Les locataires croulent sous les cadeaux

ImmobilierHors des centres, les promoteurs multiplient les offres alléchantes pour remplir leurs logements vides. L’Asloca appelle à la méfiance.

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La Suisse a voté dimanche: elle ne veut pas de la solution de l’Asloca pour faire baisser les loyers. Un refus à plus de 57% au niveau national, alors que le texte a obtenu des scores canons dans les grandes villes comme Genève (68% de oui), Lausanne (74%) ou Zurich (63%). Si les votants des campagnes ont rejeté le texte, c'est parce que le problème n'existe pas chez eux. Hors des villes, le rapport de force semble inversé: les propriétaires multiplient les offres alléchantes pour attirer les locataires.

Ainsi, au même titre qu’un robot mixeur ou une paire de pantalons, des appartements font l’objet de «campagne spéciale Black Friday», d’«offre de Noël» ou encore de «rabais spécial début d’année». Parmi les cadeaux le plus souvent proposés, on trouve entre un et trois mois de loyer offerts aux nouveaux locataires. Cette largesse peut même aller jusqu’à six mois de logement gratuit, à l’instar de cet appartement de 4,5 pièces à 1420 francs par mois, situé dans un complexe flambant neuf à Sierre (VS), qui attend d’être habité depuis le 1er septembre 2019.

Grande créativité

Auparavant marginales, les offres spéciales tendent ainsi à se généraliser. «Cette tendance, qui était d’abord courante pour les surfaces commerciales, s’étend en effet au logement, confirme Hervé Froidevaux, directeur romand du bureau Wüest Partner, spécialiste de l’immobilier. Avec l’augmentation des vacants, il devient plus difficile de louer des logements en dehors des grandes agglomérations. Souvent, ces offres sont le seul moyen pour trouver des locataires dans un marché concurrentiel.»

Stimulés par la faiblesse des taux d’intérêt, les projets immobiliers se sont multipliés, en particulier depuis 2017. De nombreux quartiers et lotissements ont vu le jour en dehors des centres-villes. «L’offre d’appartements dépasse de plus en plus la demande, ce qui donne aux propriétaires des idées toujours plus créatives, explique Martin Waeber, directeur du site d’annonces immobilières ImmoScout24. Avec des bons d’achat, des cadeaux, voire de l’argent liquide, chacun déborde d’imagination pour effectuer des transactions, même sur les appartements moins populaires.»

Sur la plateforme ImmoScout24, la durée d’annonce des appartements locatifs était ainsi en 2019 beaucoup plus longue qu’en 2017. Ainsi, dans le Jura, les objets restent en moyenne 28% plus longtemps qu’en 2017, passant de 153 à 197 jours de longévité sur le site. Comme le marché se détend un peu partout, la durée de publication des annonces à Genève a, elle aussi, augmenté de 28% (53 à 68 jours).

Rabais chez le coiffeur

Caution, déménagement ou bon de 500 francs pour de nouveaux meubles offerts deviennent les nouveaux points d’accroche. À Saxon (VS), la conclusion d’un contrat de bail pour un appartement de 2,5 pièces permet de bénéficier d’un rabais de 15% sur le menu du jour du restaurant et sur la coupe chez le coiffeur du complexe flambant neuf dans lequel il est situé. À Romont (FR), un appartement neuf vient avec une année d’abonnement gratuit au fitness du centre. À Baden (AG) et à Lyss (BE), on mise sur la mobilité douce, avec des abonnements Mobility ou aux transports publics offerts. Il y a encore le «rabais familial attractif» pratiqué dans cet appartement neuchâtelois, qui promet une ristourne de 50 francs sur le loyer mensuel par enfant vivant dans le ménage.

Il s’agit d’«attirer l’attention et la curiosité des locataires potentiels», confirme Katharina Bornhauser, porte-parole de l’agence immobilière Privera, qui pratique ce type de campagne. Et le succès est au rendez-vous. «Selon notre expérience, ces promotions ont permis d’augmenter les locations et sont appréciées de nombreux locataires potentiels», souligne-t-elle.

L’envers du décor

Mais jamais rien n’est vraiment gratuit. Les offres sont souvent accompagnées de conditions spéciales. À Aarau, où l’on régale le locataire avec un bon Migros de 1000 francs, la condition de «cette offre sensationnelle» est une période de location minimale d’un an. C’est là où le bât blesse, selon les défenseurs des locataires. «Ces contrats de baux contraignent souvent les locataires à rester plusieurs années, souligne le président de l’Asloca, Carlo Sommaruga. Or ceux-ci risquent d’avoir de mauvaises surprises dans un avenir proche.» Car ces cadeaux remplacent les baisses de loyer, pointe le conseiller aux États socialiste genevois. «Les loyers ne baissent pas alors que les taux hypothécaires sont très bas, explique-t-il. Lorsque ceux-ci remonteront, les loyers augmenteront en conséquence. Ces locataires paieront le prix fort, tandis que leur rabais, lui, ne sera plus pratiqué. On prend vraiment les gens pour des pigeons.»

Hervé Froidevaux nuance cette position. «Certains locataires en profitent également pour passer d’un logement à l’autre, en bénéficiant des mois de gratuité. D’une manière générale, la tendance du marché est favorable aux locataires. Ils ont plus de choix, des loyers plus bas, et les développeurs sont incités à construire des quartiers de qualité et à multiplier les offres pour pouvoir louer leurs surfaces.» Selon le spécialiste, cette tendance devrait encore se renforcer et le loyer de base sera lui aussi ajusté.

Créé: 10.02.2020, 22h11

Analyse du vote

Propriétaires peu solidaires

Les résultats du sondage mené entre le 6 et le 8 février par Tamedia (éditeur de ce journal) confirment le fossé ville-campagne à propos de l’initiative «Davantage de logements abordables». Les habitants des villes ont voté en faveur du texte de l’Asloca à 55%, tandis qu’il n’a obtenu que 35% de votes favorables à la campagne.

Outre un clivage assez clair entre la gauche et la droite, on constate que les hauts revenus ne se sont pas montrés très solidaires envers les locataires de classe moyenne: 72% des personnes gagnant plus de 11'000 francs par mois ont glissé un non dans l’urne, tandis que le texte a remporté un score de 50/50 chez les personnes gagnant entre 3000 et 5000 francs mensuels. Même constat pour les propriétaires, qui n’ont été que 30% à soutenir l’initiative, contre 58% chez les locataires.
L.M.


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