Gilles Marchand au front pour le service public

PortraitLe patron de la RTS se retrouve en première ligne dans le débat sur l’initiative «No Billag». Portrait.

Gilles Marchand est patron de la TSR depuis 2001. La radio s'y est ajoutée en 2010. Image: RTS/CHRISTIN Philippe

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C’est le numéro un romand de la SSR. Gilles Marchand, patron de la RTS, sera particulièrement présent sur la scène publique ces prochains mois. Il se battra contre l’initiative «No Billag», pour laquelle le Conseil fédéral a livré son message hier. Il suit déjà comme son ombre Roger de Weck, le patron de la SSR, lors des débats sur la mission et les limites du service public. Selon la NZZ am Sonntag, il est même pressenti pour monter sur la plus haute marche après Roger de Weck, qui atteindra l’âge de la retraite en 2018. L’information, toutefois, n’est pas confirmée.

Gilles Marchand, c’est d’abord une tête de bande dessinée à la Franquin. Fils d’éditeur, il a toujours été proche du papier et des médias, sans jamais être journaliste. Né en 1962 à Lausanne, il a passé ses premières années à Paris. Après des études en sociologie, il rejoint en 1988 la Tribune de Genève, comme responsable des études lecteurs. Dès 1993, il s’occupe de la recherche et du marketing chez Ringier Romandie, dont il prend la direction en 1998.

«Nous avons besoin de quelqu’un pour défendre la minorité romande»

En 2001, il devient directeur de la Télévision suisse romande. C’est un événement car la grande maison n’a pas l’habitude de choisir un chef issu du privé. En 2010, il ajoute la radio à son tableau de chasse. Ce père de deux enfants se lance rapidement dans le vaste chantier de la convergence des deux médias, radio et télévision. Il adopte aussi une position offensive dans le développement du numérique. Côté projet, retenons le déplacement du siège de la radio à Lausanne sur le site de l’Ecole polytechnique fédérale. Un pari novateur pour mettre son média au cœur des évolutions technologiques. Mais cela lui vaut aussi des critiques sur les moyens disproportionnés dont jouirait le service public.

«Réinventer le métier»

Le journaliste Jean-Jacques Roth, qui a dirigé l’actualité à la RTS sous son autorité, le décrit comme un homme direct, qui a une «manière saine d’envisager les relations de travail», sans entrer dans le chantage affectif. Ses capacités de synthèse et de travail sont généralement reconnues. Son côté direct et sympa également. A l’heure du bilan, Fathi Derder, conseiller national (PLR/VD) et ancien journaliste à la RSR, note «le décalage entre notre radio-télévision et celle des Alémaniques, beaucoup plus vieillotte». En clair, les Romands et leur patron sont plus innovants. «Gilles Marchand est attentif aux nouveaux formats, étaie le Vaudois. Il a une vision des médias et une volonté de réinventer le métier.»

A l’interne, tous ne partagent pas cet avis. Certains décrivent un manager certes habile mais qui ne fait pas autorité sur l’articulation et le développement de l’info. En 2016, le grand patron a aussi dû supprimer 75 postes. Willy Knöpfel, secrétaire du Syndicat suisse des médias à Genève, estime néanmoins qu’il a été «correct», notamment en annonçant rapidement, à fin 2015, qui serait touché par un licenciement ou une retraite anticipée. Et en cherchant des solutions dans les cas difficiles.

Qu’il devienne ou pas le grand patron, Gilles Marchand devra affronter d’autres tourmentes. La SSR est en conflit avec les médias privés concernant l’utilisation d’Internet et la publicité. La taille et le coût de la société sont aussi critiqués, de façon particulièrement vive en Suisse alémanique. Le débat va encore croître, puisque les Suisses devraient voter en 2018 sur l’initiative «No Billag».

Si Gilles Marchand succède à Roger de Weck, il aura fort à faire. Il lui faut rapidement booster son allemand, son point faible à l’heure actuelle. Et puis, il devra démontrer que sa nomination n’est pas une cooptation intra-SSR pour que rien ne change. Un Romand dans ces conditions n’est-il pas une cible trop facile? «Nous avons besoin de quelqu’un pour défendre la minorité romande, répond Fathi Derder. Ensuite, dans le débat sur la redevance, le fait que le directeur général soit Romand ou pas ne changera rien.»

Collaboration: Arthur Grosjean

(TDG)

Créé: 19.10.2016, 21h22

Initiative populaire «No Billag»

Un rejet fédéral expéditif

Le Conseil fédéral n’a pas fait de quartier. Il a sèchement rejeté hier l’initiative «No Billag», qui veut complètement supprimer les redevances pour les programmes de radio et de télévision. Il n’a même pas pris la peine d’envoyer devant la presse la ministre Doris Leuthard pour commenter cette décision. Pas question non plus d’élaborer un contre-projet à l’initiative.

Dans son message d’une quarantaine de pages, le gouvernement justifie son refus par les conséquences néfastes entraînées par l’initiative: «Le service public dans les médias électroniques disparaîtrait. L’existence même de nombreux diffuseurs actuels serait remise en question. De plus, la diversité des opinions et de l’offre à la radio et à la télévision serait réduite. Difficile aussi dans ces conditions de garantir un journalisme de qualité.» Le Conseil fédéral évoque encore les suppressions d’emplois et la part toujours plus grandissante que prendraient les télévisions étrangères. Ces dernières atteignent déjà une part de marché de 65%, contre 35% pour les diffuseurs suisses publics et privés.

Le gouvernement s’autorise cependant une petite pique envers la SSR. Il note, comme ne cesse d’ailleurs de le répéter le président des éditeurs suisses Pietro Supino, que la SSR jouit de «distorsions de la concurrence» avec notamment une redevance annuelle qui lui apporte plus de 1,3 milliard de francs. Mais il s’empresse de justifier ces «privilèges» (sic) par la mission impérative de service public qui lui est assignée par les élus.

AR.G.

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