Quels médicaments les femmes enceintes peuvent-elles prendre?

SantéQuels sont les effets d’un traitement sur le fœtus? Une étude européenne, à laquelle la Suisse participe, veut combler les lacunes.

Souvent, les notices déconseillent les traitements aux femmes enceintes. L’étude veut préciser les possibilités thérapeutiques.

Souvent, les notices déconseillent les traitements aux femmes enceintes. L’étude veut préciser les possibilités thérapeutiques. Image: GETTY

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Quels médicaments les femmes enceintes ou celles qui allaitent peuvent-elles prendre? La question préoccupe le public et, pour les experts, la réponse n’est pas simple à donner. «C’est un problème de santé publique qui dure depuis des décennies», regrette Alice Panchaud, pharmacienne clinicienne au CHUV et chercheuse à l’École de pharmacie Genève-Lausanne. Une étude européenne, à laquelle elle participe, veut fournir des éclaircissements.

Données lacunaires

Pour des raisons éthiques, les femmes enceintes sont en général exclues des essais cliniques sur les médicaments, sauf si les traitements leur sont destinés. «Ce n’est pas non plus un marché intéressant puisque cela ne concerne que peu de patientes, précise Alice Panchaud. Et en termes d’image, il n’est probablement pas avantageux pour une firme qu’un médicament soit déclaré tératogène (ndlr: qui provoque des défauts chez le fœtus).» Résultat: les données sur la sécurité et l’efficacité des traitements pour ces patientes sont lacunaires.

Des informations proviennent de femmes qui ont pris des traitements avant de savoir qu’elles étaient enceintes ou qui y sont contraintes car elles ont une maladie chronique. Ces observations posent toutefois deux problèmes: les chercheurs ne peuvent pas sélectionner les «cobayes», et il est difficile d’avoir suffisamment de cas pour en tirer les conclusions nécessaires.

L’étude européenne vise à contourner la deuxième difficulté. Il s’agit de mettre en commun les données déjà obtenues, notamment par certains hôpitaux ou assurances, et d’en générer d’autres.

Large collaboration

Le projet est de taille. Parmi les 52 partenaires publics et privés, on trouve des universités, des hôpitaux, des fabricants, l’Agence européenne des médicaments ou encore des organisations de santé publique issues de 22 pays. Ce consortium nommé ConcePTION a reçu en avril une subvention de 28 millions de francs du programme européen Horizon 2020, et la collaboration va durer cinq ans.

Dans un premier temps, cinq médicaments et leurs effets sur la femme enceinte ou allaitante vont être étudiés. Il s’agit notamment d’un antidépresseur, d’un anti-inflammatoire biologique, d’un antiallergique ou encore de traitements contre le diabète et les infections post-partum. «C’est une première étape pour prouver la faisabilité d’une mise en commun de données mais l’objectif est de poursuivre avec de nombreux autres médicaments. Nous voulons offrir davantage de possibilités de traitement et pouvoir enfin rassurer les patientes enceintes ou qui allaitent», ajoute Alice Panchaud, dont la mission est de coordonner des études sur le lait maternel de femmes sous traitement.

80% des femmes concernées

Il faut dire que le sujet est important. Durant leur grossesse, huit femmes sur dix doivent prendre un médicament. Des drames ont marqué les esprits et la méfiance est de mise. Et si on lit la notice du fabricant, la plupart des traitements sont déconseillés aux femmes enceintes ou qui allaitent, pour des raisons légales. Dans ces conditions, celles-ci ont peur de se soigner. «Beaucoup se sentent coupables et ont le sentiment de devoir choisir entre leur santé et celle de leur enfant. Et trop souvent, la peur est au centre des choix thérapeutiques», commente Alice Panchaud, qui leur fournit des conseils dans le cadre d’une consultation ouverte en mars au CHUV.

De nombreuses patientes vont renoncer à un médicament ou ne le prennent pas complètement. Or, les maladies peuvent, elles aussi, se révéler dangereuses. Un diabète mal contrôlé peut par exemple entraîner des malformations chez le nouveau-né. Un fœtus peut manquer d’oxygène en raison d’une crise d’asthme, ou une infection urinaire mal soignée risque de dégénérer en infection rénale.

Durant la grossesse ou l’allaitement, les prescriptions se font souvent en dehors des indications officielles (utilisations off label). Pour guider les médecins, les professionnels se sont regroupés en réseaux de tératovigilance, en Suisse et en Europe. Des hôpitaux comme le CHUV et les HUG ont aussi des consultations destinées aux professionnels. L’étude européenne les aidera-t-elle? C’est bien là tout l’espoir.

Créé: 21.07.2019, 20h59

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