Le Léman est pollué par les déchets plastiques

EnvironnementUne étude révèle que la surface du lac présente une concentration en plastique proche de celle de la Méditerranée ou des océans. Emballages et sacs sont mis en cause.

L’association genevoise Oceaneye a employé un filet manta pour collecter le plastique qui flotte à la surface du Léman.

L’association genevoise Oceaneye a employé un filet manta pour collecter le plastique qui flotte à la surface du Léman. Image: OCEANEYE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

L’image de propreté du Léman en prend un coup. Une étude de l’association genevoise Oceaneye dévoile que la concentration en plastique mesurée dans le lac est proche de celle relevée en mer Méditerranée et dans les océans du monde entier.

Des prélèvements menés en fin d’année dernière sur quatorze sites répartis sur l’ensemble du Léman ont révélé la présence en surface, en grande quantité, de morceaux de plastique de 1 mm à 20 cm. Le taux s’élève à 129 g/km2. Près de 14 millions de particules flotteraient dans le Léman, conclut l’étude parue ce week-end et relayée par letemps.ch. «La pollution est identique à celle globale des océans (160 g/km2), en sachant que ceux-ci comportent des zones qui présentent des pics considérables», s’inquiète Gaël Potter, responsable scientifique d’Oceaneye.


Lire également l'éditorial: Le Léman en danger


Pour parvenir à une telle comparaison, l’association a utilisé un filet manta pour collecter le plastique. «Le système est employé à travers le monde. Nous pouvons ainsi dire si une zone est polluée et où vont les déchets», explique le scientifique. C’est la première fois qu’une étude précise et approfondie est menée sur toute la surface du Léman. À noter qu’elle ne mesure pas la quantité de plastique qui coule et se retrouve dans les sédiments. L’EPFL, qui étudie le sujet en ce moment, estime que 600 tonnes de cette matière se décomposent en ce moment au fond du lac.

Les spécialistes s’attendaient à de tels résultats. «Je ne suis pas étonné. À partir de notre modèle, nous estimons que 50 tonnes de plastique entrent chaque année dans le lac», réagit Adrien Bonny, chargé de projet pour l’Association pour la sauvegarde du Léman. Il précise que son organisation prend aussi en compte les nanoparticules dans ses calculs théoriques. Celles-ci viennent principalement des poussières issues de l’usure des pneus.

Premiers fautifs

Tout au long de son travail, Ocean­eye a récolté des détritus très divers mais pour la plupart trop fragmentés pour être identifiés. Elle peut malgré tout affirmer que les emballages alimentaires constituent une source de pollution majeure. Les pêcheurs sont au premier rang pour le constater. «Nous prenons des bouteilles, des sacs ou des bouts de plastique dans nos filets, témoigne ainsi Daniel Chollet, président de la Fédération internationale des pêcheurs amateurs du Léman. Nous voyons bien la présence de plastique sur le lac et les rives.»

Les Suisses paraissent rompus au traitement des déchets mais ce sont plus de 5000 tonnes de plastique qui finissent dans la nature, d’après une étude récente du Laboratoire fédéral d’essai des matériaux et de recherche (Empa). Comment expliquer cette pollution? «Notre pays fait partie de ceux qui utilisent le plus cette matière. Alors, même s’il n’y a qu’une petite part de ce plastique qui se retrouve dans la nature, cela représente tout de même de grosses quantités», explique Gaël Potter.

Pour ce dernier, les détritus qui sont pêchés dans le Léman ont deux provenances. En premier lieu, il s’agit de négligence. «Le dimanche matin sur les quais, à Genève ou à Lausanne, la situation est assez catastrophique, par exemple. On voit le potentiel de déchets qui peuvent finir dans le lac», illustre le scientifique. D’autre part, il évoque des accidents. «Il suffit d’un coup de vent lors d’un pique-nique au bord de l’eau ou d’un orage violent qui va charrier des déchets dans le lac pour le polluer. Nous vivons entourés de plastique, cela est malheureusement inévitable», regrette Gaël Potter.

Cette présence de déchets dans le Léman impacte déjà la faune. «Nous avons remarqué la présence de plastique dans les pelotes de réjection des mouettes (recrachées par l’oiseau après avoir avalé une proie). Cela veut donc dire qu’elles en ingèrent, alerte Adrien Bonny. Mais nous ne savons pas quelles sont les conséquences pour leur organisme.» Du côté des pêcheurs, Daniel Chollet affirme ne pas avoir eu connaissance de poisson pêché présentant des malformations ou ayant du plastique dans l’estomac. La dangerosité pour l’homme fait encore l’objet d’études, précise Oceaneye.

Cette dernière va encore affiner ses résultats. L’association procède à de nouveaux prélèvements en cette fin de semaine. Elle en fera ensuite de même dans le Rhône, du côté genevois, pour analyser le parcours des déchets dans le fleuve.

Créé: 17.07.2019, 06h48

Les échantillons prélevés sont ensuite analysés en laboratoire. (Image: OCEANEYE)

Cliquez sur l'image pour l'agrandir.

Que faire pour ne pas polluer le lac?


Jeter à la poubelle ou trier
Le littering serait la première cause de pollution au plastique du Léman, d’après les spécialistes. Les déchets jetés par terre peuvent en effet se retrouver dans l’eau à la faveur d’un coup de vent ou d’une averse. «Mettre ses déchets dans une poubelle doit devenir un réflexe, ce qui n’est pas toujours le cas», regrette Gaël Potter, d’Oceaneye.

Limiter les emballages et les sacs
Dans l’idéal, il faudrait choisir des aliments et des produits qui ne sont pas emballés inutilement. «Ce n’est pas toujours évident, reconnaît Gaël Potter. Le consommateur achète ce qui est disponible. Et il n’a pas toujours le temps ou l’énergie de tout analyser.» Il est aussi possible d’utiliser un cabas ou de privilégier le vrac en amenant ses propres bocaux à remplir dans certains commerces.

Éviter les plats à emporter
Bols en plastique, bouteilles d’eau ou gobelets de café sont autant de déchets du quotidien qui pourraient être évités, conclut le spécialiste.

Articles en relation

Bannir tous les plastiques? Dur, dur...

Environnement En cette journée mondiale sans sac plastique, penchons-nous sur les autres objets en plastique que l’on bannit peu à peu. Plus...

Sacs plastiques: la Suisse est en retard

Environnement Ce mercredi 3 juillet, c’est la Journée mondiale sans sacs plastiques. Objectif? stopper totalement leur utilisation. Et la Suisse dans tout ça? Plus...

La Suisse exporte 10% de ses déchets plastiques

Alerte plastique Le Matin Dimanche Pour des raisons économiques, la Suisse exporte chaque année quelques 90'000 tonnes de déchets à base de plastique. Plus...

Condamnés à vivre dans les déchets plastiques

Alerte plastique Le Matin Dimanche Altérant l'habitat et souvent confondu avec de la nourriture plastique a un impact dévastateur sur la faune. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

La Grande-Bretagne plébiscite le Brexit de Johnson
Plus...