La Suisse profite du marché de l’UE. Plus que les pays membres!

Étude économiqueUn rapport de la fondation Bertelsmann jette encore un peu d’huile sur le feu des négociations Suisse-UE

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

Qui profite économiquement le plus par habitant du grand marché intérieur de l’Union européenne? La Suisse! C’est du moins ce qu’affirme la fondation allemande Bertelsmann qui vient de publier une étude sur l’impact du marché unique dans les pays et régions européens. Le résultat fait jaser à Berne au moment où la Suisse négocie âprement un accord institutionnel avec Bruxelles.

Cliquez sur l'image pour agrandir

Les principales conclusions de l’étude? Il en ressort que le marché intérieur, qui permet peu ou prou la libre circulation des biens et des personnes, augmente le revenu par habitant de ses membres de 840 euros par année en moyenne. Mais il y a de grandes disparités. La Suisse, qui fait partiellement partie du marché intérieur avec les Bilatérales, tire parfaitement son épingle du jeu. Avec un gain par habitant qui se monte à 2834 euros, elle occupe le premier rang.

Derrière la Suisse, on trouve le Luxembourg, l’Irlande, la Belgique et les Pays-Bas (voir le graphique ci-contre). «Les grands gagnants sont les petits pays, qui commercent beaucoup et sont tournés vers l’international, explique Dominic Ponattu, chef de projet à la Fondation Bertelsmann. Pour les pays comme les Pays-Bas ou l’Autriche par exemple, le marché intérieur vaut de l’or. Ils disposent de secteurs compétitifs qui, en raison de l’étroitesse de leur marché national, sont dépendants des exportations.» Un cas de figure qui s’applique bien sûr aussi à la Suisse, grande exportatrice de biens.

Quels sont les pays à la traîne et qui profitent peu du marché intérieur de l’UE? D’abord la Bulgarie, avec un gain de 193 euros par habitant. Soit quatre fois moins que la moyenne européenne. La Roumanie et la Grèce sont aussi dans les profondeurs du classement. L’étude note que la richesse et le dynamisme économiques se trouvent généralement au centre de l’Europe, alors que les pays en périphérie, surtout à l’est et au sud, tirent davantage la langue.

L’Irlande, en périphérie à l’ouest, cartonne économiquement. Mais les auteurs de l’étude estiment qu’une épée de Damoclès pend au-dessus de sa tête: le Brexit. Si la Grande-Bretagne quitte le marché intérieur, elle en souffrira économiquement mais l’Irlande aussi. C’est le pays membre le plus exposé.

L’étude ne s’intéresse pas seulement aux pays mais également aux régions économiques. Là aussi la Suisse et ses régions font la course en tête pour les gains par habitant. C’est Zurich qui mène la danse avec 3592 euros. Un chiffre qui s’explique certainement par les nombreux liens avec l’Allemagne, le pays qui profite le plus en chiffres absolus du marché intérieur. La région lémanique (2829 euros) se classe au 6e rang, derrière le Luxembourg.

«Cela ne va pas apaiser les bureaucrates de Bruxelles»

La divulgation de cette étude va contribuer à jeter un peu d’huile sur le feu des relations Suisse-UE. L’Union européenne estime en effet que la Suisse ne paie pas assez pour participer à son marché intérieur. Elle l’accuse régulièrement de vouloir le beurre et l’argent du beurre. Un accord institutionnel en discussion doit arrimer la Suisse à la législation européenne. Il est très contesté, de l’UDC au PS.

Le PLR, lui, est largement favorable à un accord institutionnel avec l’UE. Mais le conseiller national Olivier Feller (PLR/VD) soupire en découvrant les résultats de l’étude de la Fondation Bertelsmann. «Ils ne vont pas apaiser les technocrates de Bruxelles qui considèrent que la Suisse profite excessivement de sa situation singulière en Europe.» Il relève cependant que les pays qui bénéficient le plus du marché unique ont mis en place une fiscalité mesurée pour les entreprises et les personnes physiques. Il conclut que «si la Suisse veut conserver ses atouts, elle doit s’efforcer conserver de bonnes relations avec l’Union européenne».

Le conseiller national Yves Nidegger (UDC/GE) prend avec amusement connaissance de l’étude Bertelsmann. «Être premier en gain par tête d’habitant, cela ne veut pas dire grand-chose. La Suisse compte de nombreux travailleurs frontaliers qui ne résident pas sur son sol.» Mais pour lui se pose un problème plus fondamental. «On ne peut pas faire passer la Suisse pour une profiteuse. C’est elle qui offre aux citoyens de l’UE une économie et des places de travail attractives. Si nos salaires étaient deux fois moins élevés qu’en France, personne ne viendrait chez nous.»

Du côté de l’Administration fédérale, l’étude ne fait que confirmer ce que l’on sait déjà. «Des pays avec un petit marché domestique, des pays fortement orientés vers le commerce international, ainsi que des économies hautement productives et innovantes profitent le plus d’une réduction des barrières au commerce, souligne Pierre-Alain Eltschinger, porte-parole au Département des affaires étrangères. C’est notamment afin de préserver l’accès au marché intérieur de l’UE et en assurer la pérennité que le Conseil fédéral entend consolider la voie bilatérale par la conclusion d’un accord institutionnel.»

Créé: 09.05.2019, 21h19

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.