Les mesures antidumping ne sont plus taboues pour Cassis

Négociations Suisse-UEPour aboutir dans les négociations avec l’UE, Cassis est prêt à transiger sur les lignes rouges. La gauche hurle et l’UDC rigole.

Ignazio Cassis contredit les «lignes rouges» que le Conseil fédéral s’était fixées dans ses négociations sur un futur accord institutionnel.

Ignazio Cassis contredit les «lignes rouges» que le Conseil fédéral s’était fixées dans ses négociations sur un futur accord institutionnel. Image: Keystone

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Ignazio Cassis lance une nouvelle fois un gros pavé dans la mare politique. Après avoir remis en cause le droit au retour des réfugiés palestiniens, il détonne cette fois dans les négociations avec l’Union européenne (UE). Il se dit prêt à lâcher du lest sur les mesures d’accompagnement. Ce changement de cap important, révélé mercredi par la radio publique alémanique, a provoqué la colère de la gauche. Il contredit les «lignes rouges» que le Conseil fédéral s’était fixées dans ses négociations sur un futur accord institutionnel.

Les mesures d’accompagnement, pour faire simple, ce sont tous les règlements pris pour encadrer la libre circulation des personnes en provenance de l’UE. Il s’agit avant tout d’empêcher le dumping salarial en Suisse. Voilà pourquoi une entreprise européenne, qui veut effectuer un travail ici, doit par exemple s’annoncer aux autorités huit jours avant. Or, Ignazio Cassis vient de déclarer qu’il peut s’imaginer réduire ce délai à quatre jours et que l’annonce se fasse via une application smartphone.

«Il faut se faire violence»

Pourquoi ce changement de stratégie? Cassis constate que les mesures d’accompagnement sont devenues «presque une question religieuse pour les deux parties». Et de déclarer que, si on veut aboutir à un accord, «aussi bien l’UE que la Suisse doivent être prêtes à se faire violence pour trouver des solutions créatives». Ces déclarations font hurler les syndicats pour qui les mesures d’accompagnement, et en particulier la règle des huit jours, sont une condition sine qua non dans les négociations avec l’UE. «C’est totalement irresponsable et incendiaire de sa part, réagit le numéro deux du PS, Roger Nordmann. Si la population est d’accord de soutenir la libre circulation, c’est précisément parce qu’il y a des mesures d’accompagnement.» Selon lui, Ignazio Cassis fait trois erreurs. «Il affaiblit la position de la Suisse dans les négociations avec l’UE en annonçant à l’avance qu’il est prêt à lâcher du lest. Il contredit la position du Conseil fédéral, alors que c’est lui qui a réclamé ces lignes rouges. Enfin, il braque les partenaires sociaux.»

Certains élus se demandent s’il n’a pas parlé sans réfléchir. C’est l’avis de Kathy Riklin (PDC/ZH). «Il reste un stagiaire dans ce dossier. Avec ce genre de déclarations, il risque de perdre le soutien de la gauche. Il devrait savoir que sans le PS, il n’y a plus d’accord institutionnel. Je me demande de plus en plus s’il veut vraiment avancer sur ce dossier ou s’il essaie juste de gagner du temps, voire carrément de couler le projet.» Reste que dans les milieux libéraux, les déclarations d’Ignazio Cassis ne provoquent pas la même poussée d’urticaire. «Je n’aime pas les tabous. Avant de le crucifier au pilori, attendons de voir ce qu’il propose concrètement», explique Isabelle Chevalley (PVL/VD).

Philippe Nantermod (PLR/VS), lui, défend son ministre. «Le PLR a toujours été critique sur les mesures d’accompagnement, note le vice-président du parti. Elles entravent les entreprises, sans vraiment protéger les travailleurs. Il faudrait analyser leur efficacité avant d’en faire un dogme absolu. Et faire une pesée des intérêts entre ce qui relève de la bureaucratie et ce qui est vraiment utile.»

À l’UDC, on boit du petit-lait. Depuis quelques mois, le parti tire en effet à boulets rouges contre ces mesures, pour mieux torpiller la libre circulation des personnes et, par là, tout le dossier européen.. «Une des vertus d’Ignazio Cassis est de parler vrai, alors que son prédécesseur cultivait le flou, analyse Yves Nidegger (UDC/GE). Si on veut un accord institutionnel, alors on accepte de reprendre les règles de l’UE qui ne prévoient pas de mesures d’accompagnement. La gauche découvre enfin qu’elle ne peut pas avoir le beurre et l’argent du beurre. Si elle veut un accord institutionnel, elle doit trahir les travailleurs.»

Faut-il soutenir encore la politique européenne du Conseil fédéral ou se rallier à l’UDC dans le camp des opposants? Le dilemme devient cornélien à gauche. «Est-ce que cette situation nous arrange? Oui, bien sûr», sourit Yves Nidegger. Le DFAE a démenti mercredi soir que les déclarations de Cassis soient un changement de cap. «Le Conseil fédéral a établi des lignes rouges, toujours valables». Comprenne qui pourra. (TDG)

Créé: 13.06.2018, 19h56

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