Un milliard sous condition pour Sion 2026

OlympismeLe Conseil fédéral avance prudemment dans le dossier des Jeux d’hiver. Son engagement dépendra du soutien populaire des cantons concernés.

Image: Keystone

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«L’organisation de Jeux olympiques représente une chance pour le pays. Je suis convaincu des effets positifs sur la cohésion nationale et le développement économique, notamment des régions de montagne. Ça va plus loin qu’une simple manifestation sportive.» C’est par ces propos que Guy Parmelin a annoncé mercredi le soutien du Conseil fédéral à la candidature de Sion pour les JO d’hiver 2026. Il se traduit par une contribution de 1 milliard de francs.

«Les organisateurs ont fait un travail remarquable. Cette candidature obéit aux principes de durabilité»

Mais avant de parler du financement, le Vaudois a pris la peine de rappeler certains aspects du dossier. «Les organisateurs ont fait un travail remarquable. Cette candidature obéit aux principes de durabilité. Elle s’appuie sur des infrastructures existantes, et une décentralisation des sites, qui sont facilement accessibles en transports publics.» Un projet raisonnable et finançable qui n’a rien à voir avec le gigantisme d’autres candidatures. «Il répond aux exigences de l’agenda 2020 du Comité olympique.»

Lire aussi l'éditorial: Un vote national pour trancher le sort des JO

Guy Parmelin est sans conteste enthousiaste, mais il se montre aussi prudent. Le nerf de la guerre, c’est l’argent. Très vite, l’esprit de Pierre de Coubertin s’est trouvé enfermé dans la bourse, dont la Berne fédérale est plutôt frileuse à l’idée de délier les cordons. Ainsi le Conseil fédéral ne lâchera pas son milliard sans condition. Les montants ont été validés par des rapports d’experts indépendants. Et Guy Parmelin a précisé dans les moindres détails les sommes que la Confédération allait octroyer.

Sur ce total de 995 millions, la plus grande part (827 millions) est destinée à l’organisation des Jeux «qui ne pourraient se tenir sans soutien public». Les organisateurs prévoient en effet des dépenses de près de 2 milliards, alors que les recettes sont évaluées à un peu plus de 1 milliard. 31 millions seraient destinés aux infrastructures. 8 millions sont liés à la candidature. Enfin, le Conseil fédéral s’engage à soutenir 20% des coûts supportés par les forces de police cantonale pour la sécurité dans l’espace public.

Limiter la garantie de déficit

La Confédération ne prend en revanche pas en charge les coûts du village olympique ou de l’hébergement des journalistes par exemple. «Si les garanties des cantons ne sont pas données à temps pour ces installations, le projet devra être abandonné», précise d’emblée Guy Parmelin. Un autre couperet pourrait tomber lors de votations populaires dans les cantons. «S’il s’agit du refus de Fribourg où il est prévu des matches de hockey, il existe des alternatives, explique Matthias Remund, directeur de l’Office fédéral du sport. En revanche, si le Valais dit non, il n’y aurait pas de solution de rechange.» Ce canton est d’ailleurs le seul à avoir déjà annoncé - dans la foulé- la tenue d’un scrutin en juin 2018.

Le Conseil fédéral a chargé le Département fédéral des sports d’élaborer un projet qui sera mis en consultation. Un point important est à souligner. Afin d’éviter les mauvaises surprises, il devra notamment clarifier comment s’assurer que la garantie de déficit n’explose pas. Commencera alors un nouveau défi pour les porteurs de Sion 2026: convaincre une majorité du parlement.

La candidature a déjà ses soutiens, à l’image d’Olivier Français (PLR/VD). «La Suisse a un rôle à jouer dans la mutation des Jeux olympiques. Le Comité olympique veut mettre fin au gigantisme. Il y a une nouvelle philosophie, et la Suisse peut concrétiser ce tournant.» Un enthousiasme que partage le Bernois Christian Wasserfallen. Mais le vice-président du PLR reconnaît toutefois qu’une approbation des deux Chambres n’ira pas de soi. «Il y a dans tous les partis des élus qui sont favorables à cet idéal sportif, mais aussi de nombreux autres qui craignent un gouffre financier.»

