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Le mécanicien accusé d'avoir brûlé un signal accable les CFF

Le procès du conducteur du train à l’origine de la collision ferroviaire qui avait fait un mort et une vingtaine de blessés en 2013 à Granges-Marnand s’est ouvert mardi à Yverdon.

Les trains accidentés ont dû être mis au rebut.
Les trains accidentés ont dû être mis au rebut.
Reuters
Mercredi 31 juillet, la police cantonale a annoncé qu'aucune victime ne se trouvait encore coincée dans la ferraille. Les pompiers ont découpé toute la nuit la tôle de la locomotive la plus accidentée amenée à Yverdon pour arriver à cette conclusion.
Mercredi 31 juillet, la police cantonale a annoncé qu'aucune victime ne se trouvait encore coincée dans la ferraille. Les pompiers ont découpé toute la nuit la tôle de la locomotive la plus accidentée amenée à Yverdon pour arriver à cette conclusion.
Keystone
Une dame et son enfant marchent sur le lieu de l'accident entre deux trains.
Une dame et son enfant marchent sur le lieu de l'accident entre deux trains.
Keystone
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«Je le revois dans ma tête, pour moi, le feu était au vert, c’est sûr. S’il avait été au rouge, je ne serais pas parti.» Ce n’est pas la moindre des contestations soulevées par le mécanicien du train à l’origine de la dramatique collision ferroviaire survenue le 29 juillet 2013 sur la ligne de la Broye à Granges-Marnand.

Il s’était fait porter pâle à l’ouverture de son procès en mai 2017. Un médecin avait attesté que la pression psychologique était telle qu’il n’était pas en état de comparaître. L’audience avait été renvoyée. Mardi, c’est un homme plus en colère qu’en déprime, bien décidé à se défendre, qui répondait d’homicide par négligence devant le Tribunal d’Yverdon.

Conducteur chevronné, ce Vaudois âgé d’une cinquantaine d’années est accusé d’avoir brûlé le signal qui devait le maintenir en gare dans l’attente du croisement avec le convoi arrivant en sens inverse. L’examen de l’installation lumineuse atteste d’un bon fonctionnement? Il y croit à moitié, répond avoir été peut-être trompé par un reflet, un flash, un laser ou une défectuosité temporaire. Mais il y a plus.

Conforté par la déposition de trois de ses collègues, il considère que la véritable responsabilité de ce drame découle des mesures d’économie des CFF et d’un laxisme en matière d’équipement de sécurité sur les lignes secondaires. De fait, l’enquête avait examiné la question, à la demande du Tribunal cantonal. Puis le procureur avait fini par classer ce volet de l’affaire. Le magistrat était parvenu à la conclusion que rien ne permettait de poursuivre pénalement l’ex-régie. Il avait considéré que les normes en vigueur à l’époque étaient respectées tant en matière de signalisation que de matériel roulant. Aucun recours n’a été déposé contre cette décision.

«On avait remplacé la sécurité par des «Faites gaffe!» Le contrôle des départs était insuffisant»

«La gare de Granges-Marnand était connue pour son manque de sécurité au niveau des croisements, s’emporte le prévenu. On avait remplacé la sécurité par des «Faites gaffe!» Le contrôle des départs de train était insuffisant. Le chef de trafic n’était pas formé pour couper le courant en cas d’urgence. S’il l’avait été, l’accident ne se serait pas produit. De plus, il n’y avait pas de dispositif déclenchant une alarme en cas de franchissement d’un signal fermé.»

Très remonté, le mécanicien ajoute que la situation était d’autant plus délicate qu’il ignorait devoir croiser un convoi dans cette gare: «Depuis 2000, les CFF ont décidé que nous n’avions plus à être informés des endroits de croisement. Pour moi, le prochain croisement devait avoir lieu à Moudon et j’étais en retard, ce qui est stressant et vaut tout de suite d’être contacté pour en connaître la raison.»

Pour l’un des trois conducteurs de train venus témoigner de l’état du réseau à l’époque, Granges-Marnand était «l’un des points les plus dangereux en Suisse romande». Comme ses autres collègues, celui-ci admet qu’il lui est arrivé de démarrer sur quelques mètres au cours de sa carrière devant un signal fermé, «à chaque fois dans des gares où il n’y a plus de personnel, où on est seul à gérer face à la clientèle». «A Granges-Marnand, poursuit le témoin, il y avait un chef de circulation pour tourner les aiguillages, mais sa mission n’était pas de donner le départ.»

Le cauchemar du mécano

Pour cet autre conducteur expérimenté interrogé à la demande du prévenu, «partir au rouge, c’est le cauchemar du mécano. Il m’arrive de rêver de ce genre de situation quand je suis malade au fond du lit.» Et de déplorer un travail à ses yeux de plus en plus monotone: «On fait jusqu’à une centaine d’arrêts par jour, souvent toujours sur la même ligne, ce qui peut engendrer une routine dangereuse.» Il se souvient que «cette année-là on avait eu plusieurs fois de la chance mais on ne peut pas toujours compter sur elle».

L’accident avait marqué les esprits. Le conducteur parti trop tôt de Granges-Marnand se retrouva 28 secondes plus tard face au RegioExpress en provenance de Lausanne, au détour d’une courbe à la vue masquée par des wagons-citernes stationnés. Le choc frontal fut inévitable. Le mécanicien distrait eut plus de chance que son jeune collègue, un Français âgé de 24 ans, retrouvé mort dans le poste de pilotage.

Le procureur Stephan Johner refuse d’entrer dans une polémique mettant en cause les CFF. «C’est comme si on voulait poursuivre l’Etat quand on a commis une faute sur la route», lance-t-il. Il observe que si l’endroit était connu pour être dangereux, il incombait aux mécaniciens de faire d’autant plus attention: «Les conducteurs de train sont sans doute sous pression, mais il y a un moment où il faut savoir assumer sinon changer de métier.» Quant à la sécurité du rail en Suisse, le magistrat indique que le nombre de personnes tuées a été divisé par deux depuis 1990, qu’il devrait même être divisé par trois si l’on tenait compte de l’augmentation du trafic.

Stephan Johner a finalement requis 80 jours-amendes avec sursis contre le prévenu tout en déplorant son manque d’introspection malgré le temps écoulé. «Tous les éléments étaient réunis pour obtenir un cocktail désastreux, mais aucun ne peut lui être impliqué», a plaidé son avocate, Me Tiphanie Chappuis. Verdict mardi prochain.

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