Les hôpitaux pédiatriques tirent la langue

SoinsQuatre cantons demandent que le système tarifaire soit adapté à la prise en charge des enfants.

Les hôpitaux qui, dans notre pays, s’occupent des enfants sont dans le rouge. L’État doit-il intervenir?

Les hôpitaux qui, dans notre pays, s’occupent des enfants sont dans le rouge. L’État doit-il intervenir? Image: Keystone

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«Pour effectuer une prise de sang à un enfant, il faut deux personnes, raconte Brigitte Rorive Feytmans, directrice des finances aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Or ce geste est rétribué de la même façon que s’il est effectué sur un adulte et avec un seul soignant.» Cet exemple n’est pas un cas isolé. Les hôpitaux qui, dans notre pays, s’occupent des enfants sont dans le rouge. L’État doit-il intervenir? À fin 2018, les demi-cantons de Bâle-Ville et de Bâle-Campagne, ainsi que les cantons de Thurgovie et de Saint-Gall ont demandé à la Confédération de prévoir un financement couvrant l’intégralité des coûts supportés par ces établissements. La Commission de la santé du Conseil des États se penche sur le sujet ce début de semaine.

Dans leurs initiatives, les cantons soulignent que les cliniques pédiatriques génèrent des coûts plus élevés que les hôpitaux pour adultes, en Suisse comme à l’étranger. «Dans la littérature spécialisée, il est question d’une différence allant de 20 à 30%», précise Bâle-Campagne.

Selon «SonntagsBlick», les hôpitaux pour enfants de Zurich, Bâle, Saint-Gall, Berne, Lausanne et Genève ont enregistré un déficit de plus de 60 millions de francs l’an dernier dans le secteur ambulatoire. Cette estimation est fournie par l’alliance AllKidS, qui représente les établissements de Zurich, Bâle et Saint-Gall. «Après l’intervention du Conseil fédéral dans le système Tarmed (ndlr: qui fixe le prix de ces prestations), en 2018, le déficit de nos trois hôpitaux dans le secteur ambulatoire a augmenté de 25% par rapport à 2017», précise sa secrétaire générale, Agnes Genewein.

Les HUG annoncent eux aussi une perte de 18 millions dans le secteur ambulatoire en 2018. Si les petits passent la nuit à l’hôpital, celui-ci calcule la facture différemment (avec un système de forfait), mais les déficits sont également au rendez-vous. Aux HUG, les hospitalisations pédiatriques en soins aigus entraînent une perte de 12 millions par année. «Le système de forfaits fonctionne si les soins sont standardisés et, par exemple, si les hospitalisations pour une appendicite sont toutes assez similaires, précise Brigitte Rorive Feytmans. Mais chez les enfants, les cas sont trop différents les uns des autres. SwissDRG, l’organisation qui gère les tarifs des hospitalisations, est consciente du problème. Des changements ont été faits ces dernières années, mais ils restent insuffisants.»

À Lausanne, la pédiatrie du CHUV affiche une part de sous-couverture de 10,6% pour l’hospitalisation et de 36,3% pour l’ambulatoire. «Il faudrait poursuivre les efforts et affiner les tarifs SwissDRG, d’une part, et revoir une structure tarifaire pour la pédiatrie ambulatoire qui reflète les coûts réels, d’autre part», plaide Pierre-François Leyvraz, directeur général du CHUV.

«Les systèmes tarifaires ne sont pas conçus de manière adaptée aux enfants», renchérit Agnes Genewein. Elle n’y voit pas une mauvaise volonté, mais le fait que la médecine s’adresse aux adultes, qui représentent 80% de la population et plus de 90% des dépenses de santé, selon l’Office fédéral de la statistique.

«On ne tient pas assez compte du fait qu’il faut prendre du temps pour traiter les enfants et pour informer leurs parents, poursuit Brigitte Rorive Feytmans. Sans oublier qu’avec les plus jeunes il faut davantage investiguer avant de découvrir la maladie.» En pédiatrie, les dossiers référés aux hôpitaux sont souvent plus compliqués que chez les adultes. «Nos établissements se concentrent sur les cas graves et complexes, en particulier les maladies rares», explique Agnes Genewein. Pour elle, la conclusion est claire: «Dans l’intérêt d’un groupe de population particulièrement vulnérable, les systèmes devraient établir une distinction plus claire entre enfants et adultes.»

L’Office fédéral de la santé publique (OFSP) a été informé de ces difficultés. L’adaptation du Tarmed aurait-elle aggravé la situation? Sans donnée détaillée, il ne fait pas de commentaire, mais précise qu’un monitoring est effectué pour vérifier les effets de cette intervention. Dans le secteur ambulatoire, «la situation particulière revendiquée par les hôpitaux pédiatriques devrait être examinée en cas de révision fondamentale du modèle tarifaire et, le cas échéant, corrigée. Cela ne peut être fait que par les partenaires tarifaires, d’abord parce que c’est indiqué dans la loi, mais aussi parce qu’ils disposent du savoir-faire et des données nécessaires à cette fin», précise un porte-parole de l’OFSP. Pour le domaine stationnaire, il souligne que l’organisation SwissDRG a pris des mesures et que d’importantes améliorations ont été apportées ces dernières années.

Créé: 12.08.2019, 19h00

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