Les femmes fument, boivent... Et les cancers les rattrapent

SantéSi les femmes sont moins nombreuses à tomber malade, elles tendent à rejoindre les hommes. C’est frappant avec le cancer du poumon.

Entre 1991 et 2015, l'incidence du cancer a augmenté de 0,4% par année en moyenne chez les femmes, alors qu'elle a baissé de 0,14% pour chez les hommes.

Entre 1991 et 2015, l'incidence du cancer a augmenté de 0,4% par année en moyenne chez les femmes, alors qu'elle a baissé de 0,14% pour chez les hommes. Image: Getty Images

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

En matière de santé, les femmes deviennent des hommes comme les autres. Une étude française publiée mardi dernier montre que si le cancer reste moins fréquent chez les premières, il augmente davantage que chez les seconds. Sur le long terme, les chiffres sont impressionnants. Ils excluent les parts liées au vieillissement et à l’augmentation de la population. Le risque de contracter une telle maladie a augmenté de 6% chez les Français et de 45% chez les Françaises, entre 1990 et 2018.

Selon les statistiques révélées par Santé publique France et l’Institut national du cancer, la hausse du taux d’incidence atteint 0,1% par an pour les hommes ces vingt-huit dernières années (tous cancers confondus), contre 1,1% pour les femmes. On constate surtout une augmentation des cancers du poumon chez les Françaises (+5,3% par an). Qu’en est-il en Suisse? Les experts sont méfiants face à certains chiffres français, mais on retrouve une évolution différenciée entre les sexes. «Entre 1991 et 2015, cette incidence est restée pratiquement stable chez les hommes, contre une augmentation de 0,4% pour les femmes», relève Anita Feller, de l’Institut national pour l’épidémiologie et l’enregistrement du cancer (Nicer). L’évolution varie ensuite d’un cancer à l’autre. Il y a même des bonnes nouvelles: pour le cancer gastrique, par exemple, on enregistre une baisse annuelle de 1,6% pour les femmes et de 2,4% pour les hommes.

Les risques s’égalisent

Si la situation semble moins grave chez nous, Solange Peters, cheffe du Service d’oncologie médicale au CHUV, à Lausanne, confirme que «l’augmentation différentielle entre hommes et femmes constatée dans l’étude française correspond aux observations faites en clinique». Comment expliquer cette évolution? Les spécialistes mettent en avant plusieurs pistes (lire l’encadré), parmi lesquelles l’évolution des mœurs. «Beaucoup d’éléments doivent encore être étudiés. On ne peut pas exclure l’existence de facteurs génétiques et environnementaux, répond Gautier Defossez, médecin épidémiologiste et coordinateur de l’étude française. Il faut surtout rappeler que le tabac et l’alcool sont de loin les principaux facteurs de risque.» Or les femmes fument et boivent davantage que par le passé.

«Il y a une égalisation des risques et certains cancers deviennent plus fréquents chez les femmes parce que leur comportement a changé», confirme Pierre-Yves Dietrich, médecin responsable du Département d’oncologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG). Outre le tabac et l’alcool, on peut mentionner l’alimentation déséquilibrée et l’abus de soleil. La tendance est surtout flagrante avec le cancer du poumon (voir l’infographie), lié à la cigarette. Entre 1996 et 2015, le taux d’incidence de ce cancer a augmenté de 2,3% en moyenne par année chez les femmes en Suisse. Dans le même temps, il a baissé de 1,7% chez les hommes. Conséquence de cela, la mortalité évolue elle aussi à l’opposé.

Tendance au rattrapage

Gautier Defossez parle ainsi de «tendance au rattrapage». Jusqu’où ira-t-elle? «Pour les cancers qui dépendent fortement du mode de vie, comme ceux du poumon, de la gorge, de la vessie et du foie, il n’y a malheureusement pas de raisons que les femmes ne rejoignent pas les hommes. Celles-ci ont en plus un fardeau supplémentaire, celui d’être touchées par le cancer du sein, si fréquent et potentiellement mortel, dans lequel la consommation d’alcool peut également jouer un rôle, avertit Solange Peters. À terme, nous risquons même de nous en sortir moins bien que les hommes.» Tout dépendra en fait de l’évolution des mœurs et les médecins insistent sur l’importance de la prévention.

Le taux de mortalité lié au cancer, lui, diminue. Cette baisse est de 36% en moyenne chez les hommes, entre 1983 et 2012 en Suisse. Autrement dit, le risque pour un homme de mourir aujourd’hui d’un cancer est inférieur d’un tiers à celui d’un homme du même âge il y a trente ans. Contre un quart (27%) pour les femmes.

Créé: 08.07.2019, 12h12

La hausse préoccupe les experts

Les incidences de cancer sont déduites de taux standardisés. Ces calculs sont un peu différents en France et en Suisse, mais ils permettent dans les deux cas d’exclure l’influence de l’accroissement de la population et de son vieillissement. «On se concentre davantage sur les dangers autres que l’âge, comme les comportements et modes de vie liés à la santé, la génétique, l’environnement…», résume Gautier Defossez, médecin épidémiologiste et coordonnateur de l’étude française.

L’augmentation de 45% chez les femmes décrite en France? En Suisse, les experts sont prudents. «L’ampleur de cette hausse fait appel à un calcul sensiblement différent de celui que nous utilisons, commente Solange Peters, cheffe du Service d’oncologie médicale au CHUV, à Lausanne. Le chiffre sur lequel nous devons réfléchir plus avant est l’augmentation annuelle standardisée à l’âge, de 1,1% en France et 0,4% en Suisse. Il reflète de multiples facteurs: fiabilité des registres, dépistage, expositions hormonales, environnementales et mauvaises habitudes. Il est préoccupant.»

Pierre-Yves Dietrich, médecin responsable du Département d’oncologie aux Hôpitaux universitaires de Genève (HUG), met en garde contre le fait qu’en Suisse comme en France, les données ne couvrent pas tout le territoire et sont extrapolées à partir de certaines régions. «On peut aussi imaginer qu’en trente ans, la qualité du recueil s’est améliorée.»

Au rang des explications, ajoutons que les dépistages sont plus fréquents et les diagnostics meilleurs. Ils peuvent également conduire à des surdiagnostics. «Nous réussissons en outre à maintenir en vie des personnes atteintes d’autres maladies sévères, comme l’hépatite ou certaines atteintes pulmonaires. Ces gens risquent finalement de développer un cancer», complète Solange Peters.
C.Z.

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.