Monsieur protection des données est ok avec l'«Etat fouineur»

On vote le 25 septembreLe nouveau préposé fédéral, Adrian Lobsiger défend la loi sur le renseignement combattue par référendum.

Adrian Lobsiger, issu de FedPol, vient d’entrer dans ses nouvelles fonctions: «Le résultat obtenu aujourd’hui représente un compromis entre les besoins de sécurité et la défense des libertés individuelles.»

Adrian Lobsiger, issu de FedPol, vient d’entrer dans ses nouvelles fonctions: «Le résultat obtenu aujourd’hui représente un compromis entre les besoins de sécurité et la défense des libertés individuelles.» Image: Keystone

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Sa nomination avait suscité quelques crispations sous la Coupole en mars dernier. D’aucuns s’inquiétaient de l’arrivée d’un ancien haut cadre de l’Office fédéral de la police (FedPol) au poste de préposé à la protection des données. A 55 ans, Adrian Lobsiger entame son mandat alors que les défis ne manquent pas en matière de défense des libertés individuelles. Première bataille: la future loi sur le renseignement, en votation le 25 septembre. Interview.

Cette loi va-t-elle trop loin, comme l’estiment les opposants?

Je ne suis pas là pour faire peur aux gens. Mais il faut se rendre compte que chaque Etat a la possibilité de saisir les informations de ses citoyens. La différence entre un pays démocratique comme la Suisse et un régime autoritaire, c’est que la marge de manœuvre et les possibilités données à l’Etat de droit sont ancrées dans la loi, qui détermine le cadre procédural et les instruments de recours auprès d’une justice indépendante. Le texte qui est soumis en votation est le produit d’une longue discussion, dont l’origine remonte aux attentats du 11 septembre 2001. Nous sommes au bout de ce processus.

Les libertés individuelles sont donc assez respectées?

Nos services ont été consultés tout au long du processus législatif. Le résultat obtenu aujourd’hui représente un compromis entre les besoins de sécurité et la défense des libertés individuelles. Nous avons été entendus et je peux vivre avec ce compromis. La question qui se pose maintenant est la suivante: est-ce qu’on préfère le statu quo ou un changement? La majorité du parlement veut ce changement, et je respecte ce choix. Si le citoyen veut aussi donner plus de pouvoirs aux services de renseignements, alors il doit voter en faveur de ce texte. S’il veut se contenter du droit en vigueur, il doit dire non. Dans ce cas, la discussion sera très probablement close pour longtemps.

Votre carrière à FedPol influence-t-elle votre position?

FedPol a été impliqué au tout début du processus. Mon prédécesseur s’est beaucoup engagé pour que cette loi sur les renseignements n’empiète pas trop sur les libertés individuelles. Il y a des garde-fous techniques, politiques et judiciaires. Pour obtenir le droit de surveiller quelqu’un, il faudra faire un grand travail de préparation et avoir de très bons arguments pour justifier la procédure. Si la loi est acceptée en votation populaire, le Conseil fédéral sera lié par ses déclarations selon lesquelles les autorisations porteront sur une dizaine de cas par année.

Le Conseil fédéral ne s’arrête pas là. Il projette une surveillance discrète pour lutter contre le terrorisme…

Pour l’heure, c’est une décision de principe. Le gouvernement a donné mandat au Département compétent d’élaborer des libellés concrets. De notre côté, nous allons examiner si ces mesures sont proportionnées. Il faut toujours faire une pondération entre les libertés individuelles et l’intérêt de l’Etat. Il faut toutefois relativiser la portée de ce projet. Il n’est pas du tout comparable à la loi sur le renseignement. Ici, il s’agit plutôt de propositions qui doivent compléter le système préventif policier.

Autre domaine, la mobilité. Avec les projets de vignette électronique ou le SwissPass des CFF, on saura bientôt tout de nos déplacements…

Souvent, les prestataires de ce genre de services ne sont pas prêts à supprimer les données de leurs clients, car ils se disent – selon le credo de big data – qu’ils pourraient en avoir besoin pour un développement futur. Pour moi, c’est important de savoir ce que les entreprises cherchent à faire dans l’immédiat, et quelles sont les différentes étapes prévues ensuite. De mon côté, les choses sont claires: si les explications fournies par l’entreprise ne sont pas convaincantes, alors je demande la destruction des données.

A l’heure d’Internet, votre combat pour la protection des données n’est-il pas voué à l’échec?

Je ne pense pas que l’importance de la sphère privée a diminué parce que nous nous trouvons dans une révolution numérique. Avoir une sphère privée, c’est un besoin inhérent à l’être humain. Rappelons-nous les réactions publiques aux révélations d’Edward Snowden.

Mais cette liberté individuelle, existe-t-elle encore?

Bien sûr! Je dirais même que la révolution numérique lui donne un nouveau souffle. Internet, c’est aussi un endroit où les gens peuvent se rassembler pour réclamer ou défendre leurs droits, c’est-à-dire leur autodétermination et le respect de la sphère privée. Regardez ce qui se passe dans le monde. Les organisations qui ont le plus de problèmes avec les opinions libres sur Internet, ce sont les régimes autoritaires. Finalement, les choses n’ont pas vraiment changé avec le progrès technologique. Les gens n’aiment pas être manipulés ou surveillés par n’importe quel pouvoir, qu’il soit étatique ou économique.

Il y a aussi un besoin sécuritaire qui se fait au détriment de cette liberté…

Vous avez raison, et c’est justement là que nous entrons en jeu. Le préposé fédéral, mais aussi les préposés cantonaux, doivent sensibiliser la population. Nous devons expliquer avec des mots simples quels sont les défis en matière de protection des données, et pointer du doigt les applications qui pourraient enfreindre les libertés individuelles. (TDG)

Créé: 21.07.2016, 09h19

Les appareils intelligents, un nouveau défi

Avec l’explosion des appareils intelligents, nos données sont partout. Les gens en ont-ils conscience?

Il n’y a jamais assez de prévention. J’ai deux filles qui ont une vingtaine d’années. Je vois bien la fascination qu’exercent les nouveautés numériques. L’objectif, c’est de mettre en place différents régimes afin que chaque consommateur puisse décider en toute connaissance de cause de l’utilisation qui sera faite de ses données.

Vous avez un exemple?

Prenons les télévisions intelligentes. L’appareil enregistre vos choix, et ces données partent sur Internet. Vous pouvez vous ficher de savoir si elles seront revendues ou utilisées, ou alors vous vous dites que vous aimeriez faire reconnaître vos droits. Aujourd’hui, ce choix n’existe pas. Avec les réseaux sans fil, vous ne pouvez même pas débrancher le câble, les appareils se connectent eux-mêmes. Il faut réfléchir à des standards mondiaux, qui permettent d’offrir différentes options aux consommateurs. Il y a déjà des prémices dans la nouvelle législation européenne. Mais pour mettre cela en pratique, il faudra discuter avec les entreprises.

En fait, vous demandez plus de transparence?

Les consommateurs ont le droit d’être informés. Ils doivent savoir ce que l’on prévoit de faire avec leurs données, et quelles traces ils laissent. Les entreprises ont tout à y gagner, car les gens commencent à se méfier. Il suffit de voir le nombre de gadgets qui sont vendus pour cacher les webcams des ordinateurs ou les écouteurs.

Vous-même, vous êtes devenu plus méfiant depuis votre arrivée?

(Il rit.) Oui. Il y a des journalistes qui me posent tellement de questions sur les nouvelles applications et autres appareils intelligents que ça me fait réfléchir. Quand ma femme achète un nouvel appareil, on se demande où et comment on l’a branché.

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