La psy qui a eu des rapports sexuels avec son patient risque 2 ans de prison

JusticeLe fort sentiment amoureux qu’une thérapeute quadragénaire a éprouvé à l’endroit d’un autiste fribourgeois de 19 ans n’est pas contesté. Cette Roumaine mariée et mère de famille nie en revanche toute contrainte sexuelle.

Le procès de la pédopsychiatre de 46 ans (ci-contre aux côtés de son avocat, Me Valentin Aebischer) s'est déroulé ce mardi au tribunal d'arrondissement de Fribourg.

Le procès de la pédopsychiatre de 46 ans (ci-contre aux côtés de son avocat, Me Valentin Aebischer) s'est déroulé ce mardi au tribunal d'arrondissement de Fribourg. Image: DR

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur ?

«Rien n’était aussi important que lui, j’aurais tout fait pour garder cette relation. Il est capable d’une très grande empathie. Quand j’étais dans une situation compliquée, il savait écouter et trouver cette blague qui permet de rebondir... Je pense que c’est ce qui a contribué à ce qu’on se rapproche tellement… il aimait bien ma voix.»

Ce mardi devant le tribunal d’arrondissement de Fribourg, la Dre S. (46 ans) s’est confiée longuement sur la liaison amoureuse que cette pédopsychiatre mariée et mère de deux enfants a entretenue entre 2014 et 2016 avec Julien*. Un patient autiste bipolaire alors âgé entre 16 et 19 ans, hospitalisé à plusieurs reprises durant cette période au Centre de soins psychiatrique de Marsens, et dont la quadragénaire roumaine en poste depuis six mois était la médecin référente.

Jugée pour contrainte sexuelle et abus de détresse, la praticienne encourt 2 ans de prison avec sursis, tel que requis en fin d’après-midi par la procureure Yvonne Gendre. La défense a plaidé l’acquittement, évoquant des rapports en partie consentis. À savoir des fellations, prodiguées à deux reprises entre la fin mai et le mois de juin 2016. Soit le moment où la doctoresse a été sommée par sa direction de présenter sa démission.

Depuis six mois, la Roumaine au physique de femme fatale n’avait plus le droit de suivre celui qu’elle appelait «mon prince» ou «mon petit patient préféré», suite à un courrier de la mère de Julien dénonçant à la direction de l’hôpital la trop grande proximité de la Dre S. dans sa relation thérapeutique (la quadragénaire prêtait de l’argent à l’autiste surdoué, le rémunérait pour donner des cours d’appui à ses enfants, ou lui offrait des habits, un ordinateur, des repas au restaurant, etc.)

«Quand j’ai accepté, je l’ai fait les yeux fermés et me sentais honteuse: ce n’était pas de l’amour physique», a déclaré la doctoresse. Julien pour sa part a admis avoir été consentant «pour la première» fellation du printemps 2016: «J’ai amené la question et le lui ai proposé. Même si je ne le voulais pas...» Et d’ajouter: «j’avais l’impression que si je lui donnais ce qu’elle voulait, je serais tranquille. Qu’on aurait pu revenir à une relation normale. C’était naïf de ma part mais c’est la seule solution que je voyais.» Des faits survenus au Centre de pédopsychiatrie de Fribourg, où la praticienne avait invité son ex-patient à prendre part à une séance de thérapie prévue pour une amie du jeune homme.

«Son consentement a été altéré par une situation de dépendance», a lancé la procureure Gendre à l’heure de son réquisitoire. Arguant que si le lien thérapeutique avait été officiellement pris fin, «il n’avait jamais été interrompu dans les faits». Une relation «pervertie» d’emprise, par une «prise de contrôle progressive» du Fribourgeois tout juste majeur: «Elle l’a phagocyté, en s'immisçant dans sa vie privée.»

Et puis deux semaines plus tard, il y a eu cette visite nocturne de la Roumaine au domicile de l’autiste, une bouteille de vin à la main – profitant de l’absence de sa mère partie en vacances. «Quand je me suis rendu compte que je n’aurais pas la force de la repousser, que je n’en avais pas le courage, j’ai bu le verre qu’elle m’avait servi, me disant que ça m’aiderait à me rendre moins compte de ce qui allait se passer», s’est souvenu le plaignant, dont le conseil demande un tort moral de 5000 fr. «Sur le canapé, je suis resté rigide, me concentrant sur le plafond, pour m’évader. J’ai fini par trouver la force de me lever et la repousser. Elle disait qu’elle voulait rester dormir ici: je l’ai dirigée vers la porte.»

«La protection des patients confiés à cette doctoresse se pose de manière aiguë car un risque de récidive existe», a conclu la représentante du Ministère public, au moment de demander que la peine soit assortie d’une interdiction d’exercer la profession de pédopsychiatre pendant une durée de cinq ans.

Depuis mars 2017, la Dre S. fait déjà l’objet d’une suspension de l’autorisation de pratiquer dans l’attente du jugement pénal. L’intéressée a cependant pu être engagée comme médecin assistant en gérontopsychiatrie dans un canton voisin.

L’avocat de la défense, Me Valentin Aebischer, a pour sa part plaidé l’acquittement au bénéfice du doute s’agissant du rapport de dépendance entre sa cliente et Julien (ndlr: condition sine qua non de l’infraction d’abus de la détresse). Quant à la contrainte sexuelle présumée au domicile de l’autiste, l’homme de loi a souligné que la scène s’était déroulée à huis clos: «C’est parole contre parole.»

À ses yeux, seule cette relation thérapeutique entretenue par la quadragénaire avec Julien en tant que telle serait passible d’une sanction. Mais d’ordre strictement administratif.

Me Aebischer concède en revanche que la mère de famille doit être reconnue coupable de contrainte pour le harcèlement dont le jeune Fribourgeois a fait l’objet durant l’année qui a suivi les deux actes sexuels.

Plus de 1500 e-mails, ainsi que d’innombrables messages et appels téléphoniques. Certains à connotation sexuelle, comme ces suggestions de «sucettes» dans une voiture.

Les cinq juges du tribunal de la Sarine rendront leur verdict mardi prochain.

* Prénom d’emprunt

Créé: 03.07.2019, 09h32

Articles en relation

Éprise d’un autiste, une psy doit répondre de contrainte sexuelle

Justice Une pédopsychiatre roumaine doit répondre de contrainte sexuelle et d’abus de la détresse à l’encontre d’un Fribourgeois qu’elle n’avait plus le droit de suivre. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

Les 30 ans du mur de Berlin
Plus...