A Jour J-1, les tacticiens sont à l’œuvre au Palais

Election du Conseil fédéralL’Assemblée fédérale va élire un nouveau membre au gouvernement pour remplacer Eveline Widmer-Schlumpf. Voici les deux scénarios d’une élection disputée et incertaine.

Thomas Aeschi, Norman Gobbi et Guy Parmelin: le trio officiel des candidats UDC au Conseil fédéral.

Thomas Aeschi, Norman Gobbi et Guy Parmelin: le trio officiel des candidats UDC au Conseil fédéral. Image: Keystone

Signaler une erreur

Vous voulez communiquer un renseignement ou vous avez repéré une erreur?

La nervosité monte à Berne. Demain, l’Assemblée fédérale va élire un successeur à la ministre des Finances Eveline Widmer-Schlumpf. Et bien malin qui peut dire aujourd’hui quel nom sortira du chapeau en début d’après-midi. Les tacticiens du Palais sont à la manœuvre et moins ils en disent, plus il faut s’en méfier.

Le premier scénario est celui de la «normalisation». En clair, l’Assemblée fédérale offre sans rechigner un deuxième siège à l’UDC. Elle referme la blessure ouverte après l’éviction de Christoph Blocher, en 2007. Pour ce faire, elle élit un des trois candidats officiels de l’UDC, à savoir Thomas Aeschi, Guy Parmelin ou Norman Gobbi. Le PLR s’est déjà prononcé mardi dernier pour cette solution. Il prendra à nouveau position demain et on verra s’il recommande un candidat ou s’il laisse la liberté de vote.

Le PDC, lui, fait durer le suspense. La semaine dernière, son chef de groupe, Filippo Lombardi, affirmait qu’il y avait «des candidats éligibles» dans le trio officiel UDC. Mais il n’excluait pas formellement que son groupe vote pour un candidat sauvage. Dimanche soir pourtant, le président Christophe Darbellay affirmait péremptoirement que son groupe voterait un des trois candidats officiels. Si c’est le cas, et on devrait le savoir aujourd’hui après la séance du groupe, alors une partie du suspense sera levée. Il n’y aura aucune chance pour un candidat sauvage.

En revanche, si le PDC reste ambigu, on passe au scénario 2: la «confrontation». Elle se traduit par le lancement d’une candidature UDC non officielle, voire un candidat hors UDC. Là, ce sera la gauche qui sera à la manœuvre. Le président du PS, Christian Levrat, reste mystérieux sur ses intentions réelles. Mais aujourd’hui aussi, un coin du voile se lèvera. Le PS a accepté d’auditionner les trois candidats UDC officiels. On verra s’il les disqualifie comme il l’a fait jusqu’à présent en disant qu’il s’agit de la «troisième garniture».

Le scénario 1 tient pour l’instant la corde. Aeschi, Parmelin ou Gobbi, qui des trois l’emportera? Les élus romands donnent plutôt Aeschi vainqueur, alors que les Alémaniques parient sur Parmelin. En 2011, c’est l’UDC qui avait favorisé l’élection du socialiste modéré Berset au détriment du plus profilé Maillard. Demain, ce sera peut-être l’inverse. La gauche peut faire élire le modéré Parmelin au détriment d’Aeschi.


Scénario 1: La normalisation

L’Assemblée fédérale élit un des trois candidats officiels.

Thomas Aeschi

Etat civil Le Zougois est né en 1979 et il est célibataire.
Profession Il est consultant en entreprises et conseiller national depuis quatre ans.
Force De par son métier et sa formation économique, il est bien profilé pour reprendre le Département des finances.
Faiblesse Son jeune âge et son manque d’expérience gouvernementale suscitent des interrogations.

Guy Parmelin

Etat civil Le Vaudois est né en 1959 et il est marié.
Profession Il est viticulteur et siège au Conseil national depuis 2003.
Force C’est le candidat le plus expérimenté et le plus au fait des dossiers politiques de la Berne fédérale.
Faiblesse Il est jugé un peu trop vieux et un peu trop mou pour insuffler un vent nouveau au Conseil fédéral.

Norman Gobbi

Etat civil Le Tessinois est né en 1977 et il est marié.
Profession Il est président du Conseil d’Etat tessinois.
Force Il est le seul candidat à avoir une expérience gouvernementale, puisqu’il dirige 1500 personnes.
Faiblesse Il vient de prendre sa carte à l’UDC. Il représente surtout la Lega et les dérapages verbaux qui vont avec.

Trois candidats, trois langues

L’UDC a surpris son monde en présentant trois candidats de trois régions linguistiques différentes. Cela a d’abord été perçu comme un choix biaisé pour favoriser la candidature alémanique de Thomas Aeschi, le prétendant le plus à droite du ticket. Guy Parmelin était considéré comme quasi inéligible puisque deux Romands, Berset et Burkhalter, siègent déjà au Conseil fédéral. Au fil des jours cependant, il s’est avéré que cet obstacle ne dérangeait pas outre mesure la partie alémanique du pays. Certains élus confient ouvertement qu’ils préfèrent l’élection d’un UDC modéré romand à un dur alémanique. Si Parmelin était élu, le gouvernement compterait trois Romands, comme entre 1999 et 2006.