«Je trouve choquant la facilité avec laquelle on trouve 1 milliard pour des Jeux, alors que le même jour le Conseil fédéral s’oppose à un congé paternité parce qu’il le trouve trop cher»

Exemple de ce clivage: le PS. Alors que le sénateur Hans Stöckli (PS/BE) défend le projet corps et âme, Mathias Reynard (PS/VS) se dit outré par la décision du gouvernement. «Je trouve choquant la facilité avec laquelle on trouve 1 milliard pour des Jeux, alors que le même jour le Conseil fédéral s’oppose à un congé paternité parce qu’il le trouve trop cher. Je ne sais pas encore si je vais dire non à ce projet. Mais il faut être conséquent. On prévoit l’année prochaine des coupes de 200 millions dans la formation. Si on n’a pas d’argent pour la formation, alors on n’en a pas pour des Jeux.»

De son côté, l’UDC juge la décision du Conseil fédéral «complètement incompréhensible» vu l’état des finances. La priorité devrait être donnée à la défense du pays, qui est compromise depuis des années, selon le parti.

Vers une votation fédérale?

Mais les plus remontés sont les Verts qui sont depuis longtemps déjà montés aux barricades. «Tout cet argent pour deux à trois semaines, ce n’est pas acceptable, alors qu’on exige des économies à tout va», réagit Lisa Mazzone, vice-présidente du parti. Et la Genevoise d’insister sur la nécessité d’une votation nationale sur ce thème. «Les Jeux auront un impact pour tout le pays, c’est donc la population dans son entier qui doit avoir son mot à dire.»

Si cette idée n’a pas les faveurs de la cote au Conseil fédéral, elle commence à faire son chemin au parlement. «La sagesse voudrait qu’on s’impose une votation, explique Olivier Français. Les Jeux sont un événement populaire qui doit être porté par le peuple. Nous ne sommes pas là pour passer en force.» (TDG)

Créé: 18.10.2017, 19h58

La délicate question de la sécurité va faire débat

Qui va payer pour assurer la sécurité autour des joutes sportives? Et pour quel montant? Parmi les nombreux points évoqués mercredi par Guy Parmelin, la question sécuritaire est des plus sensibles. Et risque de provoquer de vifs débats.

Le Conseil fédéral indique qu’il prendra en charge 20% des coûts supportés par les forces de police cantonales pour la sécurité dans l’espace public. «L’équivalent de 44 millions de francs, selon les estimations actuelles», précise Guy Parmelin. Une enveloppe à laquelle il faut ajouter 85 millions de francs pour les charges supplémentaires assumées par les organes de sécurité de la Confédération.

A en croire les estimations du Conseil fédéral, «les coûts totaux de la sécurité dans l’espace public devraient s’élever à 303 millions de francs». C’est donc le solde, qui se monte à 174 millions, que devront se répartir les cantons. Et c’est là que les tractations s’annoncent serrées. Sur le modèle sécuritaire de l’Euro 2008 et au nom de la solidarité confédérale, il pourrait être demandé à tous les cantons de contribuer à la douloureuse. Mais pas sûr, par exemple, que les Grisons, qui ont refusé un projet chez eux, voient ça de très bon œil. «Les cantons adresseront-ils la facture aux cantons hôte? C’est à eux de négocier», lâche le conseiller fédéral.

La question a été posée peu après à Roger Schneeberger, secrétaire général de la Conférence des directrices et directeurs des départements cantonaux de justice et police (CCDJP), qui renvoie à la Conférence des gouvernements cantonaux. Qui, à son tour, renvoie au CCDJP. Un cafouillage et un léger embarras qui en disent long sur les négociations qui s’annoncent.

On devrait bientôt y voir plus clair. Les services du département de Pierre Maudet, président de la Conférence latine des chefs des Départements de justice et police, indiquent que le sujet est au programme de la séance du mois de novembre.
Emmanuel Borloz

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