Un journaliste suisse a vécu comme un pestiféré d'Ebola

EpidémieUn correspondant d'un journal alémanique raconte son retour en Suisse après ses reportages dans les régions infestées par le virus Ebola. Et de sentir l'exclusion sociale qui l'a frappé.

Des infirmiers au Liberia s'apprêtent à emmener au cimetière une victime d'Ebola à proximité de la capitale Monrovia.

Des infirmiers au Liberia s'apprêtent à emmener au cimetière une victime d'Ebola à proximité de la capitale Monrovia. Image: Keystone

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Johannes Dieterich est le correspondant du Tagesanzeiger.ch/Newsnet en Afrique du Sud et il s'est rendu dans les pays qui se battent contre le virus Ebola. Il y a vu la lutte des médecins, la mort et le combat des survivants contre leur exclusion sociale et la peur. Il ne s'attendait toutefois pas à en être victime lui-même de retour en Suisse, comme il l'explique dans le Tages-Anzeiger de ce jeudi 16 octobre.

Et de raconter comment le gouvernement sud-africain ne veut plus laisser revenir ceux qui s'aventurent au Liberia, en Sierra Leone ou en Guinée, des pays rendus encore plus difficiles d'accès par les réticences des compagnies aériennes à y assurer des liaisons.

Un retour délicat

Et comment, là-bas, plus personne ne se serre les mains et évite les contacts au maximum. Se nettoyer les mains systématiquement à l'eau chlorée ou prendre sa température une dizaine de fois par jour sont devenus des gestes normaux. Des nouvelles habitudes qui se sont très vite acquises.

Tout le monde garde ses distances, ce qui est considéré par les experts sur place comme la prévention la plus efficace. Et une semaine plus tard, le retour s'annonce mal pour le journaliste: son épouse lui fait part des craintes de son entourage. Oubliés, les encouragements et les soutiens avant le départ.

Ostracisme de précaution

Il se met donc d'accord avec elle pour aller s'installer dans la chambre d'hôte après avoir convenu de ne toucher personne durant les trois semaines à venir, période d'incubation d'Ebola. Il n'aura pas besoin de se mettre à l'écart loin de tout durant cette période mais tous deux conviennent qu'il ne doit toucher personne.

Petite inquiétude pour les yeux rougis, perçus au Liberia comme un symptôme d'Ebola mais qui sont dans son cas plutôt révélateurs de la fatigue accumulée. Et le correspondant de s'apercevoir peu à peu que les gens, du coiffeur au dentiste, s'écartent de lui et le tiennent éloigné. «En raison des enfants», comme lui explique une cousine de sa femme.

Peur et cauchemars

Pas de place pour les explications, seule la peur, irrationnelle, anime les comportements. Et l'épouse voit aussi ses activités sociales se réduire, comme si elle était également contaminée. Cette crainte fait figure de réflexe le plus dévastateur de l'histoire puisqu'il va empêcher les pays d'Afrique de l'Ouest de recevoir rapidement l'aide dont ils ont besoin.

Johannes Dieterich se tient toujours prêt à aller à l'hôpital et en chambre d'isolement en cas d'alerte. Peu importe que ce soit Ebola ou une autre maladie durant ces trois semaines. Mais cela ne l'empêche pas d'avoir des cauchemars. Où il se voit en photo, à la une de la presse sud-africaine, avec le titre en lettres de sang «Un journaliste allemand apporte Ebola dans le pays».

Graphique animé - Comment se transmet le virus Ebola

Créé: 16.10.2014, 13h09

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