Les maisons sont mieux isolées mais on y respire moins bien

HabitatLa qualité de l’air en intérieur est moins bonne dans les bâtiments rénovés. La population doit être sensibilisée.

Le label Minergie ne garantit pas toujours un air pur. Un bon système d'aération est nécessaire. Image: Keystone

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C’est le grand paradoxe de l’habitat moderne: nos bâtisses, toujours mieux isolées, sont plus économes en énergie. Revers de la médaille: l’air de nos intérieurs se renouvelle moins et se détériore. Lancé par le centre romand de la qualité de l’air et du radon (croq­AIR) et soutenu en autres par l’Office fédéral de la santé publique (OFSP), le projet Mesqualair vise à sensibiliser la population sur la question. Se basant sur une étude regroupant 650 bâtisses neuves et rénovées de toute la Suisse romande, les scientifiques dressent un constat mitigé: il y a des efforts à faire. «La qualité de l’air est un véritable enjeu de santé publique», martèle Joëlle Goyette Pernot, responsable du projet et déléguée radon de l’OFSP pour la Suisse romande. Les chercheurs ont analysé la présence de trois principales familles de polluants couramment présents dans nos maisons: le radon, les moisissures et les composés organiques volatils (COV), qui peuvent avoir à long terme des effets néfastes sur la santé, entre cancer des poumons et maladies respiratoires. lire ici

Les analyses démontrent que la quantité de radon ne dépasse en général par les normes indiquées par l’OFSP. Quelque 11% se retrouvent au-dessus de la moyenne. Bien sûr, la nature du sol représente un facteur important. La Suisse romande – en particulier l’arc jurassien et certaines parties du Valais – s’étend sur un terrain qui présente des valeurs supérieures au reste de la Suisse. Nonobstant ce facteur, le fait que des maisons rénovées et neuves se retrouvent au-dessus des valeurs de référence témoigne d’un autre problème. «Le radon est un gaz qui provient du sol. Lorsque l’on rénove une maison, il faut vraiment penser à sa première voie d’entrée dans le bâtiment: les défauts d’étanchéité des surfaces en contact avec le terrain, comme les fissures dans la dalle et les murs, les drains ou les entrées de réseaux. Ce n’est aujourd’hui pas fait automatiquement», regrette Joëlle Goyette Pernot.

Aération indispensable
Les maisons neuves, et surtout celles bâties selon le label Minergie, sont plus étanches et devraient donc être moins perméables au radon. Mais le gaz s’y accumule parfois aussi. «Le label Minergie ne garantit pas systématiquement une parfaite étanchéité à l’air, donc une bonne protection, souligne Joëlle Goyette Pernot. Un bon système de renouvellement de l’air est indispensable.»

Le constat est le même pour les moisissures et les COV. Les premières sont particulièrement présentes dans les maisons rénovées entre 1975 et 1999. A l’époque, on isolait de façon différente. On installait du double vitrage, on colmatait au maximum les fenêtres sans pour autant s’occuper des parois et des aérations. Résultat: les polluants passent mais l’air, qui auparavant filtrait par les vieilles fenêtres, se renouvelle moins bien. «Cela provoque une accumulation d’humidité qui favorise le développement des moisissures, explique la spécialiste. C’est particulièrement le cas dans la chambre à coucher, où l’on passe un grand nombre d’heures sans pour autant prendre le temps d’aérer au réveil.»

La clé, c’est l’aération, répète Joëlle Goyette Pernot. «Pour les COV, on a remarqué que les polluants contenus dans les parfums d’ambiance étaient souvent présents. Mais il ne faut pas oublier que cela n’est pas parce que l’on change l’odeur de son espace que l’air se renouvelle. Rien ne remplace une fenêtre ouverte. Ce sont des gestes simples mais qui ne sont pas toujours automatiques.»

Et même si l’aération d’un bâtiment moderne a été correctement installée, encore faut-il savoir l’utiliser correctement. «Il faut faire en sorte que le locataire qui emménage dans une maison soit informé», précise encore Joëlle Goyette Pernot, qui insiste: locataires, propriétaires mais aussi architectes et constructeurs doivent être sensibilisés sur la question.

«Pour les locataires et les propriétaires, il est important de réaliser que le radon ne peut se détecter qu’avec la mesure. Cela nécessite peu de moyens et c’est essentiel. Quant aux constructeurs, ils doivent prendre en compte la question du radon avant la conception du bâtiment ou sa rénovation. Le radon est l’un des problèmes de la qualité de l’air intérieur les plus simples à résoudre, grâce à une gestion adéquate de l’étanchéité. Par contre, on ne peut jamais complètement garantir le plein succès d’un assainissement.»

Plus d’infos sur le site de l’OFSP

Créé: 14.02.2017, 17h41

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Poumons en danger


Le radon est un gaz radioactif naturel, généré par l’uranium contenu naturellement dans le sol. Considéré comme la substance naturelle la plus dangereuse en intérieur, il s’infiltre dans les bâtiments si les conditions le permettent. Inhalé en trop grande quantité, il irradie fortement nos poumons et peut être à l’origine de cancers. Le radon est la première cause de cancer des poumons chez les non-fumeurs (2e pour les fumeurs et les ex-fumeurs). En Suisse, le gaz cause 200 à 300 décès par an, soit 8 à 10% des cancers du poumon.

Les moisissures causent des irritations des yeux, de la peau, des voies respiratoires et peuvent aller jusqu’à provoquer des allergies. Elles peuvent être à l’origine du développement de diverses pathologies respiratoires, notamment de l’asthme ou des bronchites chroniques. La présence de moisissures peut être extrêmement dangereuse pour les personnes souffrant de certaines maladies telles la mucoviscidose, l’asthme chronique ou pour celles dont le système immunitaire est affaibli.

Les composés organiques volatils (COV) regroupent plusieurs familles chimiques provenant de nombreuses sources: trafic routier, matériaux de construction (peintures, colles, résines), fournitures (meubles, revêtements de sols), produits ménagers et même tabagisme.

Les COV provoquent des irritations des yeux ou de la gorge, des nausées et des maux de tête à court terme. A long terme, ils peuvent provoquer des maladies telles que le cancer ou des dommages au foie, aux reins ou au système nerveux central.

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