«Les mesures d'accompagnement sont une catastrophe»

Relations Suisse-UEL'UDC livre un lourd réquisitoire contre les effets de la libre circulation des personnes. A la manœuvre, Magdalena Martullo-Blocher.

La conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR) est à la tête du groupe EMS Chemie.

La conseillère nationale Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR) est à la tête du groupe EMS Chemie. Image: Keystone

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La semaine est cruciale pour la politique européenne de la Suisse. Mercredi, le Conseil fédéral devrait définir sa stratégie, alors que les tensions sont palpables avec Bruxelles. Le lendemain, le nouveau ministre des Affaires étrangères Ignazio Cassis a convié les médias à l’occasion de ses cent jours. Le timing est parfait pour l’UDC. Elle dénonce ce mardi les effets pervers de la libre circulation sur l’économie. Chiffres à l’appui, le parti fustige les mesures d’accompagnement censées protéger les travailleurs du dumping salarial. Les syndicats en prennent aussi pour leur grade. Interview de Magdalena Martullo-Blocher (UDC/GR).

Quelles conséquences tirez-vous de la libre circulation?
La libre circulation n’a pas conduit à un marché du travail plus libéral; au contraire, elle l’a davantage réglementé. Avant 2002, la Suisse avait la protection des frontières. Ces dernières ne s’ouvraient que pour les besoins de l’économie. Depuis, le marché du travail est devenu tellement accessible qu’il a fallu de nouvelles réglementations: les mesures d’accompagnement. Les salaires sont de plus en plus contrôlés, on réduit la marge de manoeuvre des entreprises. Introduites en 2004, ces mesures tuent peu à peu notre système libéral.

Plus que la libre circulation, vous fustigez donc les mesures d’accompagnement...
Elles sont une catastrophe pour l’économie. Et on ne pourra revenir en arrière que si on renégocie la libre circulation, ou si on l’abandonne. C’est aussi pour cela que je ne voudrai jamais d’un accord institutionnel. S’il devait être adopté, ce sont les règles de l’UE qui s’imposeraient pour notre marché du travail. Ça détruirait notre démocratie directe.

Vous dénoncez aussi un diktat des syndicats. Pourquoi?
Avec la libre circulation s’est posée la question de la sous-enchère salariale. Ce qui est logique compte tenu des différences entre la Suisse et certains pays limitrophes comme l’Italie ou la France. Pour y faire face, l’État a mis en place ces mesures d’accompagnement. Ainsi ont débarqué les conventions collectives de travail (CCT) et les commissions paritaires, ou tripartites s’il n’y a pas de CCT. Tout cet arsenal à considérablement renforcé le pouvoir des syndicats. Aujourd’hui, ils ne représentent que 15% des employés, mais décident pour 50% d’entre eux. Le système les a enrichis, de façon opaque. Plus leur pouvoir croît, et plus ils engrangent des cotisations. Ce qui me gêne aussi, c’est que les syndicats profitent du chômage et de la main-d’œuvre étrangère pour se renforcer.

C’est une attaque en règle contre les syndicats…
Oui et contre les politiques qui ont laissé faire. En 15 ans, les syndicats ont réussi à prendre le pouvoir, sans qu’ils soient vraiment légitimes. Ils ne sont élus par personne, et s’imposent dans plus en plus de branches, tout en voyant à la hausse leurs revendications, quitte à user d’action de protestation. Je ne suis pas d’accord de leur donner tellement d’argent, de pouvoir et d’influence politique.

Faut-il une dérégulation massive du marché du travail?
Notre but est de démontrer, où nous mènent les mesures d’accompagnement. Alors que la Suisse a fait de sa flexibilité du travail un atout, on est en train de détruire cet avantage. A force de tout réglementer, on cherche une unification nuisible pour la place économique. (TDG)

Créé: 30.01.2018, 14h58

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