Un manuel contesté au cœur du conflit des langues

SuisseLa méthode d’enseignement du français en primaire est critiquée dans plusieurs cantons.

Depuis son introduction, en 2011, l’ouvrage Mille feuilles a suscité une pluie de critiques.

Depuis son introduction, en 2011, l’ouvrage Mille feuilles a suscité une pluie de critiques. Image: Keystone

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Le mot «percnoptère» ne vous dit rien? Un écolier soleurois pourra sans doute vous éclairer: un percnoptère est une sorte de vautour peuplant les régions méditerranéennes. En Suisse alémanique, l’animal est aussi devenu le symbole du mécontentement contre une méthode d’enseignement du français comme langue étrangère. Mille feuilles, c’est son nom, est utilisée à Soleure, Bâle-Ville, Bâle-Campagne, Berne, en Valais et à Fribourg, où les premiers cours de la langue de Molière démarrent en 3e.

Le manuel promet de plonger les élèves du primaire dans «un bain de français» en reléguant la grammaire au second plan et en mettant l’accent sur l’expression orale. Mais depuis son introduction, en 2011, c’est une pluie de critiques qu’il suscite. Parents, enseignants et politiques le jugent trop compliqué, peu adapté, à l’image du vocabulaire animalier qu’il fait découvrir aux petits Alémaniques.

C’est à Bâle-Campagne que la contestation est la plus vive. Le comité pour «Une école forte» estime que Mille feuilles démotive et frustre les écoliers. Il a lancé une initiative populaire visant à l’envoyer aux oubliettes. Le texte a été déclaré recevable le mois dernier. En même temps qu’une autre initiative populaire du même groupe, qui réclame cette fois la suppression de l’enseignement d’un second idiome étranger en primaire. Comme dans les autres cantons alémaniques où sévit a guerre des langues, la surcharge des élèves est invoquée. Mais contrairement à la tendance à l’est du pays, c’est l’anglais qu’on veut repousser au secondaire. «Nous partageons une frontière avec la France et sommes conscients de l’importance d’apprendre cette langue tôt. Mais il faut repousser l’anglais et disposer d’une meilleure méthode», affirme Jürg Wiedemann, député Vert au Grand Conseil.

Face aux critiques, l’éditeur du matériel pédagogique a apporté des modifications. Pas assez pour calmer la contestation. Le Conseil d’Etat de Bâle-Campagne doit se prononcer sur les initiatives. Le peuple pourrait trancher au printemps 2018.

A Bienne, l’enseignant Alain Pichard, tire lui aussi à boulets rouges sur Mille feuilles, notamment sur son approche «constructiviste». «On ne peut pas corriger les enfants lorsqu’ils font des erreurs. Ils doivent trouver la règle eux-mêmes. Résultat: en 7e, ils ne savent plus rédiger une simple lettre alors qu’ils suivent des cours de français depuis quatre ans.» L’élu rapporte le cas de nombreux profs à s’être écartés de la méthode, à l’avoir adaptée ou abandonnée.

Prof en ville de Berne, Sandra Fontanelli a eu des doutes sur le manuel. Pourquoi apprendre des mots comme tapoter ou scotcher avant de savoir conjuguer les verbes être et avoir? Le scepticisme s’est estompé. «Je remarque que mes élèves ont le courage de s’exprimer. Ils ont appris au contact de textes que je pensais trop difficiles.»

Moins de bruit à l’est

A l’est de la Reuss, les assauts contre l’enseignement précoce des langues sont nettement plus virulents que dans les cantons qui ont adopté Mille feuilles. Les méthodes d’enseignement n’y font cependant pas grand bruit. En Thurgovie, à Zurich ou à Lucerne, notamment, on évoque des préoccupations plus importantes s’agissant de la qualité de l’enseignement du français. «Une meilleure méthode pourrait améliorer la situation, mais elle ne fera pas de miracles. Ce dont nous avons besoin, c’est d’un nombre plus élevé de périodes et de classes plus petites», affirme Annamarie Bürkli, présidente du syndicat des enseignants de Lucerne. En septembre, les citoyens du canton se prononceront sur une initiative visant à ne conserver qu’une seule langue étrangère au secondaire, le français ou l’anglais.

Dans le canton de Zurich, le peuple vient de voter non contre une telle option. Cet été, le manuel Dis donc! fera son entrée pour remplacer Envol, méthode utilisée dans une majorité de cantons et considérée comme dépassée. Au département de l’école obligatoire, on voit dans l’introduction du nouvel outil une «chance» d’améliorer la qualité de l’enseignement du français. (TDG)

Créé: 14.06.2017, 09h23

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