Les logiciels espions des polices soulèvent un tollé

SurveillancePlusieurs polices cantonales usent de système permettant de s’infiltrer dans les téléphones et les ordinateurs.

L’entreprise milanaise Hacking Team, qui vend des logiciels espions, a été récemment hackée.

L’entreprise milanaise Hacking Team, qui vend des logiciels espions, a été récemment hackée. Image: Capture écran YouTube

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Il s’agit d’une information sur laquelle la police cantonale zurichoise n’avait pas envie de communiquer. En début d’année, elle a fait l’acquisition du logiciel espion «Galileo», un programme dit «cheval de Troie» permettant de s’infiltrer dans les téléphones portables. Messages, photos, vidéos, adresses ou contacts contenus dans un natel n’ont plus de secret pour la personne qui utilise pareil outil – et ce sans que son propriétaire ne s’en aperçoive.

Or l’entreprise milanaise Hacking Team, qui vend ces logiciels, a elle-même été récemment hackée. Toutes les données de ses clients se sont ainsi retrouvées à disposition des internautes, dont une facture de 486'500 euros, datée du 24 décembre 2014, adressée à la police zurichoise pour l’achat de «Galileo». Un document retrouvé et rendu public lundi par la radio-télévision suisse alémanique, provoquant un véritable tollé à Zurich. «La police cantonale et Mario Fehr (ndlr.: conseiller d’Etat socialiste) sont hors de contrôle! s’insurge le Parti pirate zurichois. Une scandaleuse expansion cachée de la surveillance.»

Les réactions ont été d’autant plus virulentes que la fameuse facture se perd au milieu de la liste des clients de l’entreprise italienne, dont les polices de pays comme l’Arabie saoudite, le Kazakhstan ou le Soudan. Des Etats qui ne brillent pas spécialement par leur respect de la démocratie et des droits humains.

Les Romands aussi

Parmi ces données volées, 24heures a pu retrouver des échanges de mails datant de l’automne 2011 entre Hacking Team et des collaborateurs des polices cantonales de Genève et de Vaud. «J’ai l’autorisation depuis une semaine d’aller plus loin et de consulter des offres, peut-on lire dans une missive rédigée par un analyste vaudois. Nous sommes intéressés par un système qui pourrait surveiller n’importe quel type de cible (ordinateur, téléphone).»

«Il est vrai que dans le cadre de la lutte informatique nous nous tenons au courant des évolutions technologiques. C’est dans ce but que l’un de nos collaborateurs s’est renseigné auprès de cette entreprise, tout comme nous le faisons pour d’autres logiciels», confirme Jean-Christophe Sauterel, chef de la communication de la police vaudoise. «Actuellement, assure-t-il, la police vaudoise n’utilise pas ce logiciel et ne possède pas de contrat avec cette entreprise.»

L’envisage-t-elle? «Avec les moyens actuels, la police ne peut pas se contenter de simplement faire des écoutes téléphoniques. Les criminels usent de bien d’autres moyens pour communiquer. Il est donc logique que nous suivions cette évolution.» Et Jean-Christophe Sauterel de préciser: «Nous utilisons ces moyens uniquement à des fins d’enquête: la police vaudoise n’a absolument pas de velléités de surveiller la population, mais bien de confondre des délinquants. Et il s’agit de délits graves, qui relèvent du pénal.»

La police genevoise, également concernée par un échange de mails, affirme ne pas être parvenue à attester son authenticité. Son porte-parole confirme qu’elle «s’intéresse aux évolutions des technologies informatiques», mais ne souhaite pas donner davantage de détails.

Loi controversée

Les polices zurichoise et vaudoise assurent agir dans un cadre légal strict, toujours sous autorisation du Ministère public. Leurs détracteurs, dont plusieurs juristes, mettent cette affirmation en doute et affirment que les textes de lois cantonaux sont sujets à interprétation sur ce point.

Mi-juin, le Conseil national a accepté le point de la révision de la loi sur la surveillance donnant davantage de moyens de surveillance aux autorités, notamment en ce qui concerne les écoutes. Le Vert zurichois Balthasar Glättli rappelle que le nouveau texte est très controversé et fera très probablement l’objet d’un référendum. Une application du texte au préalable constitue, selon lui, un véritable abus. (TDG)

Créé: 08.07.2015, 21h30

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