 94 voix (3347 contre 3253), que la Ville libère 27 millions de francs pour la rénovation du Centre de Congrès, dont le montant total s’élevait à 87 millions. Le taux de participation est de 40,6%. «Une majorité de la population était sceptique face au projet présenté, notamment quant à la viabilité du volet consacré au développement, commente le Vert Florian Chiaradia, également opposant. La Municipalité doit vite revenir auprès du Conseil communal avec un projet simplifié se cantonnant à la sécurisation.»

Événements en péril

Pourtant, aux yeux de la Municipalité, catastrophée, cela n’est pas aussi simple. «Dans l’immédiat, il nous faut prendre contact avec l’ECA afin d’assurer le maintien provisoire des événements se déroulant au 2m2c», réagit Laurent Wehrli, syndic. «Pour l’instant, il n’y a pas d’autre projet dans les tiroirs, ajoutent Caleb Walther et Jean-Baptiste Piemontesi, municipaux. Il faudra aussi que la Société d’exploitation accepter de gérer le centre avec cette nouvelle donne.» L’heure est donc à la complète incertitude. «Nous prenons néanmoins acte que les opposants n’ont pas rejeté les volets de sécurisation du bâtiment et de mise à niveau des infrastructures, des obligations légales», relève Laurent Wehrli.

Image de synthèse du projet de rénovation du 2m2c

Du côté des locataires du 2m2c, les réactions ne se sont pas fait attendre. «C’est un choc, même si nous nous attendions à ce que le résultat soit serré, s’exclame Mathieu Jaton, directeur du Montreux Jazz Festival. Quelles sont désormais les perspectives pour les grands événements de Montreux et pour l’avenir de la ville? Comment pouvons-nous encore rendre le 2m2c plus compétitif dans un monde qui a changé?»

Jusqu’ici, l’ECA avait donné son accord à la tenue d’événements jusqu’en 2020, pour autant que le projet de refonte du 2m2c soit lancé. Or ce n’est pas le cas. Les grandes manifestations montreusiennes sont dès lors dans l’expectative. «Le refus des Montreusiens nous confronte à un immense défi, estime Grégoire Furrer, directeur du Comedy Festival. Mais je suis certain qu’il ne marquera pas la fin de l’événementiel à Montreux, même s’il nous faut désormais du courage.»

«C’est un choc, même si nous nous attendions à ce que le résultat soit serré»

L’Exécutif remettra l’ouvrage sur le métier. Mais aucun de ses membres n’ose imaginer l’avenir de Montreux sans tourisme et son emblématique Centre de Congrès. «Ce bâtiment, c’est le nerf économique de la cité, dont notamment les hôtels sont dépendants, plaide Pierre Rochat, municipal. À défaut d’une industrie florissante, il est impératif de le maintenir concurrentiel. Ou alors de reconvertir notre économie. Faute de quoi Montreux redeviendra un village.»

Sur le marché des congrès, le refus des Montreusiens tombe à un moment où 78% des centres de congrès européens se sont lancés dans un projet de rénovation, d’agrandissement ou de construction nouvelle, selon l’Association internationale des Palais de Congrès. Et la moyenne des investissements de ces projets s’élèverait à 93,5 millions d’euros. «Le coût de construction au mètre carré du Grand Théâtre de Genève se monte à 17 000 francs, celui du Théâtre de Beaulieu à 7600 francs et celui du SwissTech Convention Center à Lausanne à 7500 francs, explique Rémy Crégut, directeur du 2m2c. Or notre projet aurait coûté 2600 francs le mètre carré. C’est dire que le résultat du vote nous met dans une situation très périlleuse.»

Un enjeu vaudois

Le conseiller d’État Philippe Leuba est tout aussi alarmé. «À Montreux, parfois plus connue que Lausanne à l’étranger, c’est une part de l’économie vaudoise qui est en jeu. La Commune ne peut pas simplement tirer la prise. Et mettre le Montreux Jazz Festival en péril, notamment. Ce serait une catastrophe économique. Il s’agit de se remettre à la table des discussions et de trouver une solution.» Ce qui n’est pas forcément l’avis des opposants. Vincent Haldy: «En cinquante ans, l’adhésion à ce modèle économique a évolué. Et apparemment Montreux est entré dans un autre monde.»

Créé: 10.02.2019, 22h18

Les Montreusiens ont enfilé leur gilet jaune

Commentaire

À Montreux, on n’ose pas parler de tsunami. Mais ce refus populaire constitue bel et bien un séisme. En comparaison, le rejet mémorable du projet d’Hôtel de Ville à 35 millions de francs, il y a une décennie, relève de l’anecdote. Car la refonte du Centre de Congrès dépasse les limites de la cité. Comment en est-on arrivé là? Les Montreusiens ont peu apprécié d’être mis devant un projet accompli, sans plan B. Et dont le retour sur investissement pour chaque habitant est difficile à percevoir. Selon la Ville, 1 franc investi dans le 2m2c en rapporterait pourtant une quinzaine à la région.

Les citoyens montreusiens ont sans doute aussi été induits en erreur par les coûts articulés lors d’une campagne très virulente. Certains ont même cru que la Ville devrait débourser 93,7 millions de francs pour le projet – chiffre avancé par une frange d’opposants – alors que la part communale ne s’élevait qu’à 27 millions. Et se sont, de surcroît, attendus à une hausse d’impôt, malgré les assurances de la Municipalité. Dans ce contexte attisé par la vague populiste, le réflexe porte-monnaie a été le plus fort. Bussigny, avec son projet de musée dédié au numérique, est aussi passé par là. Dans le niet des Montreusiens, il y a probablement encore de la nostalgie par rapport au Montreux bucolique d’antan. Et très certainement de la défiance à l’égard de la toute-puissante majorité au pouvoir. Les Montreusiens ont aussi leurs gilets jaunes.

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