Les syndicats exigent du concret après le 14 juin

Grève des femmesL'USS espère transformer l'énergie de la grève en résultats. Les employeurs publics en particulier seront sous pression.

Image: Keystone

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Pour elles, le 14 juin n’était qu’un début. «Nous ne lâcherons rien», assure Michela Bovolenta, coprésidente de la Commission féminine de l’Union syndicale suisse (USS) et coordinatrice de la grève. La Vaudoise s’est présentée à la presse, hier à Berne, aux côtés de cinq collègues. Près d’un mois après la mobilisation qu’elle a contribué à organiser, l’USS a expliqué comment elle compte mettre la grève à profit lors des traditionnelles négociations d’automne avec le patronat. Dopée par la vague violette, elle maintient aussi sa pression sur le parlement. Voici ses espoirs.


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Meilleurs salaires dans les branches dites «féminines»

Pour diminuer les inégalités salariales entre hommes et femmes – une différence moyenne de salaire de 7,7% (642 francs par mois) reste inexpliquée en Suisse – la faîtière syndicale attend de pied ferme l’entrée en vigueur de la révision de la loi sur l’égalité. «Elle doit être mise en œuvre rapidement et améliorée au besoin», affirme Regula Bühlmann, secrétaire centrale de l’USS.

Mais les syndicats comptent aussi s’attaquer aux différences de salaires «explicables». Ils parlent de «discriminations structurelles». «Dans les branches majoritairement féminines, par exemple les soins et l’accompagnement, le commerce de détail ou les services à la personne, les salaires sont nettement plus bas que dans les branches dites typiquement masculines», explique Vania Alleva, la présidente d’Unia. Dans ces secteurs, l’USS veut en finir avec les fiches de paie au-dessous de 4000 francs par mois. Crèches, hôpitaux, EMS: c’est notamment là où les employeurs publics sont attendus au tournant.

Un congé paternité, puis parental

Pour améliorer la conciliation entre la vie professionnelle et la vie privée, les syndicats poursuivent plusieurs lièvres. Il y a le congé paternité, qui a franchi après le 14 juin une étape au Conseil des États, avec l’adoption d’un congé de deux semaines. Bien, mais insuffisant, juge l’USS. «Nous demandons 18 semaines de congé maternité de même que 8 semaines de congé paternité, puis 24 semaines de congé parental», indique Katharina Prelicz-Huber, la présidente du Syndicat des services publics.

Dans les transports, la revendication sera cet automne de 18 semaines de congé maternité et 10 à 20 jours de congé paternité. «C’est ce que nous avons convenu avec les CFF. Nous voulons l’étendre à toutes les entreprises de transports publics», affirme Barbara Spalinger, vice-président du syndicat SEV.

Sur le plan politique, l’USS combattra les propositions visant à annualiser le temps de travail. Il se battra aussi contre la retraite des femmes à 65 ans. Pour les syndicalistes, il vaudrait d’ailleurs mieux baisser le temps de travail pour tous plutôt que de conserver des modèles de temps partiel parfois pénalisants. «Le temps partiel a longtemps été prôné comme la solution. Mais on voit bien que cela aboutit pour les femmes à des carrières plates et des rentes plus basses», estime Michela Bovolenta. À la fin, «le temps de travail doit être réduit à 35 heures pour tous», lance Katharina Prelicz-Huber.

Mesures contre le harcèlement

Les négociations de cet automne seront encore l’occasion pour les syndicats de placer des banderilles en matière de harcèlement sexuel. Dans les branches de l’information et de la communication, Syndicom revendique l’adoption de règlements et de lignes de conduite par les entreprises, ainsi que la mise en place de formations. «Le principe de tolérance zéro doit être reconnu», affirme Patrizia Mordini, membre du comité directeur de Syndicom.

Protection des migrantes

La Lausannoise Michela Bovolenta n’oublie pas les femmes migrantes, actrices en vue de la grève du 14 juin. «Beaucoup de secteurs économiques en Suisse ne fonctionneraient pas sans leur apport. Nous défendons leur droit de rester et d’être régularisées.»

Créé: 09.07.2019, 18h29

Des chiffres encore à venir

Pour l’Union syndicale suisse, la grève féministe du 14 juin a été sans conteste «la plus grande mobilisation politique en Suisse depuis la grève générale de 1918». L’étiquette est posée sur le flacon. Mais au fait, combien de personnes y ont participé? Après différentes hésitations sur les chiffres, notamment à Genève, l’USS se garde d’être plus précise qu’au lendemain de la mobilisation. «Tout ce que nous pouvons dire, c’est qu’il y a eu plus d’un demi-million de femmes dans la rue, beaucoup plus qu’en 1991», assure Vania Alleva, la présidente du syndicat Unia. Avant de préciser: «Des études sont en cours et devraient le confirmer.»

Michela Bovolenta complète: «Au niveau du collectif national, nous avons aussi envie de faire une évaluation qualitative de la grève. Nous avons lancé un appel dans les régions pour avoir un compte rendu de ce qui s’est passé également en dehors des cortèges de la soirée.» Ces informations sont attendues à la rentrée.

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