Scénario 2: La confrontation

L’Assemblée fédérale élit un candidat «sauvage». Cela signifie que les trois candidats officiels de l’UDC sont désavoués.

Thomas Hurter

Le pilote d’avion de chasse Le conseiller national UDC de Schaffhouse rêve depuis longtemps du Conseil fédéral. Mais son groupe l’a sèchement recalé lors du vote interne pour le ticket officiel. Il n’est pas apprécié parce qu’il est jugé trop conciliant, voire opportuniste, avec les autres partis. Mal-aimé par les siens, il pourrait faire le candidat sauvage idéal. Son silence renforce les soupçons.

Hannes Germann

Le sénateur conciliant Jamais un mot plus haut que l’autre, le conseiller aux Etats schaffhousois de 59 ans est le prototype de l’UDC apte au compromis. Il a été réélu triomphalement dans son canton. Dans son groupe parlementaire en revanche, son art du compromis passe pour de la compromission. Voilà pourquoi l’UDC l’a clairement écarté de son ticket.

Rosmarie Widmer Gysel

La conseillère d’Etat C’est la surprise de dernière minute. La conseillère d’Etat UDC de Schaffhouse a pour elle son expérience gouvernementale. Et puis, c’est la seule femme dont le nom est ouvertement évoqué. Selon elle, il ne serait pourtant pas judicieux de l’élire au Conseil fédéral car elle n’a pas été désignée par son parti. Changera-t-elle d’avis comme naguère une autre Widmer?

Monsieur ou Madame X

Le candidat mystère Le meilleur candidat sauvage, c’est celui qu’on n’a pas vu arriver et qui n’a donc pas subi les tirs de barrage contre sa candidature. Lancé par la gauche, il doit emporter l’adhésion d’une partie de la droite pour avoir une chance de l’emporter. Il peut se recruter à l’UDC, mais aussi au PDC. Et pourquoi pas au PBD? Que se passerait-il si la candidature d’Eveline Widmer-Schlumpf était soudainement remise sur le tapis?

Les trois cas de figure en cas d’élection d’un candidat sauvage

L’élu renonce spontanément Si l’élu siège au sein de l’Assemblée fédérale, il peut monter à la tribune et déclarer qu’il renonce à la charge de conseiller fédéral. Une nouvelle élection est alors organisée, vraisemblablement après une suspension de séance ou un report de quelques jours. Si l’élu siège hors de l’Assemblée, il fera savoir ultérieurement qu’il renonce à la fonction qu’on lui a confiée. L’élu accepte avec l’accord de l’UDC Un candidat sauvage de l’UDC est automatiquement exclu de son parti. Mais il y a un mais. Si les deux tiers du groupe parlementaire et de la direction du parti donnent leur feu vert, alors le candidat sauvage devient un élu officiel UDC. Et il siégera en représentant pleinement son parti. Cela pourrait être le cas pour un Toni Brunner, par exemple. L’élu accepte contre l’avis de l’UDC C’est le cas qui s’est produit en 2007 avec l’élection d’Eveline Widmer-Schlumpf. La différence cette fois? Le nouvel élu est automatiquement exclu du parti. Une clause qui donne des boutons à la gauche et au PDC car jugée anticonstitutionnelle. De facto, l’élu devient un indépendant au Conseil fédéral ou peut rallier à sa guise un parti de son choix. (TDG)

Créé: 08.12.2015, 08h41

Articles en relation

De Delamuraz à Parmelin, comme un air de revanche

Conseil fédéral S’il est élu au Conseil fédéral, l’agrarien marchera sur les pas des radicaux. Sa candidature a été sous-estimée comme l’a toujours été son parti. Plus...

Guy Parmelin: «Il y aura encore des coups bas et des surprises. Je reste zen»

Election au Conseil fédéral A quatre jours d'une élection qui pourrait l’amener au gouvernement, l'UDC vaudois Guy Parmelin se confie Plus...

Le trio UDC n’a pas convaincu d’emblée

Election au Conseil fédéral Guy Parmelin, Norman Gobbi et Thomas Aeschi, ont passé leur grand oral mardi devant les groupes parlementaires. Mais ils n'ont pas reçu leurs notes. Plus...

Publier un nouveau commentaire

Nous vous invitons ici à donner votre point de vue, vos informations, vos arguments. Nous vous prions d’utiliser votre nom complet, la discussion est plus authentique ainsi. Vous pouvez vous connecter via Facebook ou créer un compte utilisateur, selon votre choix. Les fausses identités seront bannies. Nous refusons les messages haineux, diffamatoires, racistes ou xénophobes, les menaces, incitations à la violence ou autres injures. Merci de garder un ton respectueux et de penser que de nombreuses personnes vous lisent.
La rédaction

Caractères restants:

J'ai lu et j'accepte la Charte des commentaires.

No connection to facebook possible. Please try again. There was a problem while transmitting your comment. Please try again.

Caricatures

En droit suisse, un homme ne peut être violé
Plus...