La malédiction du coucou suisse

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C’est agaçant, mais c’est comme ça. À l’étranger, la Suisse est aussi dénigrée qu’admirée. Dans «La Suisse mise à nu» qui vient de sortir, la journaliste irlandaise Clare O’Dea le confesse: son livre est une «vaine tentative de lever la malédiction du coucou» (le titre d’abord envisagé pour cet ouvrage publié en anglais, il y a deux ans). Les bucoliques montagnes d’Heidi cachent des zones d’habitat urbain très denses. Et le désuet coucou masque des produits de haute technologie «Swiss made». Comment la Suisse a-t-elle pu s’attirer autant de poncifs? Et sont-ils justifiés?

Le Suisse serait ennuyeux. Mais si le Suisse ennuie, ce n’est pas au lit!

En démontant la mécanique de dix «mythes», l’auteur raconte les paradoxes helvétiques, se faisant tout à la fois procureur et avocat, appelant à la barre les témoins de la défense et de l’accusation, les faits et statistiques qui démentent ou confirment des vues de l’esprit.

Commençons par celle-ci: «Les Suisses sont riches». L’auteur imagine la chanteuse d’origine américaine Tina Turner, devenue Suisse en 2013, invitant mille convives représentatifs de la population dans sa luxueuse villa dominant le lac de Zurich. «Acid Queen» serait alors la seule grande fortune de l’assemblée (plus de 100 millions de dollars) au milieu de 135 invités millionnaires. Ces derniers seraient même un peu plus aujourd’hui, selon l’étude «World Wealth Report» de Capgemini, qui chiffre leur nombre actuel à 389 000. Parmi les convives, il y aurait aussi 77 pauvres. En 2012, un Suisse sur 13 vivait sous le seuil de pauvreté (moins de 2247 francs). En 2016, il y en a un sur 7! Sur ces mille invités, 660 seraient locataires et 340 propriétaires. 500 auraient en poche des clés de voiture, 85 posséderaient une résidence secondaire et 913 pourraient s’offrir des vacances au moins une fois par an. Quand un Britannique sur trois n’a pas les moyens de partir une seule semaine.

La Suisse est donc riche mais elle est également chère. Ses citoyens sont pourtant des champions de la consommation et de l’épargne en Europe (171 000 francs en moyenne). Cette prospérité, la Suisse la doit à son secteur bancaire, à sa neutralité, à son travail de qualité et à son inventivité saluée par un record de brevets et 28 Prix Nobel… Seulement voilà: le Suisse serait aussi ennuyeux. Vraiment? Plein de civilité, calme et plutôt discret, le Suisse est heureux. Or le bonheur, ce n’est pas toujours palpitant. Certes, il décide de sa vie (vive la démocratie directe), vit bien, en paix, mais souffre du trop-plein de règlements de son pays. Clare O’Dea se rassure en observant que la Suisse détient aussi la palme de la satisfaction sexuelle avec 103 rapports par an (contre 85 aux États-Unis). Si le Suisse ennuie, ce n’est pas au lit.

On lui reproche de ne pas être accueillant. Être naturalisé suisse est, c’est vrai, difficile et coûteux. Pourtant, un Suisse sur quatre a des origines étrangères! Et le pays accueille proportionnellement plus d’immigrés que les États-Unis! Cependant, un tiers des Suisses pratique une xénophobie douce par le biais de grossiers stéréotypes. Et puis, il y a quand même eu sept initiatives sur l’immigration, l’asile ou les criminels étrangers ces dix dernières années. Ces contradictions parmi d’autres brossent un tableau élogieux, documenté et nuancé tout en démontant ces maudits coucous, d’ailleurs nés en Allemagne, avant de faire leur nid à Brienz.

«La Suisse mise à nu. Un peuple et ses dix mythes» Clare O’Dea, 2018, Éditions Helvetiq. (TDG)

Créé: 27.06.2018, 16h57

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